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Anneaux-disques - Néolithique - Granit - Saint Christophe © GPRMN/MAN/Franck Raux

Le Néolithique

Le Néolithique s’est très progressivement mis en place au Proche-Orient, entre 12500 et 7000 avant Jésus-Christ environ.

Le Néolithique est une période de rupture. Devenu producteur de sa subsistance, et non plus prédateur, l’homme influe désormais sur son environnement et se sédentarise. Il construit les premiers villages et les premières nécropoles, élève les mégalithes, les premières grandes architectures du monde. Un certain nombre d’innovations techniques voient le jour : la pierre polie, la céramique, le tissage. Les premiers réseaux d’échange à longue distance se constituent.

Les objets

dépôt

Dépôt de haches polies

Dépôt de Bernon, lieu-dit « Le Mouillarien » (Arzon, Morbihan)

Fin Ve millénaire


Acquisition

Achat 1894

UN TRÉSOR DE JADE SOUS LA PIERRE C’est au cours de travaux agricoles, en 1893, qu’un paysan de la presqu’île de Rhuys découvre fortuitement un lot de 17 grandes haches en pierre polie, soigneusement disposées sous une pierre plate, dans une cavité aménagée de pierres sèches. Le Dr. de Closmadeuc, érudit local et témoin indirect de cette découverte, rapporte que les haches étaient disposées verticalement, tranchant vers le haut, en cercle serré, dans ce qu’il décrit comme un aménagement intentionnel. Rapidement acquis par un officier de santé de Sarzeau, cet ensemble exceptionnel est signalé à Alexandre Bertrand, alors directeur du musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye, qui se précipite à Vannes et en fait l’acquisition en février 1894. DES HACHES DE PRESTIGE Les haches de Bernon mesurent entre 14,1 et 29,2 cm. Elles sont toutes taillées dans des roches métamorphiques alpines (jadéite essentiellement, parfois néphrite) et sont soigneusement polies sur toute leur surface. Ce polissage très fin leur donne un éclat presque métallique, qui confère à l’ensemble une impression de luxe et de solennité. La plupart sont non perforées, mais plusieurs présentent un trou au talon, un détail rare qui évoque des usages particuliers : port cérémoniel, suspension, ou symbolisme graphique. Cette perforation se retrouve aussi, dans le Morbihan, sur des exemplaires des tumulus de Saint-Michel à Carnac ou du Mané-er-Hroëc à Locmariaquer, ainsi que dans la gravure de la dalle de Gavrinis, qui en témoigne iconographiquement. Les formes appartiennent à la famille typologique dite carnacéenne, bien représentée dans l’ouest de la France au Néolithique moyen. Aucun des objets ne présente de trace d’usage (chocs, émoussement, polissage secondaire), ce qui confirme une fonction non utilitaire, à forte charge symbolique. Ces haches ne sont pas des outils, mais des objets de prestige et de représentation sociale. UNE ORIGINE ALPINE ET DES RÉSEAUX LOINTAINS Les analyses pétrographiques et spectroradiométriques menées dans le cadre du programme européen JADE dirigé par Pierre Pétrequin ont démontré que les haches de Bernon avaient été fabriquées à partir de jade et de néphrite provenant des gisements du Mont Viso, dans les Alpes italiennes, situés à plus de 1 200 km du Morbihan. Elles ont circulé au sein de réseaux à longue distance, empruntant probablement la vallée du Rhône puis les routes atlantiques, pour aboutir en Armorique. Le dépôt de Bernon s’insère ainsi dans un phénomène plus vaste de circulation de biens prestigieux daté de la fin du 5e millénaire et du début du 4e millénaire avant J.-C, phénomène qui touche en particulier la sphère mégalithique armoricaine mais qui est également bien documenté dans toute l’Europe occidentale. OBJET SACRÉ, POUVOIR ET MÉMOIRE L’absence de contexte funéraire ou architectural immédiat, conjuguée à l’agencement circulaire des haches sous dalle, invite à une lecture rituelle ou votive. Ce dépôt pourrait correspondre à une offrande à caractère sacré, relevant d’une cérémonie collective ou d’une mise en retrait volontaire d’objets prestigieux, comme le proposent les travaux de Pierre et Anne-Marie Pétrequin à partir de comparaisons ethnoarchéologiques en Nouvelle-Guinée. Dans ces sociétés, la grande hache polie n’est jamais un simple outil : elle est un symbole de statut, de valeur ancestrale et d’alliance entre groupes. Par analogie, les haches de Bernon témoigneraient d’une représentation sociale du prestige, matérialisée dans un dépôt stable, durable et non récupérable, signe fort d’un sacrifice de richesse. L’ensemble de Bernon, par son homogénéité, sa composition, sa richesse matérielle et sa localisation en bordure du golfe du Morbihan , constitue un jalon fondamental dans l’étude de la symbolique néolithique de l’Ouest européen. Il s’inscrit dans un système idéel, où la hache n’est plus outil, mais objet-signe, marqueur de pouvoir, d’échange, de mémoire. UN JALON DE L'EUROPE NÉOLITHIQUE Aujourd’hui, le dépôt de Bernon figure parmi les ensembles emblématiques du Néolithique européen, tant pour la qualité des objets que pour leur valeur documentaire. Il illustre la complexité des échanges à longue distance, la capacité de certaines sociétés à concentrer et manipuler des objets de prestige, et la dimension symbolique forte de la hache au sein des cultures mégalithiques atlantiques. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot BIBLIOGRAPHIE PÉTREQUIN, Pierre et al. (dir.). JADE 1 : grandes haches alpines du Néolithique européen, Ve et IVe millénaires av. J.-C. 2 vol. Cahiers de la MSHE Ledoux, 17. Dynamiques territoriales, 6. Besançon : Presses universitaires de Franche-Comté, 2012, 1520 p. PÉTREQUIN, Pierre, GAUTHIER, Estelle, PÉTREQUIN, Anne-Marie (dir). JADE 2 : objets-signes et interprétations sociales des jades alpins dans l'Europe néolithique. 2 vol. Cahiers de la MSHE Ledoux, 27. Dynamiques territoriales, 10. Besançon : Presses universitaires de Franche-Comté, 2017, 1466 p. PÉTREQUIN Anne-Marie, PÉTREQUIN Pierre. Objets de pouvoir en Nouvelle-Guinée : approche ethnoarchéologique d'un système de signes sociaux. Catalogue de la donation Anne-Marie et Pierre Pétrequin. Paris : Réunion des musées nationaux - Grand Palais, 2006, 551 p. PASSILLÉ, Jules. Découverte de Bernon (près Arzon), presqu’île de Rhuys (Morbihan), 18 décembre 1893. Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 1894, p. 3-6.

dépôt de haches polies - Bernon
Dépôt de 17 haches - Bernon, lieu-dit « Le Mouillarien » (Arzon, Morbihan) - Fin Ve millénaire © GPRMN/MAN/Loïc Hamon
Dépôt de haches polies

Objet emblématique

Anneaux-disques

Provenances diverses

5000-4500 avant J.-C.

L’ambiguïté et la neutralité formelle du terme “anneau-disque” montrent bien toute la difficulté de caractériser précisément ces objets. Objets de valeur, ils sont largement diffusés (jusqu’à plus de 1000 km de leurs lieux de fabrication) au cours du Néolithique ancien et au début du Néolithique moyen en France. Leur production s’étale sur près de 800 ans, entre 5300 et 4500 av. J.-C.   UNE DIFFUSION LARGE DANS LE TEMPS ET L'ESPACE Les premiers exemplaires apparaissent avec les débuts de la néolithisation dans le Sud de la France, avant de se diffuser vers le nord. Conçus au départ en calcaire, leurs pendants se retrouvent en schiste dans la culture Blicquy/Villeneuve-Saint-Germain au tournant du Ve millénaire. Au même moment, des exemplaires en roches vertes commencent à être échangés hors des Alpes, massifs dans lesquels on a pu localiser l’origine de leur matière première, principalement de la jadéite ou de la serpentinite, confirmée par des analyses pétrographiques ainsi que par la découverte d’ébauches. Une certaine diversité typologique trahit l’influence de plusieurs groupes culturels : certains présentent en effet une section dite “triangulaire” à bords fins, plus fréquente en Italie du Nord, tandis que d’autres montrent une section “quadrangulaire” aux rebords plus épais, qui sont mieux connus entre la Bretagne et l’Allemagne de l’ouest. Tout cela suggère des centres de production distincts. Pourtant, on ne peut guère discerner de limitations géographiques dans la répartition des différents types d’anneaux, ce qui montre que ces objets étaient partie prenante d’échanges interculturels à longue distance, denses et variés. DES OBJETS RITUELS ? Leurs contextes de découvertes présentent quelques traits récurrents : ils sont généralement retrouvés éloignés de tout habitat, souvent isolés ou par paire, en milieu humide ou proche d’un monument funéraire. Le contexte de l’exemplaire de Breuilpont, mis au jour par des ouvriers durant le creusement d’une ballastière, est mal connu. L’anneau de Sublaines, en revanche, a été recueilli vers 1875 dans une zone marécageuse, près de laquelle étaient implantés deux importants tumulus de l’âge du Fer (les “Danges” de Sublaines). Le dépôt rituel d’objets en milieu humide revient fréquemment dans l’approche des sociétés du Néolithique et de l’âge du Bronze. La déposition d’objets en un même lieu constitue en effet, avec la concentration de monuments souvent funéraires et leur réutilisation sur plusieurs millénaires, la manifestation la plus évidente d’une conception construite et ritualisée du paysage sur le long terme. Les anneaux de Saint-Christophe (Vienne) ont été découverts ensemble, également en milieu marécageux. Ils se démarquent par leur matériau : une roche granitique assez claire, dont l’origine, sinon locale du moins proche (les massif anciens d’Auvergne), peut montrer une volonté de s’affranchir des réseaux d’approvisionnement alpins. On constate plus rarement des dépôts multiples, comme celui de Saint-Julien près de Quiberon, qui associe quatre anneaux dont un, provenant de la collection de l’archéologue breton Paul Du Chatellier, est présenté ici. Bien qu’il s’agisse d’une découverte ancienne datant de la fin du XIXe siècle, on suspecte qu’ils faisaient à l’origine partie d’un ensemble mobilier comprenant également les deux grandes haches en jadéite découvertes au même endroit. UNE SYMBOLIQUE COMPLEXE De multiples hypothèses furent proposées dès le XIXe siècle pour expliquer leur usage, notamment comme “casse-têtes” ou armes, en se fondant sur des exemples ethnographiques. On remarque toutefois très tôt que ces anneaux émettent un son musical lorsqu’ils sont frappés avec une baguette en bois (Saint-Christophe par exemple). Si la fonction comme parure corporelle est attestée pour les anneaux en schiste du bassin parisien, les archéologues restent prudents pour leurs homologues en roches vertes, qui peuvent avoir acquis, tout comme les haches polies, une valeur symbolique affranchie de tout usage concret. On en connaît des représentations gravées sur les mégalithes de Bretagne, accompagnant toujours une hache et une crosse, comme sur les orthostates du cairn de Mané Groh, ou encore de Mané er Hroëk, dans le Morbihan. C’est d’ailleurs à l’intérieur de ce dernier que fut mis au jour une très longue hache en jadéite dont le talon était engagé dans un anneau en roche verte, ce qui suggère une relation étroite entre les deux objets, au sein d’un système de signes qui semble s’élaborer sur toute la façade Atlantique au cours du Néolithique (Cassen et Pétrequin, 2018). Il s’agit en outre d’une des rares occurrences d’anneau en contexte funéraire confirmé.   Notice rédigée par Rolande Simon-Millot   BIBLIOGRAPHIE CASSEN Serge, GRIMAUD Valentin et PETREQUIN Pierre. Objets-signes et signes de l’objet. Iconographie des anneaux et des haches néolithiques dans le nord de la France. Journal of historical philological and cultural studies2, vol. 57, 2018, p. 227‑243. PETREQUIN Pierre et. al. La production des anneaux-disques alpins pendant les VIe et Ve millénaires av. J.-C. et le Mont Viso. Revue archéologique de l’Est - Suppléments, 41e supplément, décembre 2015, p. 259.   LIENS UTILES Dépôt de haches polies

Objet Anneaux disques provenances diverses
Anneaux disques provenances diverses - Néolithique - Breuilpont (Eure)/Plouhinec Finistère)/Quiberon/Sublaines (Indre et Loire) © RMNGP/MAN
Anneaux-disques