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Bracelets à oreillettes - âge du Bronze - Réallon (Hautes Alpes) © MAN/Valorie Gô

L'âge du Bronze

L’âge du Bronze (2300 – 800 av. J.-C.) marque une évolution plus qu’une rupture avec le Néolithique.

La métallurgie du cuivre apparaît très tôt en Europe centrale et orientale, où elle est attestée dès 4500 av. J.-C. La production d’objets en or et en cuivre se développe au cours du 4e millénaire d’est en ouest de l’Europe. Elle accompagne le développement des sociétés néolithiques, marqué par une hiérarchisation sociale accrue et l’apparition d’objets-signes comme la hache de prestige et le poignard.

Avec l’émergence de la métallurgie du bronze au cours du 3e millénaire, la production d’objets en métal change rapidement d’échelle et se diversifie. La nécessité d’accéder à deux métaux différents, le cuivre et l’étain, issus de gisements éloignés, pour constituer un alliage, le bronze, a pour conséquence un développement des échanges sans commune mesure avec la période antérieure et une véritable révolution des modes de circulations tant terrestres que maritimes. Les nombreuses épaves découvertes depuis quelques années sur les côtes anglaises et en Méditerranée rendent bien compte de l’importance de la navigation dès cette époque. Les motifs du bateau, du char et de la roue sont d’ailleurs représentés sur de nombreuses productions de l’âge du Bronze : signes emblématiques, propitiatoires et probablement prestigieux, ils sont également interprétés comme des images solaires et des symboles du renouveau de la vie. La domestication du cheval moderne, plus fort et plus docile, vers 2200 av. J.-C., accompagne cette petite révolution des transports et des figures symboliques.

Matière précieuse facile à thésauriser et à recycler, le bronze est un métal doré, dur et éclatant. Éminemment désirable et sans doute moteur du pouvoir économique et sociale d’une petite partie de la population, le bronze est une richesse qui peut également être source de rivalités et de heurts. Les chefs guerriers affirment d’ailleurs leur pouvoir à travers des objets prestigieux comme les épées, les cuirasses et les casques rutilants. En Europe, beaucoup de ces armes ont été retrouvées dans les milieux humides, les marais et les cours d’eau. Ces armes sacrifiées dans la Seine, la Saône, la Loire, le Rhône, mais aussi le Rhin, la Tamise, le Danube, ou le Rio Tinto…, semblent témoigner d’un rapport complexe avec l’eau. Cette pratique s’inscrit probablement dans une économie du gaspillage et de la destruction dominée par l’idée que quelques individus ou communautés ont la capacité de sacrifier des richesses aux dieux, pour conserver, afficher et affirmer leur pouvoir.

En dépit des nombreuses figures de guerriers représentées dans la roche, notamment en Scandinavie, en Espagne et dans les Alpes, les recherches archéologiques livrent finalement peu de traces liées à des conflits armés, des affrontements ou des pillages endémiques. En France, l’archéologie préventive a permis ces dernières années de mieux connaître la vie quotidienne à l’âge du Bronze. Elle renvoie de cette période une image plus paisible, dans un paysage essentiellement constitué de fermettes et de petits hameaux. Dans cette société très agricole, le bronze sert à fabriquer non seulement des armes, mais aussi des outils, des haches et des faucilles, des gouges et des marteaux par exemple, ainsi que des éléments de parure, comme des bracelets et des épingles.

Enfin si les échanges de minerais et d’objets métalliques s’inscrivent dans des réseaux d’approvisionnements qui traversent toute l’Europe, il ne faut pas oublier d’autres matières essentielles qui circulaient dès cette époque notamment le sel, l’ambre, les fourrures, les tissus de laine et probablement bien d’autres choses encore qui participaient de ces échanges à courtes, moyennes et longues distances entre le monde nordique et les citées méditerranéennes, l’ouest atlantique et l’Europe alpine ou orientale.

Les objets

Mégalithe

Dalle gravée de Saint Bélec

Saint-Bélec, Leuhan (Finistère)

2200 - 2000 avant notre ère

"Décrire ce curieux monument avec ses cupules, ses cercles et ses diverses figurations gravées...est chose difficile...Ne nous laissons pas égarer par la fantaisie, laissant le soin à un Champollion, qui se trouvera peut-être un jour, de nous en donner la lecture. » Paul Du Châtellier (1901) Bulletin archéologique du Finistère, tome XXVIII, p. 3-7 La dalle gravée de Saint-Bélec a été découverte par Paul du Chatellier en 1900 dans un grand tumulus daté de l’Âge du Bronze ancien (1900-1600 avant notre ère) situé sur une des collines de Coadri près de Leuhan, dans le Finistère. Une quinzaine d’ouvriers a été nécessaire à l’époque pour déplacer cette lourde dalle en schiste hors du tumulus où elle avait été utilisée pour former la paroi ouest d’un grand coffre funéraire. Transportée jusqu’à la résidence des Du Châtellier dans le château de Kernuz à Pont-L’Abbé, elle est ensuite rachetée par le musée d’Archéologie nationale où elle a d’abord été entreposée dans les douves puis dans les caves du Château de Saint-Germain-en-Laye.  Elle est conservée dans les collections du musée depuis 1924.   UNE CARTE TOPOGRAPHIQUE EN PLAN En 2014 et 2017 la dalle de Saint-Bélec a pu faire l’objet de plusieurs scans 3D réalisés par l’équipe de Clément Nicolas et d’Yvan Pailler (ArMeRIE, CNRS, Inrap, DIGISCAN3D) suivant la méthodologie développée par Serge Cassen et Guillaume Robin à Gavrinis. Un article paru récemment dans le bulletin de la Société préhistorique française (tome 118, numéro 1, janvier-mars 2021, p. 99-146) présente les résultats de l’analyse morphologique, technologique et chronologique des gravures réalisées par incisions et piquetage. Ils s’organisent en une composition relativement homogène interprétée comme une possible carte territoriale dont les motifs répétés de formes circulaires, quadrangulaires et de cupules*, joints par des lignes sont autant de repères géographiques et de constructions symboliques. Des comparaisons menées avec d’autres représentations similaires tirées de la préhistoire en Europe et ailleurs dans le monde montrent qu’il pourrait s’agir d’une véritable carte topographique en plan. L’hypothèse est confortée par les données ethnographiques. Un examen de la surface gravée montre que la topographie de la dalle a été volontairement modifiée pour, semble-t-il, représenter le relief environnant : c’est tout une portion de la vallée de l’Odet qui est reconnaissable, avec notamment les collines de Coadri, les Montagnes Noires et le Massif de Landudal. Plusieurs motifs gravés évoqueraient également diverses structures de l’âge du Bronze ancien, notamment une enceinte, un possible système parcellaire, des tumuli, et des routes. * sur une pierre, petite dépression circulaire d’origine anthropique   UNE SOCIÉTÉ FORTEMENT HIÉRARCHISÉE La dalle de Saint-Bélec, brisée et réutilisée en pierre de coffrage, sous un tumulus de l’âge du Bronze ancien est ainsi, peut-être, une carte représentant le territoire autrefois contrôlé par un de ces puissants princes des débuts de l’âge du Bronze. À sa manière, elle est le témoin d’une société fortement hiérarchisée, menée par une petite élite guerrière, plutôt masculine, qui impose son emprise sur un territoire. On connaît quelques représentants de cette caste : ils se font inhumer sous de grands tumulus, dans des sépultures généralement aménagées; ils sont le plus souvent accompagnés d’un riche mobilier funéraire, composé pour l’essentiel d’attributs guerriers (des poignards de bronze, des pointes de flèche en silex), et parfois d’objets en or. Le musée d’Archéologie nationale a la chance de conserver des ensembles prestigieux datant de cette période comme les sépultures sous tumulus de la Motta, à Lannion dans les Côtes-d’Armor (MAN 86175 et suivants) et de Lothéa à Carnoët dans le Finistère (MAN 30489 et suivants).   Notice rédigée par Rolande Simon-Millot   LIENS UTILES La dalle de Saint-Bélec sera visible à l'occasion de l'exposition temporaire Les maîtres du feu du 13/06/2025 au 09/03/2026. La carte et le territoire : la dalle gravée du Bronze ancien de Saint-Bélec (Leuhan, Finistère) Hommage musical par l'Ensemble Calliopée, enregistré au musée d'Archélogie nationale Découvrez la dalle à l'occasion de l'exposition temporaire Les Maîtres du Feu (13 juin 2025 - 9 mars 2026)   Dalle gravée mégalithique de Saint-Belec by archeonationale on Sketchfab    

Dalle gravée de Saint-Bélec
© MAN/Valorie Gô
Dalle gravée de Saint Bélec

parure

La Dame de La Colombine

Sépulture 101 de la nécropole de Champlay (Yonne)
Fouille G. Bolnat, 1938

Début du Bronze final (1300–1200 av. J.-C.)

Une parure mystérieuse, une tombe opulente, un monde disparu : la sépulture 101 de La Colombine nous livre l’image d’une élite féminine active à la fin du IIe millénaire avant J.-C. CHRONIQUE D'UNE DÉCOUVERTE DE SAUVETAGE Le 10 juillet 1938, dans le petit village de Champlay, en bordure de la vallée de l’Yonne, Georges Bolnat, instituteur passionné d’archéologie, est alerté en urgence par les ouvriers d’une sablière locale. Au détour d’un godet, un bracelet et quelques os apparaissent : c’est le signal d’une nouvelle tombe dans la nécropole de La Colombine. Avec les moyens du bord mais une remarquable rigueur, Bolnat s’engage dans une fouille de sauvetage. Depuis plusieurs années, chaque été, il étudie ce site déjà partiellement pillé et fouillé depuis le 19e siècle, mais il n’a jamais rien vu de tel ! En quelques heures, il met au jour une sépulture féminine exceptionnellement bien conservée, enfouie à faible profondeur, dans une fosse de deux mètres sur quatre-vingt centimètres. Le corps repose sur le dos, bras allongés, tête à l’ouest, pieds à l’est. L’ensemble est soigneusement documenté dans son carnet de fouille, accompagné d’un dessin original d’une grande valeur descriptive, publié après sa mort, en 1957. Cette sépulture, numérotée 101, s’impose comme l’une des plus riches tombes féminines du Bronze final en Bourgogne. UNE FEMME PARÉE POUR L'ÉTERNITÉ La défunte a été inhumée avec un mobilier funéraire d’une richesse et d’un raffinement rares pour le Bronze final. Son corps, intégralement paré, témoigne d’un statut éminent, sinon aristocratique. Qui était-elle ? Son âge est incertain. Il est donné à titre indicatif par Georges Bolnat (environ 50 ans), mais n’a pas été établi par une analyse ostéologique complète. Il s’agit d’une estimation visuelle et empirique, fondée sur la taille et l’apparente robustesse des os (notamment du bassin et du fémur), l’usure articulaire et le contexte général de la sépulture (présence d’une parure adulte très développée). Elle doit être considérée avec prudence, car elle n’est pas le résultat d’une étude scientifique normalisée selon les standards actuels. Autour de ses tibias, deux jambières dont les spirales en bronze ornaient autrefois ses mollets, signent son statut élitaire. Le long de ses jambes et des cuisses, 47 tubes en tôle de bronze, sont dispersés évoquant un vêtement disparu, une possible jupette comme celle portée par la jeune fille d’Egtved. Au niveau des fémurs, 55 appliques circulaires suggèrent un vêtement de cérémonie complexe, peut-être réservé à la danse ou aux rituels. Enfin à des perles d’ambre et de verre s’ajoutent plusieurs bracelets au décor géométrique complexe, à base de lignes croisées ou d’incisions formant des carrés ou losanges croisés, pouvant évoquer visuellement l’Union Jack, le drapeau britannique (lequel n’a évidemment aucun lien culturel avec ces artefacts). Une étonnante épingle longue de 507 mm, à tête discoïdale décorée, repose en travers de la poitrine. Deux boucles d’oreilles spiralées, de tailles inégales, se trouvent de part et d’autre du crâne. Un vase et des côtes de sanglier, déposés près de la hanche, complètent l’ensemble, suggérant une offrande alimentaire. UN OBJET MYSTÉRIEUX L’élément le plus marquant de cette sépulture était quant à lui disposé près de la main droite de la défunte, un peu en-dessous de la hanche : il s’agit d’une « défense » de sanglier (plus spécifiquement une canine de cochon domestique ou sauvage) longue de 23 cm, enchâssée dans une résille en fils de bronze torsadés, qui étaient autrefois d’une belle couleur dorée. Enroulés sur eux-mêmes et pour certains regroupés en rubans, ces fils entourent la canine et l’enserrent dans une maille lâche qui laisse voir la blancheur de l’émail. À chaque extrémité de la dent, une sorte d’anse en fil de bronze permettait de l’accrocher à la ceinture. De petites spirales se déploient au bout des fils bordant la partie inférieure de la canine formant comme un liseré. Enfin, la racine de la dent est protégée par une plaque en bronze décorée de pointillés exécutés au repoussé. Les spécialistes ont été longtemps divisés au sujet de son utilisation : pectoral, diadème ? Ces deux hypothèses se heurtent à son positionnement dans la tombe, au niveau de la hanche droite, et au fait que les rares exemples connus ont tous été retrouvés au bas du torse. C'est pourquoi on estime aujourd’hui qu’il pourrait plutôt s’agir de l’élément principal d’un support complexe, suspendu à une ceinture ou à un vêtement. DES FEMMES DE POUVOIR AU BRONZE FINAL La défunte de Champlay n’était en effet pas la seule détentrice connue d’une parure en dent de sanglier. La nécropole contemporaine de Barbuise-La Saulsotte (Aube) a livré pas moins de huit exemplaires, tous issus de tombes féminines. L’une des sépultures contenait trois individus dont une femme accompagnée de ce type de pendentif, associé à de nombreuses perles en ambre réparties sur tout le corps, sans doute cousues à un vêtement. Jusqu’à présent, pour la plupart, ces pièces ont été découvertes en France, dans la région de l’interfluve Seine-Yonne. Toutefois, en 1998, une pièce très similaire a été découverte en Allemagne, à Karlsruhe-Neureut. Elle est actuellement conservée au Badisches Landesmuseum à Karlsruhe. Peut-être cet objet mystérieux signale-t-il la place croissante prise par les femmes au sein des élites. À partir de la fin du XVe siècle av. J.-C., on constate en effet l’apparition de véritables panoplies qui magnifient l’apparence féminine, avec des objets récurrents comme les longues épingles et les jambières très proches de Veuxhaulles (conservées au musée d'Archéologie nationale - MAN), ou encore les “ceintures” articulées comme celle de Billy-le-Theil (également au MAN), et donc parfois des pendeloques en canine de sanglier. EN RÉSUMÉ La richesse du mobilier, sa structuration précise sur le corps, et la nature des objets découverts font de la sépulture 101 un document exceptionnel pour l’étude des sociétés de la fin du IIe millénaire av. J.-C. en Europe occidentale. Elle s’inscrit dans un moment charnière entre la culture des Tumulus du Bronze moyen et celle des Champs d’Urnes du Bronze final. L’inhumation en fosse, la position du corps, et certains objets (épingles, bracelets à motif "Union Jack") évoquent une tradition encore vivace de l’élite féminine du Centre-Est de la France. La présence de verre et d’ambre, matériaux rares, suggère des réseaux d’échange étendus, jusqu’au monde nordique et à la Baltique. Par son organisation, elle entre en résonance avec les tombes féminines élitaires du bassin de la Seine, de Courtavant, de Veuxhaulles, de l’est de la France ou encore du sud de l’Allemagne. Elle nous offre l’opportunité de saisir l’image d’une femme de pouvoir de l’âge du Bronze, peut-être prêtresse ou figure investie d’un rôle public au sein de sa communauté. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot   BIBLIOGRAPHIE DOHRMANN, Nicolas et RIQUIER, Vincent (dir.). Archéologie dans l'Aube : des premiers paysans au prince de Lavau. Snoeck, 2018. 543 p. LACROIX, Bernard. La nécropole protohistorique de la Colombine à Champlay, Yonne : d'après les fouilles de Georges Bolnat. Paris : Clavreuil, Saint-Père-sous-Vézelay : Musée archéologique, 1957. 173 p. (Cahier d’histoire de l’art et d’archéologie de Paris, n° 2). PIETTE, Jacques et MORDANT, Claude, avec la participation de Bocquillon, H., Delattre, V., Mougne, C., Peake, R., Roscio, M., & Rottier, S. (2019). Nécropoles du Bronze final dans le Nogentais : Barbuise, La Villeneuve-au-Châtelot, La Motte-Tilly, Nogent-sur-Seine (Aube). Reims : Société archéologique champenoise, 252 p. (Supplément au Bulletin de la Société archéologique champenoise). LIENS UTILES The National Museum of Denmark (consulté en 2025). Cord skirts and rituals. The Egtved Girl Histoire de l’usage des textiles et révolution de l’âge du Bronze en Europe  

Pendentif de la Colombine
Pendentif en canine de sanglier et alliage cuivreux de La Colombine © MAN/Valorie Gô
La Dame de La Colombine

dépôt

Dépôt de parures en or de Guînes

Guînes (Pas-de-Calais)
Bronze final, 1200-800 av. J.-C.

Acquisition
Découverte fortuite (1985) Achat (2003)

DES PARURES DANS LA MARE ! Découvert par hasard à l’occasion du comblement d’une mare, ce dépôt constitué d’un bracelet lisse, de trois torques décorés et d’une pièce atypique identifiée plus tard comme une possible « ceinture », nous rappelle que l’âge du Bronze est aussi un âge de l’or. UNE DÉCOUVERTE FORTUITE, UNE RECONNAISSANCE TARDIVE L’histoire du dépôt d’or de Guînes débute en 1985, dans un ancien étang comblé du Pas-de-Calais. À l’occasion de travaux effectués sur sa propriété, une famille découvre cinq objets métalliques, qu’elle prend d’abord pour de simples « bouts de ferraille ». Mis de côté au fond du garage, ces pièces sont oubliées pendant plus de quinze ans, jusqu’au jour où un des enfants remarque l’éclat inhabituel de l’un des objets. Consulté par la famille, un bijoutier de Calais confirme la nature précieuse du métal. Trois des pièces – un des torques décorés, un bracelet lisse et une pièce plus énigmatique (MAN89908) – sont rapidement vendues à un antiquaire parisien, pour un montant modeste, indexé uniquement sur la valeur de l’or. Les deux autres torques, oubliés lors de la première manipulation, ne seront redécouverts qu’en 2001 (MAN89505). Cette histoire emblématique de la fragilité du patrimoine archéologique prend alors une dimension nationale : c’est à cette date, qu’alerté de la découverte par un musée de la région, le musée d’Archéologie nationale entame une série de négociations avec les propriétaires pour faire entrer ces pièces exceptionnelles dans les collections publiques et réunir ainsi l’ensemble dispersé. UNE PARURE UNIQUE PAR SA FORME ET SA QUALITÉ Le dépôt de Guînes se compose de cinq éléments massifs en or : trois torques finement décorés, un bracelet lisse et une pièce monumentale souvent appelée « ceinture », sans certitude sur sa fonction. À elle seule, cette dernière pèse 2,51 kg et mesure 43 cm dans sa plus grande longueur. Déroulée, elle atteindrait plus d’un mètre cinquante. Ces trois tiges torsadées, repliées, rivetées et soudées aux extrémités, forment un ornement spectaculaire. L’ensemble témoigne d’une remarquable maîtrise des techniques de l’orfèvrerie de la fin de l’âge du Bronze : fonte à la cire perdue, martelage, ciselure, poinçonnage, rivetage et même soudure à l’emplacement des tampons. La composition de l’alliage (or, argent, cuivre), issu d’un or alluvionnaire, et la cohérence stylistique des objets situent ce dépôt dans une tradition atlantique bien connue, entre les 12e et 9e siècles av. J.-C. La qualité du décor, notamment celui de l’un des torques de 794 g, frappe par sa modernité graphique, faite de lignes épurées et soigneusement exécutées. UNE FONCTION MYSTÉRIEUSE, ENTRE POUVOIR ET RITUEL : LE TORQUE-CEINTURE DE GUÎNES Si la qualité exceptionnelle des objets de Guînes ne fait aucun doute, leur usage reste en partie mystérieux. Le terme de « ceinture », souvent employé pour désigner la pièce maîtresse du dépôt, relève davantage d’une convention descriptive que d’une certitude fonctionnelle. Son poids, sa rigidité et ses dimensions excluent vraisemblablement un usage vestimentaire au sens strict. Les chercheurs proposent différentes hypothèses : insigne de pouvoir, ornement de statue, offrande votive, voire bijou porté sur un vêtement épais dans un cadre cérémoniel. Les parallèles sont nombreux avec les grands torques et les torsades de tradition atlantique, en particulier le type dit Tara-Yeovil. Ces objets, datés entre 1000 et 800 av. J.-C., sont formés d’une tige en or passée dans une filière cruciforme, puis tordue en spirales et enfin terminée par de larges extrémités en trompettes. On en connaît treize exemplaires en France, notamment en Bretagne (Cesson, Augan, Kerdrein-en-Plouguin) et en Normandie (Flamanville, Sotteville-sur-Mer). La torsade de Cesson (Ille-et-Vilaine), conservée au musée de Cluny - musée national du Moyen-Âge, constitue un excellent parallèle, tout comme celle de Plouguin (Finistère), aujourd’hui disparue, qui mesurait 1,50 mètre et pesait environ 400 grammes. Leur forme évoque un long ressort à boudin, obtenu par torsion et repliement d’une tige d’or. La « ceinture » de Guînes s’inscrit pleinement dans cette lignée, tout en en repoussant les limites. Plus lourde, plus massive, plus complexe dans sa fabrication, elle en constitue une version monumentale et sans équivalent connu. Sa parenté technique avec les torsades de Tara (Irlande) et de Yeovil (Angleterre) témoigne de la diffusion d’un modèle prestigieux à l’échelle européenne. L’enfouissement de ce dépôt dans un ancien étang, milieu humide souvent associé aux offrandes rituelles, renforce l’hypothèse d’un geste d’abandon intentionnel à caractère sacré ou symbolique. Un tel dépôt constitue ainsi une nouvelle preuve tangible des liens culturels, techniques et symboliques qui unissaient les communautés de part et d’autre de la Manche à la fin de l’âge du Bronze. UNE AVENTURE PATRIMONIALE EMBLÉMATIQUE L’histoire contemporaine de la « ceinture » de Guînes est aussi celle de la redécouverte d’un patrimoine en danger. Vendue au poids de l’or par ignorance, menacée d’exportation vers le marché international, elle a finalement pu être acquise par l’État après plusieurs années de procédure grâce à l’action coordonnée du service régional de l’Archéologie, du service des musées de France et des services juridiques du ministère de la Culture. Aujourd’hui, la « ceinture » de Guînes, conservée au musée d’Archéologie nationale, continue d’étonner chercheurs et visiteurs. Elle fut récemment prêtée au British Museum pour l’exposition The World of Stonehenge et au Rijksmuseum van Oudheden pour l’exposition Fires of Change, où elle figurait parmi les pièces maîtresses. Témoignage d’un savoir-faire technique éblouissant, elle incarne à elle seule la richesse symbolique, matérielle et esthétique de l’âge du Bronze atlantique.   BIBLIOGRAPHIE LOUBOUTIN, Catherine, GRATUZE, Bernard, BARRANDON, Jena-Noël. , Parures en or de l'âge du Bronze de Balinghem et Guînes (Pas-de-Calais) : caractérisation de la composition des alliages, Antiquités nationales, 35, 2003, p.83-94 ARMBRUSTER, Barbara R., LOUBOUTIN Catherine, Parures en or de l’âge du Bronze de Balinghem et Guînes (Pas-de-Calais) : les aspects technologiques, Antiquités Nationales, 36,2004, p. 133-146.

Tampon du torque-ceinture
Tampon du torque-ceinture de Guînes (Pas-de-Calais) © MAN/Valorie Gô
Dépôt de parures en or de Guînes

dépôt

Le dépôt de Larnaud

Larnaud (Jura),Les Genettes
vers 1000 - 900 av. J.-C.
 

Acquisition
Achat à un particulier, 1867

Découvert au XIXe siècle sur le territoire de la commune de Larnaud, dans le Jura, ce dépôt est composé pour l’essentiel de fragments d’objets de bronze. Tout à fait hors norme, cet ensemble figure parmi les découvertes majeures de l’âge du Bronze en France.   LA DÉCOUVERTE D'UN ENSEMBLE INCOMPLET Le 10 mars 1865, un des plus gros dépôts d’Europe, avec plus de 1800 objets en bronze, est mis au jour fortuitement par un paysan sarclant son champ de pommes de terre au lieu-dit Les Genettes, proche de l’étang Grattaloup, sur la commune de Larnaud, dans le Jura. D’après un compte-rendu rédigé en 1866, le dépôt est prélevé en l’espace d’une heure par la famille, les voisins et les curieux, emportant par curiosité un ou plusieurs objets. L’essentiel de la découverte est acheté au prix du métal par l’archiviste et archéologue Robert Zéphirin, alors conservateur du musée de Lons-le-Saunier (Jura). Alerté par la dispersion des objets, il entreprend rapidement des démarches auprès des acquéreurs afin de réunir l’ensemble. Malgré ses efforts, tout n’est pas rassemblé, comme c’est le cas de la plupart des dépôts de l’âge du Bronze découverts au XIXe siècle. La découverte est présentée à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris en 1867 et l’ensemble est acquis par le musée d’Archéologie nationale, alors en constitution. À bien des égards hors norme, cet ensemble eu pendant longtemps la réputation d’être difficile à appréhender. Un travail collectif, mené depuis plus de dix ans par Jean-François Piningre, Mareva Gabillot, Claude Mordant, Sylvie Jurietti, Thierry Logel et des chercheurs du laboratoire de Dijon, participe à la redécouverte du dépôt de Larnaud.   UNE RÉFÉRENCE NATIONALE Lorsque le matériel du dépôt de Larnaud entre dans les collections du musée d’Archéologie nationale, il s’inscrit dans l’histoire de l’archéologie des périodes dites protohistoriques, une discipline qui n’est alors qu’à ses débuts en France. Gabriel de Mortillet, en charge des collections préhistoriques du musée, crée en 1875 le terme de « Larnaudien » pour qualifier la fin de l’âge du Bronze, faisant du dépôt une référence nationale. Si cette appellation a aujourd’hui perdu toute signification, le dépôt de Larnaud demeure un archétype de la cachette de fondeur, sorte de modèle de recyclage protohistorique. Les objets, pour beaucoup fragmentaires, constitueraient un stock de matière première destinée à la refonte, mais le caractère récurrent et méthodique de certaines déformations ou cassures, comme s’il s’agissait d’opérations volontaires et non de maladresses, vient contredire cette interprétation. Cette pratique est perceptible sur les objets de dépôts contemporains, où la fragmentation des lames d’épées et de haches est standardisée, tout comme les torsions des pointes de lances et des bracelets, ainsi que les pliures minutieuses des agrafes de ceintures. Il est possible que le dépôt de Larnaud ait été enfoui vers 950 av. J.-C. pour des raisons symboliques, rituelles ou religieuses, et qu’il soit représentatif d’une pratique répandue à la fin de l’âge du Bronze dont la signification nous échappe encore.   UNE PROVENANCE ALPINE ET MÉRIDIONALE La plupart des objets en bronze du dépôt sont fabriqués à la fin de l’âge du Bronze, entre 1000 et 950 av. J.-C. D’autres sont plus anciens, comme l’épingle tréflée de l’âge du Bronze ancien (MAN21671), antérieure de près de cinq siècles à la plupart des objets du dépôt. De nombreuses influences de la fin de l’âge du Bronze entrent dans sa composition, notamment celles des productions alpines. La jambière (MAN21721), les épingles à tête globuleuse (MAN21684) et le bracelet réniforme (MAN21673) évoquent plutôt des productions du sud de l’Allemagne et des régions nords-alpines. D’autres objets suggèrent une provenance Suisse, comme le bracelet de type Cortaillod (MAN21675). Fabriqué à partir d’un ancien bracelet apparenté aux productions de la culture de Canegrate en Lombardie, le poignard (MAN21645) a probablement une origine italienne. Les bracelets à section triangulaire et à décor incisé, ainsi que les haches de type Pourrières à décor de cannelures rappellent les productions du sud-est de la France, alors qu’une petite minorité d’objets, comme les fragments d’épée à languette tripartite épaisse, proviennent peut-être d’ateliers de la façade atlantique.   Notice rédigée par Rolande Simon-Millot   BIBLIOGRAPHIE SIMON-MILLOT, Rolande. Les bracelets en bronze du dépôt de Larnaud (Jura) conservés au Musée des antiquités nationales. In : Antiquités Nationales, 1998, n°30, p. 25-86. PININGRE, Jean-François et GABILLOT, Mareva (dir.) Antiquités Nationales, 2023

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© MAN/Valorie Gô
Le dépôt de Larnaud

parure

Ceinture articulée en bronze du Theil

Le Theil, Billy (Loir-et-Cher), dépôt de la Fosse-aux-prêtres
Bronze final, vers 1 100 avant J.-C.

Découverte en 1875 près de Theil (Loir-et-Cher), apparemment associée à un casque en bronze, un ciseau à bois, une hache à aileron, un moule de hache en pierre, deux perles en ambre et une applique en or à décor estampé, cette très belle ceinture en bronze est un élément de parure féminine assez exceptionnelle. Les objets de l’âge du Bronze mis au jour en 1875 au Theil (Loir-et-Cher) constituent une découverte aussi importante que mal connue. L’absence de documentation ou de relevé précis ne permet pas de caractériser le contexte de cette découverte ; or, cet ensemble réuni des objets hors du commun, qui ne sont habituellement pas associés dans les dépôts ou dans les sépultures de l’âge du Bronze. Ils peuvent être répartis en deux lots : le premier rassemble le mobilier généralement perçu comme typiquement masculin : casque en bronze, hache à aileron, moule de hache et ciseau à bois. Le second ensemble contient quant à lui des parures dites féminines comme les perles en ambre, l’applique en or décorée et surtout la ceinture de bronze articulée. UNE CEINTURE ARTICULÉE La ceinture du Theil est constituée de trois rangs de maillons plats de forme rectangulaire et d’anneaux alternés à laquelle sont suspendues seize petites pendeloques en forme de feuille ou de poignard et deux grandes pendeloques. Ces dernières sont accrochées à une boucle en fil de bronze à trois volutes et extrémités en spirale. À l’opposée se trouve une boucle identique, mais plus petite et dont les volutes sont resserrées et tenues entre elles par trois anneaux ouverts et aplatis. Les maillons plats sont ornés d’une simple ligne longitudinale de pointillés située le long de chaque côté. Les pendeloques foliacées sont décorées de deux lignes de pointillés encadrant deux demi-cercles appuyés sur les bords. Le tout forme une version très simplifiée du motif associant deux protomés de cygne tirant une barque. Le crochet de suspension des pendeloques évoque lui -même un col de cygne. Enfin les grandes pendeloques portent, rejeté sur leurs bords, un décor incisé de hachures disposées entre trois bandes de filet. Les ceintures articulées - également appelées tabliers quand elles n’enferment pas complètement la taille - constituent des parures emblématiques de la période du Bronze final (1200-900 av. J.-C.) et sont encore utilisées au début de l'âge du Fer (VIIIe siècle av. J.-C.). Elles sont généralement composées de maillons en tôle de bronze dont les extrémités sont recourbées et passées à travers des anneaux pour former des chaînes reliées entre elles. A ces rangées articulées s’ajoutent en dernier lieu des pendeloques. Enfin, un système d’attache est présent aux extrémités de la ceinture. Des liens organiques y étaient passés afin de maintenir la pièce au niveau de la taille ou des hanches. UTILISATION DE LA CEINTURE Des parures de ce type sont connues dans l’ensemble du grand arc alpin, de la Méditerranée à l’Est de l’Europe en passant par le sud de l’Allemagne et la Suisse. En France on en compte une dizaine complète ou quasi-complète notamment dans le dépôt de la Motte à Agde, de La Ferté-Hauterive dans l’Allier, de La Loubière à Bénévent-en-Champsaur, du Pigier à Guillestre, de Réallon 3 dans les Hautes-Alpes, de Blanot en Côte-d’Or ou encore de Mathay dans le Jura. La plupart de ces ensembles complets sont beaucoup trop étroits pour être qualifiés de ceinture d’où l’interprétation aujourd’hui de tablier. Beaucoup nous sont parvenues sans leur système de fermeture mais de nombreux fermoirs isolés sont connus dans les dépôts d’objets métalliques comme à Larnaud (Jura) par exemple. Des liens probablement en cuir devait permettre de lacer ces tabliers à la taille et les porter sur le devant du corps. Ces ceintures ou ces tabliers sont généralement retrouvés au sein de dépôts d’objets enterrés après été déposés dans un vase ou tout autre contenant, en dehors d’une sépulture. Elles font souvent partie de riches ensembles de parures, comme dans le dépôt de Mathay (Doubs) ou d’Agde (Hérault), où elles étaient associées avec de nombreuses perles en ambre, des appliques, des torques et des bracelets, ayant probablement appartenus à de riches individus. Peut-être ont-elles été déposées lors de leur décès ou à l’occasion d’un changement de statut social. La présence d’une ceinture articulée au sein du dépôt de Blanot (Côte-d’Or), associée à un service à boire (chaudrons, bouteilles, coupes etc.) suggère que ces parures ont pu être portés lors d’évènements collectifs de type banquet. Ces pièces complexes et parfois lourdes de plusieurs kilogrammes semblent ainsi avoir fait partie de costumes d’apparat qui devaient être portés lors d’occasions spéciales. Associées à d’autres parures en bronze éclatant (jambières, bracelets, colliers etc.), ces tabliers devaient former des ensembles étincelants et sonores remarquables. UNE PARURE SYMBOLIQUE ? Cet élément de parure, lourd et de facture complexe, était donc sans nul doute utilisé dans des occasions exceptionnelles, peut-être des cérémonies rituelles. Portés par un danseur ou un officiant, femme ou homme, l’éclat doré de l’alliage cuivreux et le tintement des éléments en métal étaient là pour impressionner les sens. Certaines de ces « ceintures » -- ou « tabliers » selon que l’on considère qu’elles étaient portées uniquement devant ou qu’elles enserraient le corps --, ont été transmises de génération en génération, entretenues et réparées, comme de précieux ustensiles dont la fonction précise nous échappe, peut-être en lien avec la danse. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot BIBLIOGRAPHIE AUDOUZE, Françoise. Les ceintures et ornements de ceinture de l'Age du Bronze en France (suite). Ceintures et ornements de ceinture en bronze. In : Gallia préhistoire, 1976, n°19-1, p. 69-172. CORDIER, Gérard. La Sépulture de l’âge du Bronze final du Theil à Billy (Loir-et-Cher). In : Archäologisches Korrespondenzblatt, 1997, n°27.1, p. 73-92.

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© RMNGP(MAN)
Ceinture articulée en bronze du Theil

Objet emblématique

Cône d'Avanton

Avanton (Vienne)

1 500 - 1200 avant J.-C.

Le cône d’or d’Avanton est une des plus importantes créations de l’âge du Bronze. C’est également une des plus énigmatiques. Il n’existe dans le monde que trois autres cônes du même type, tous conservés en Allemagne : à Berlin, Spire et Nuremberg. Peu d’autres objets produits dans les ateliers des artisans métallurgistes nord-alpins ont été autant chargés de significations et sujet à interprétations : emblème de pouvoir mais aussi objet de culte, calendrier astronomique et possible chapeau cérémoniel, le cône d’Avanton est d’abord un véritable prodige technique et un magnifique objet d’art.   SES CARACTÉRISTIQUES Découvert "tout aplati et replié sur lui-même" en 1844, le cône d’Avanton fut acquis par le Louvre en 1847, puis versé en 1956 au musée archéologique de Saint-Germain en Laye. Dans son état actuel, il pèse 321 gr et mesure 53 cm de hauteur pour 12 cm de diamètre. S’il s’agit d’un chapeau comme tendraient à le suggérer certaines recherches actuelles sur la base des cônes allemands, mieux conservés, alors il manque la calotte qui a entièrement disparu. Le sommet du cône, écrasé et partiellement détruit, a été reconstitué par les restaurateurs du laboratoire de Mayence en 1978. Le cône était à l’origine un peu plus grand et peut-être doublé de cuir.   UN PRODIGE D'ORFÈVRERIE Sa fabrication est remarquable. Le cône a été réalisé en une seule pièce mise en forme sans soudure, uniquement par martelage et emboutissage à froid à partir d’un petit lingot d’or, étirée sur une enclume jusqu’à ne plus former qu’une seule longue forme creuse dont l’épaisseur de la feuille est inférieure au millimètre. Cette opération longue et délicate a dû nécessiter de réchauffer régulièrement l’or afin de lui conserver toute sa ductilité et éviter ainsi des craquelures ou le déchirement du métal.   SON DÉCOR Son décor, très géométrique, est particulièrement fascinant. Il est composé de trois motifs principaux, disposés en différents registres très répétitifs et strictement horizontaux. Tous ont été réalisés au repoussé après sa mise en forme. Il se compose de treize rangées d’ocelles (bossettes ornées de cercles concentriques) évoquant le soleil, disposées en alternance avec des lignes de filets et des rangs de ponctuations qui accrochent la lumière. Le cône, dont la partie supérieure était très écrasée et emboutie à la découverte, porte sur son sommet une étoile à 11 branches dont seules les extrémités sont encore visibles aujourd’hui. On retrouve ces motifs solaires sur de nombreux objets prestigieux comme les vaisselles en or de Villeneuve-Saint-Vistre-et-Villevotte (Marne) et de Rongères (Allier) – également conservés au MAN. L’un des objets les plus emblématiques de l’âge du Bronze, le disque de Nebra, découvert en Allemagne en 1999, illustre bien la connaissance à laquelle étaient parvenues les populations de cette période : il est orné des symboles de la Lune, du Soleil et des Pléiades, organisés de manière à permettre le calcul des dates des solstices d’hiver et d’été. Tous ces objets précieux et remarquablement exécutés évoquent une société complexe, sans doute strictement hiérarchisée, aux savoirs techniques et astronomiques avancées, organisée autour des travaux des champs... bien loin de l’image du barbare inculte. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot BIBLIOGRAPHIE Joffroy R. (1978). Le cône d’or d’Avanton, Antiquités Nationales, n°10, p. 33-35.   LIENS UTILES Le dépôt d'ors de Villeneuve-Saint-Vistre-et-Villevotte

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© GrandPalaisRmn (MAN)/Jean-Gilles Berizzi
Cône d'Avanton

Bijoux

Pendentif en forme de peigne de Dôle

Provenance inconnue (Jura)

Bronze final, 1100-1000 av. J.-C.

Moins de six centimètres de bronze, et pourtant ce petit pendentif venu du Jura est une clef vers les grands récits de l’âge du Bronze, entre figure féminine, barque solaire et outil de tisserande. UN OBJET SANS PROVENANCE MAIS PAS SANS HISTOIRE Acquis en 1872 auprès d’un antiquaire établi à Dôle (Jura), ce petit pendentif en bronze, mesurant moins de 6 cm, ne bénéficie d’aucune information sur sa provenance ni sur son contexte archéologique. Il n’en est pas moins d’un grand intérêt par sa forme singulière : un anneau sommital encadré par deux protomés d’oiseaux aquatiques stylisés, une base en forme de peigne — et, dans l’ensemble, l’apparence d’une figure humaine (tête, bras, jupe longue). Ce type de pendentif, dit pectiforme, est attesté dans la zone alpine et dans de nombreuses stations lacustres de la fin de l’âge du Bronze en Allemagne et en Suisse (Genève, Estavayer, Auvernier, ou Guévaux). UNE DÉCOUVERTE RÉCENTE : LE DÉPÔT DE MATHAY il faut attendre 2006, et la découverte d’un dépôt complet de l’âge du Bronze enfoui dans la forêt communale de Mathay dans le Doubs, pour que le mystère entourant la fonction de ce type d’objet soit enfin partiellement levé. Le dépôt de Mathay, soigneusement placé dans un vase, contenait plus de 2000 objets, parmi lesquels deux petites pendeloques très proches de celle de Dôle, découvertes à l’extrémité d’un alignement de plus de 900 anneaux de bronze. Ces chaînes de maillons étaient autrefois peut-être cousues sur un vêtement ou formaient une ceinture (Piningre, Ganard, 2021). UNE IMAGE AMBIVALENTE ET PUISSANTE Ces objets ne se laissent pas facilement interpréter. Par leur forme composite, ils peuvent être lus de multiples façons. Une interprétation symbolique, proposée dès le début du XXe siècle par Joseph Déchelette, y discerne une représentation solaire : le soleil transporté sur une barque est tracté par des oiseaux aquatiques. Cette lecture établit un parallèle lointain avec les gravures rupestres de Suède, les motifs ornant les rasoirs de Gotland, ainsi que certains chaudrons et cuirasses alpins du Bronze final. Ces oiseaux porteurs de lumière sont aussi des figures de passage. En Irlande comme en Grèce, le cygne ou le canard est l’oiseau de l’au-delà, le messager entre les mondes. Ce sont aussi les oiseaux des Moires, qui tissent le destin des vivants, et ceux d’Apollon Hyperboréen, dont le char revient chaque année porté par des cygnes. Le pendentif de Dôle pourrait ainsi incarner ce mouvement cosmique, ce lien entre cycles naturels et cycles humains. UN OUTIL TEXTILE MINIATURISÉ ? Mais il est une autre lecture possible, complémentaire : celle d’un outil. La base du pendentif rappelle de manière frappante le peigne du métier à tisser, tel qu’il est connu dans les stations palafittes ou dans les mines de sel de Hallstatt. Christine Reich, dans son étude sur les représentations anthropo-aviiformes du Bronze moyen danubien, souligne combien les vases et idoles portant collier, plumage stylisé ou traits humains participent d’un même registre symbolique, où la femme, l’oiseau et l’acte de tisser sont étroitement liés. Le peigne, au Bronze final, est un objet autonome, que la tisserande pouvait porter à la ceinture, comme on le fait d’un couteau ou d’une fusaïole. Il devient alors doublement signifiant : outil de travail et symbole du destin, de la cyclicité du monde. Pour certains archéologues comme Yann Lorin, les ceintures articulées du Bronze final sont peut-être également une évocation matérielle du métier à tisser, chaque maillon représentant une trame, chaque anneau un fil de chaîne — et les pendeloques, les pesons ou les peignes d’os devenus métal. N’oublions pas que ce sont des femmes, les Parques ou les Moires, qui filent le destin des êtres humains ; que c’est une femme, Pénélope aux blanches mains, qui tisse le linceul de son beau-père Laërte, et le défait chaque soir, dans l’attente du retour de son époux Ulysse. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot Lexique Protomé : partie avant du corps d'un animal Pectiforme : en forme de peigne BIBLIOGRAPHIE PININGRE, Jean-François et GANARD, Véronique (dir.), Parures cérémonielles en France orientale au Bronze final. Le dépôt de Mathay (Doubs), Editions Universitaires de Dijon – Société archéologique de l’Est, Collection Art, Archéologie et Patrimoine, 2021, 302 p. LORIN, Yann (2021), La place des parures dans la représentation de l’artisanat textile protohistorique : le cas des pièces intermédiaires des ceintures et des pendentifs en bronze. In Bronze 2019, 20 ans de recherches, Actes du colloque international anniversaire de l’APRAB, Bayeux (19-22 juin 2019), supplément n°7 au bulletin de l’APRAB, 2021, p. 603- REICH, Christine. Vogelmenschen und Menschenvögel. Bronzezeitliche Vogel-Mensch-Darstellungen im mittleren und unteren Donauraum. In: Bernhard Hänsel (dir.), Gaben an die Götter. Schätze der Bronzezeit – eine Ausstellung des Museums für Vor- und Frühgeschichte, Staatliche Museen zu Berlin, Preußischer Kulturbesitz, Bestandskataloge 4, Berlin, 2005, p. 232–239. WIRTH, Stefan (2021), Une place au soleil - Le motif central de la symbolique du Bronze final en contexte et en action. In Bronze 2019, 20 ans de recherches, Actes du colloque international anniversaire de l’APRAB, Bayeux (19-22 juin 2019), supplément n°7 au bulletin de l’APRAB, 2021, p. 603-

Pendeloque de Dôle (Jura)
Pendeloque pectiforme de Dôle (Jura) © MAN(Musée d’Archéologie nationale)/Valorie Gô
Pendentif en forme de peigne de Dôle

dépôt

Le dépôt de Vaudrevange

Vaudrevange / Wallerfangen (Sarre, Allemagne)

IXe av. J.-C.

Le Warndt  est une région particulièrement riche en minerai de cuivre (l’un des deux composants du bronze avec l’étain) d’où sans doute le nombre important de dépôts d’objets métalliques en bronze mis au jour en Sarre, en Alsace et en Lorraine depuis la fin du XIXe siècle.   UN CONTEXTE DE DÉPOSITION BIEN PARTICULIER La découverte a lieu en 1851, lors de travaux agricoles pratiqués sur une butte entourée de marécages située près de la commune de Vaudrevange, aujourd’hui Wallerfangen, en Allemagne. L’ensemble est acquis en 1852 par Victor Simon, membre de l’Académie nationale de Metz, fondateur de la Société d’Histoire et d’Archéologie de la Moselle. Après sa mort en 1865, sa collection est dispersée aux enchères et le dépôt de Vaudrevange est acquis par le MAN en 1868. C’est le premier et le plus remarquable des quatre ensembles découverts sur le site, tous datés de l’âge du Bronze final. Proches les uns des autres, ils sont sans doute déposés dans un unique rituel, probablement lié à la présence du marais, d’où la patine bleu turquoise des 65 éléments, due à un séjour prolongé dans l’eau.   UNE PANOPLIE PERSONNELLE Les objets étaient empilés au fond d’une fosse, dans un ordre précis : d’abord avaient été déposés les éléments de parure dont 14 lourds bracelets, quelques gros boutons et des pendentifs, puis les quatre haches avec leur moule bivalve. Ensuite venaient les divers éléments de char et de harnachement : une paire de mors, deux phalères (disques de bronze), douze boucles filiformes, quatre tubuccins, deux appliques, deux spirales, huit boutons à bélière, deux groupes de quatre anneaux et une plaque ajourée. Au-dessus de cet ensemble était disposé un grand disque en bronze, le tintinnabulum. Enfin, surmontant le tout, était posée une très belle épée de type Möringen, brisée en deux lors de la découverte. Les épées découvertes en milieu humide sont en effet généralement retrouvées entières, au contraire des épées retrouvées dans les dépôts terrestres, souvent fragmentées. Ce rituel de déposition particulièrement élaboré permet de distinguer une logique et la composition d’une véritable “panoplie” (Verger, 1992) se rapportant à une même personne. Ici, une panoplie masculine identifiée notamment par l’épée, dont la position, en haut du dépôt, pourrait être symbolique et suggérer le pouvoir alors qu’exerçait l’aristocratie militaire sur la société et son contrôle sur la circulation du métal, devenu crucial dans tous les domaines d’activité (artisanat, transport, guerre…). Le moule de hache marque-t-il la “présence” d’un artisan, ou a-t-on simplement considéré que cet objet à la fois arme et outil ne pouvait être déposé sans sa matrice? Quoi qu’il en soit, nous avons sans doute affaire à un personnage assez puissant pour disposer d’un cheval avec son harnachement complet.   LE CHEVAL À L'ÂGE DU BRONZE Domestiqué dès 3500 avant notre ère dans les plaines d’Asie centrale, le cheval n’est réellement utilisé en Europe occidentale qu’à partir du Bronze final (dès 1300 av. J.-C.). Il est alors employé comme animal de trait, pour tirer des chariots ou des chars processionnels. En témoignent les petits éléments arqués qui pourraient correspondre à des montants de mors. Placés à l’encoignure de la bouche du cheval, ils étaient assemblés aux mors par l’intermédiaire de leur fente médiane. À leurs extrémités, se trouvent des anneaux par lesquels passaient les brides permettant de conduire et diriger le cheval. Fentes et passants sont consolidés, de part et d’autre, par des bourrelets métalliques. À l’âge du Bronze, le cheval, symbole de l’aristocratie guerrière, semble devenir l’acteur privilégié de certaines cérémonies en tant que symbole de l’aristocratie guerrière, d’où la présence de ces éléments dans le dépôt de Vaudrevange. Sur toutes les représentations connues datant de l’âge du Bronze, le cheval n’est jamais monté : de récentes études ADN (Orlando, 2021) semblent attester que les chevaux de cette époque ne disposaient peut-être pas d’un dos assez puissant pour supporter le poids d’un humain. L’ère des cavaliers ne s’amorcera véritablement qu’à l’âge du Fer.   LE TINTINNABULUM Cet objet original, que l’on pourrait classer dans la catégorie des instruments de musique, se trouvait sur le dessus du dépôt de Vaudrevange 1. Composé d’un grand disque, il est muni d’une barre de suspension à laquelle sont accrochés, de part et d’autre, deux petits disques similaires, mobiles, qui viennent s’entrechoquer à chaque mouvement du tintinnabulum. L’analyse de l’usure des pièces, toutes coulées grâce à la technique de la cire perdue, a confirmé ce mouvement de balancier. Peut-être également objets sonores suspendus, les “tubuccins”, petits cylindres de bronze cannelés, tintaient de la même manière. On les retrouve souvent déposés par groupes de quatre. Le support de ces deux types d’objets reste pourtant hypothétique : si on les imagine assez bien décorant la caisse d’un char, il n’en subsiste aucune preuve directe. Comment imaginer la disposition du tintinnabulum, qui tournait sans doute sur lui-même, dans cet ensemble d’apparat ? En plus de l’autre tintinnabulum découvert à Vaudrevange en 1872, une vingtaine d’objets de ce type est connue, provenant de France, d’Allemagne et de Suisse, mais très rarement complets ou en si bon état. Ces objets, par leur conception très soignée et leur forme circulaire, étaient probablement des instruments utilisés pour un culte, évoquant le soleil  par leur forme et leur couleur dorée.   Notice rédigée par Rolande Simon-Millot   BIBLIOGRAPHIE ORLANDO Ludovic et.al. The origins and spread of domestic horses from the western Eurasian steppes. Nature, 2021, vol. 598, p. 634–640. SIMON, Victor. Mémoire sur des antiquités trouvées près de Vaudrevange. Mémoires de l’académie nationale de Metz, 1852, vol. 33, p. 231-259. VEBER, Cécile. MILLE, Benoît. et PERNOT, Michel. Le dépôt de Vaudrevange : études techniques et éléments d’interprétation. Antiquités Nationales, 2005, n°37, p. 69-101. VEBER, Cécile. Métallurgie des dépôts de bronzes à la fin de l’âge du Bronze final (IXe-VIIIe av. J.-C.) dans le domaine Sarre-Lorraine : essai de caractérisation d’une production bronzière au travers des études techniques : formage et analyses élémentaires. Oxford : Archaeopress, 2009, 340 p. (BAR international series 2024). VERGER Stéphane. L’épée du guerrier et le stock de métal : de la fin du Bronze ancien à l’âge du Fer. In : Gilbert Kaenel et Philippe Curdy (éd.). L’âge du Fer dans le Jura. Actes du XVe colloque international de l’Association française pour l’étude de l’âge du Fer (Pontarlier et Yverdon-les-Bains, 9-12 mai 1991). Bibliothèque historique vaudoise, 1992, (Cahiers d’archéologie romande) p. 135‑151. LIENS UTILES Cuirasse de Marmesse

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© GPRMN (MAN)/Jean-Gilles Berizzi
Le dépôt de Vaudrevange

Outils

Moules de hache avec leurs noyaux

Dépôt de Thiais (Val de Marne)
Bronze final 3b (IXe siècle av. J.-C.)

Acquisition
Don de la ville de Paris - 1935

Le dépôt de Thiais contient des éléments issus d’au moins deux moules utilisés pour la production de haches à douille. Ces moules en bronze sont caractéristiques de la fin de la fin de l’âge du Bronze, qui voit un fort développement de la production en série de certains objets, particulièrement les outils comme les haches, à l’aide de moules réutilisables. UN DÉPÔT DE FONDEUR ? La découverte de Thiais est un dépôt, c’est-à-dire un ensemble d’objets enterrés ensembles en dehors d’une sépulture. En plus des deux valves de moules et des deux noyaux, le dépôt contient également deux haches à douille entière, cinq fragments, un fragment de pointe de lance à douille, un fragment de hache-marteau, un fragment de hache à talon, trois fragments de lames d’épées, six bracelets, deux fragments de bracelets et trois pièces de bronze embouties. Cet ensemble a été découvert en mai 1934 dans une pépinière à proximité du cimetière de Thiais. Lors de son entrée dans les collections du Musée d’Archéologie Nationale en 1935, cet ensemble a été interprété comme une « cachette de fondeur », c’est-à-dire comme un stock de métaux destinés à la refonte, pouvant être associé à des outils cachés en vue d’être récupérés. Si cette pratique a pu exister, les quantités impressionnantes de bronze abandonnées de cette manière et jamais récupérées (voir les dépôts de Larnaud et de Vénat) doivent nous interroger sur la pertinence de cette interprétation. Dans le cas du dépôt de Thiais, la présence d’au moins deux moules représentés chacun par une valve témoigne d’une sélection volontaire des objets abandonnés. Le moule ne pouvant fonctionner qu’en présence des deux valves, leur séparation témoigne de la volonté de sacrifice de ces objets, de manière à les rendre non fonctionnels. Les deux autres valves ont pu être placées dans d’autres dépôts ou bien être refondues et recyclées pour créer d’autres objets en bronze. Ce dépôt semble ainsi plutôt témoigner de pratiques sociales et/ou religieuses, individuelles ou collectives, impliquant la destruction et l’abandon au moins partielle de biens en bronze pourtant recyclables. LES MOULES BIVALVES À NOYAU Les moules de Thiais servaient à la production de haches à douille, un type d’objet très répandu à la fin de l’âge du Bronze. Pour ce faire, la technique de la fonte est employée : du bronze en fusion (autour de 1100-1200°C) est coulé dans une empreinte dont il prendra la forme en refroidissant et en se solidifiant. Dans le cas de Thiais, les moules permettant d’obtenir l’empreinte d’une hache à douille sont constitués de trois parties. La forme générale de la hache est formée par deux valves, dont un système de rainures et de nervures permet d’assurer le bon alignement. Celles-ci sont décorées sur l’extérieur de nervures qui peuvent évoquer des liens organiques servant à maintenir les valves lors de la coulée. Entre les deux valves étaient insérée une pièce métallique, le noyau, qui était maintenu en place dans la partie supérieure du moule grâce à des encoches. Lors de la fonte, le bronze en fusion se répartit autour du noyau qui est ensuite retiré une fois le métal solidifié, libérant ainsi une partie creuse à l’intérieur de la hache, correspondant à la douille utilisée pour son emmanchement. Ces moules réutilisables en bronze permettent la production en série de ce type de hache en répliquant la même forme à l’identique jusqu’à plusieurs dizaines de fois. L’apparition de la production en série constitue une innovation majeure de l’âge du Bronze, en partie due à l’utilisation d’un alliage à base de cuivre à 85 ou 90 % et d’étain entre 15 et 10 %, parfois associé à d’autres métaux comme le plomb à la fin de la période. LA PRODUCTION EN SÉRIE : UNE INVENTION DE L'ÂGE DU BRONZE Si la métallurgie apparaît dès le Néolithique, l’âge du Bronze est le théâtre de progrès considérables dans les techniques mises en œuvre par les artisans métallurgistes. L’invention de moules réutilisables marque ainsi une étape particulièrement importante dans l’histoire de ces techniques. Ces moules, généralement constitués de deux valves, portant chacune la moitié de l’empreinte de l’objet à reproduire, permettent de réaliser plusieurs coulées successives et de fabriquer plusieurs fois le même objet, répliqué ainsi à l’identique. Cette innovation, qui gagne l’Europe essentiellement à compter du Bronze moyen (XVIe-XIVe siècle av. J.-C.), marque les débuts de la production en série. Ce mode de production concerne la production d’outils tels que les haches ou les faucilles, qui sont réalisées en grande quantité et dont on connaît aujourd’hui de grandes séries rassemblant des dizaines voire des centaines d’exemplaires très proches si ce n’est identiques (dépôt de Beny dans le Calvados). Si des moules taillés dans la pierre sont largement utilisés pour ce type de coulée, des moules en bronze sont aussi employés. La fonte de bronze en fusion dans un moule constitué du même matériau peut sembler impossible. Néanmoins, lorsque les conditions de coulées et de refroidissement du métal sont bien maîtrisées, la rétractation du bronze doit permettre un démoulage sans problème. Cependant, les expérimentations réalisées avec ce type de moule et les techniques de l’âge du Bronze révèlent des problèmes d’adhésions entre l’objet et le moule ainsi que des déformations de ce dernier sous l’effet de la chaleur. Des doutes demeurent ainsi sur la manière dont les artisans de l’âge du Bronze produisaient des objets à l’aide de moules métalliques. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot BIBLIOGAPHIE Mohen, J.-P. (1977) – L'âge du Bronze dans la région de Paris : catalogue synthétique des collections conservées au Musée des antiquités nationales, Paris : éditions des Musées Nationaux, 263 p. Mohen, J.-P. (1978) – Moules en bronze de l’Âge du Bronze, Antiquités nationales, n°19, p. 23-32.

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© RMNGP(MAN)
Moules de hache avec leurs noyaux

parure

Jambières à spirales

Veuxhaulle (Côte d'or)

Bronze final I-IIa (1 300 - 1 100 avant J.-C.)

Acquisition
Don Flouest, 1882

Les jambières à spirales font parties des œuvres emblématiques de l’âge du Bronze. Elles témoignent également de l’incroyable maîtrise des artisans métallurgistes il y a plus de 3000 ans. Cette paire de jambières découverte dans une sépulture à Veuxhaulles (Côte-d’Or) à la fin du XIXe siècle est représentative de ce type de parures qui se développe en France au début du Bronze final, à partir du XIIIe siècle av. J.-C. UNE PARURE FÉMININE Découvertes en contexte funéraire ou de dépôt, ces objets sont interprétés comme des éléments de parure féminins. Dans les sépultures, on les retrouve généralement portées au niveau des jambes d’où leur nom. Elles proviennent pour l’essentiel de tombes féminines riches et bien pourvues en parures, et semblent donc constituer un élément privilégié du costume funéraire de femmes jouissant d’un statut élevé. Dans le cas de la sépulture de Veuxhaulles, en plus de la paire de jambières, la défunte était accompagnée d’une ceinture, dont seul le crochet en bronze est conservé, et d’une paire de bracelets torsadés. Les traces d’usure que portent souvent les jambières montrent par ailleurs que ces pièces étaient probablement portées du vivant de ces femmes. Ces costumes associant différentes parures métalliques ne font pas nécessairement parties du quotidien. Elles ont pu être portées lors d’occasions spéciales, par exemple lors de fêtes ou de cérémonies. L’ensemble de Veuxhaulles est assez petit en comparaison d’autres contextes, comme les parures rassemblées dans le dépôt de Blanot (Côte-d’Or). Y sont présentes trois paires de jambières de trois tailles différentes, correspondant vraisemblablement à trois stades de la vie de la femme qui les a portées, associées à une ceinture articulée dotée de pendeloques, des appliques de bronze cousus sur un habit en cuir, un bracelet en bronze et des colliers en perles d’or. Toutes ces parures ont été rassemblées dans un dépôt avec une série de vaisselles en bronze se rapportant à la consommation de nourriture et de boisson lors de banquets, illustrant le type d’évènement durant lequel ces riches costumes pouvaient être portés. UNE DÉMONSTRATION TECHNIQUE La réalisation de ces jambières à spirales démontre la très grande maîtrise de la métallurgie par les artisans de l’âge du Bronze. Ces parures sont en effet réalisées d’une seule pièce, de la partie frontale couvrant le devant de la jambe aux spirales passant derrière le mollet. Pour ce faire, les artisans utilise une tige métallique dont la partie centrale est martelée. Le métal est ainsi étendu et affiné jusqu’à obtenir la forme désirée. Ce travail de la tôle de bronze, appelé dinanderie, requiert une grande dextérité afin de ne pas fissurer le métal lorsqu’il est travaillé. Cette partie centrale est ensuite décorée. Comme sur d’autres jambières similaires, celles de Veuxhaulles sont ornées e triangles hachurés formés de fines lignes. Celles-ci sont incisées directement à la surface de l’objet à l’aide d’une pointe. La finesse et la régularité du décor témoigne de la maestria des artisans bronziers et de la maîtrise des règles géométriques. Finalement, les tiges métalliques aux deux extrémités de la zone décorée sont repliées en spirale de manière à créer la forme définitive de la jambière. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot BIBLIOGRAPHIE Eluère C. (1974) - Anneaux de jambe et jambières à spirales de France, Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 71, n°2, p. 543-566.

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© RMNGP (MAN)
Jambières à spirales

Vaisselle

Tasse en or de Paimpont

Lisière de la forêt de Paimpont, au bord de la rivière Aff (Ile et Vilaine), vers 1880

Communément associés dans les cultures de l’âge du Bronze final nordiques et continentales, l’oiseau, la barque et le soleil sont souvent représentés sur les récipients à boisson qui accompagnent les cérémonies et les banquets. Découverts généralement en contexte funéraire ou dans les dépôts d’objets métalliques, ces récipients, de facture exceptionnelle, ne relèvent pas du quotidien mais évoquent un usage de libations probablement d’ordre rituel. La tasse de Paimpont, dont le contexte de découverte ne nous est pas connu, est une de ces pièces hors normes dédiées sans doute à un usage privilégié. UN CHEF-D'ŒUVRE D'ORFÈVRERIE ET DE DINANDERIE Elle aurait été trouvée vers 1880 en lisière de la forêt de Paimpont, au bord de la rivière Aff (Ile et Vilaine). Acquise par le MAN en 1972 après avoir longtemps appartenu au collectionneur Julien Chappée, cette magnifique pièce d’orfèvrerie (MAN – 83 168) est composée d’un bol fabriqué d’une seule pièce, sans rivet ni soudure à partir d’une tôle d’or. Le travail de la tôle, aussi appelé dinanderie, consiste à marteler une pièce de métal pour l’affiner et l’étendre progressivement. Afin de ne pas atteindre le point de rupture du métal et éviter des déchirements, la pièce est chauffée à intervalles réguliers. Une anse à laquelle sont attachés deux petits anneaux a ensuite été ajoutée par rivetage. Le corps de la tasse est orné de deux types de motifs. Sur la panse, les ocelles sont produits par estampage. Une matrice portant l’empreinte de l’ocelle est appliquée à la surface de la tasse et, à l’aide d’un poinçon et d’un marteau, le métal est déformé et inséré dans la matrice depuis l’envers. Sur le col, le décor de protomés d’oiseaux est quant à lui ciselé. Un ciseau et un marteau sont employés pour venir dessiner ces motifs obtenus en déplaçant localement la matière. OISEAUX, BATEAU ET SOLEIL Cette frise profondément ciselée ornant le col de la tasse est composée de douze oiseaux stylisés à très long bec, formés d’une double ligne pleine formant le bec, la tête et le corps. Une ligne de ponctuations orne leurs têtes à la manière d’une crête et une autre relie l’oeil de chacun au dos du précédent. L’oiseau est un motif récurrent à l’âge du Bronze, pouvant être associé au mythe du char solaire d’Apollon tiré par les « cygnes hyperboréens ». Souvent associé à des évocations solaires, comme ici avec les ocelles de la panse, les oiseaux forment le motif de la barque solaire aux oiseaux, Cet association d’images retranscrit vraisemblablement les croyances des sociétés de l’âge du Bronze leur permettant d’expliquer la course du soleil dans le ciel. Cette symbolique associant oiseau et soleil est une image très forte de l’âge du Bronze d’Europe centrale, qui continue à exister au début de l’âge du Fer notamment en Italie du nord. Elle est visible sur de nombreux objets conservés au Musée d’Archéologie Nationale, comme la pendeloque de Dôle (Jura) ou la cuirasse de Véria (Jura). Notice rédigée par Rolande Simon-Millot   LIEN UTILE Présentation dans le cadre de l'objet du mois  

Media Name: Tasse en or (Paimpont) - Âge du Bronze
© MAN/Valorie Gô
Tasse en or de Paimpont

figurine

Figurine d’oiseau en terre cuite de Tigy

Le Bois des Hauts (lieu-dit) (Loiret)

XIIe-Xe siècle avant J.-C.

 

À partir du XIIe siècle avant notre ère, la pratique de l’incinération se développe largement en Europe et les cendres des défunts sont recueillies dans une urne funéraire disposée avec soin dans des fosses aménagées où sont déposés également des céramiques et quelques objets personnels comme par exemple des bracelets en bronze, des épingles, un couteau ou une pince à épiler ainsi que, beaucoup plus rarement, une petite figurine d’oiseau, animal souvent interprété comme une figure psychopompe. UN CONTEXTE FUNÉRAIRE L’oiseau de Tigy, modelé en céramique fine de couleur brune et délicatement lustrée, a été mis au jour à l’occasion des fouilles réalisées de 1973 à 1975 par la Société archéologique de Vienne-en-Val au lieu-dit Le Bois des Hauts dans une nécropole à incinérations datée de la phase moyenne de l’âge du Bronze final (XIIe-Xe siècle avant notre ère). Il provient de la sépulture 6 où il avait été déposé avec un petit gobelet à l’intérieur d’une grande tasse fermée par une assiette. UNE REPRÉSENTATION RÉALISTE ? Sa forme, très simple, se résume à un corps ovoïde surmonté d’un petit cou et d’une tête à peine marquée, sans bec ni yeux. Elle est creuse et sa base est ouverte. Elle porte sur une face un décor de grosses ponctuations obtenues sur pâte fraîche à l’aide d’un poinçon. Il est possible de reconnaître une perdrix dans cette petite figurine. Il s’agit d’une des très rare tentative de représenter le vivant à l’âge du Bronze. UNE PIÈCE EN CÉRAMIQUE D'UNE GRANDE RARETÉ EN FRANCE Les figurines d’oiseaux en céramique sont très rares en France. Un autre exemplaire, très proche par sa taille et sa forme générale, a été découvert à Blaison-Gohier (Maine-et-Loire) dans les limons qui bordent la Loire. Il s’agit d’un ramassage de surface ce qui explique son aspect fortement érodé. Sa partie postérieure manque, mais elle a conservé une partie de son décor encore bien lisible sur le dos de la pièce. Il semble avoir été constitué de croix et de ponctuations profondes du même type que celui de Tigy. Plus étonnante est la figurine en forme d’oie qui a été découvert en 1961 lors des fouilles réalisées sur le site d’habitat du Bronze final des Courtinals à Mourèzes dans l’Hérault. D’autres oiseaux sont également signalés dans l’Est de la France. Le corps probable d’un oiseau en céramique a été mis au jour sur la butte du Hexenberg à Leutenheim dans le Bas-Rhin. Enfin quatre exemplaires ont été recensés dans la forêt de Haguenau dans des contextes allant du Bronze final à La Tène ancienne. Quelques autres pièces souvent très fragmentaires ont également été découvertes ces dernières années mais leur nombre se réduit à moins d’une dizaine. DES JOUETS POUR ENFANT OU DES SYMBOLES FUNÉRAIRES ? Bien connues en Europe centrale, la majorité des statuettes ornithomorphes en terre cuite recensées à ce jour ont été découvertes en Allemagne et en Pologne au sein de la culture lusacienne. La nécropole de Topornica en Pologne a ainsi livré à elle-seule six exemplaires d’oiseau en terre cuite. En juillet 2013, une nouvelle grande nécropole à incinération a été mises au jour à Legowo en Pologne. Plus de 150 structures funéraires ont été fouillés dont plusieurs interprétés comme des sépultures d’enfant. L’une d’entre elle a livré une petite cuillère avec un manche en forme d'oiseau, une autre un bol décoratif orné également d'un oiseau. Creuses et contenant parfois des cailloux ou des fragments de céramique, les figurines en forme d’oiseau d’Europe centrale sont interprétées comme des hochets et éventuellement comme des sifflets. Certains y voient également des jouets. L’existence d’un canard en argile portant un décor réalisé à l’étain à Hauterive-Champréveyres en Suisse infirmerait cependant cette dernière hypothèse, ce type de décor étant réservé à des objets d’exception. En raison de leur contexte archéologique le plus fréquent, on attribue plutôt à ces figurines un rôle funéraire. Elles semblent en effet accompagner la pratique de l’incinération qui se généralise largement en Europe au Bronze final, à partir du XIIe siècle av. J.-C, notamment au sein du vaste complexe Rhin-Suisse-France Orientale, dit « des Champs d’urnes ». Rarement trouvé en habitat, attaché semble-t-il plutôt un usage rituel, en lien possible avec les enfants, la boisson ou la musique, il est difficile d’appréhender la signification symbolique et la fonction de ces pièces mais leur beauté touchante et leur simplicité émeuvent encore, trois mille ans après.   Notice rédigée par Rolande Simon-Millot  

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© MAN /Valorie Gô
Figurine d’oiseau en terre cuite de Tigy

Armes

Cuirasses anatomiques de Marmesse

Châteauvillain, au lieu-dit Marmesse (Haute-Marne), Le Petit Marais

11e- 10e siècles avant J.-C.

 

Ces cuirasses en tôle de bronze découvertes à Marmesse près de Châteauvillain en Haute-Marne, constituent un ensemble unique en Europe.   UN DÉPÔT VOTIF C’est en 1974 que furent mises au jour les trois premières cuirasses, de façon fortuite, lors de travaux de terrassement conduits dans une sablière, au lieu-dit « le Petit Marais ». Elles étaient emboîtées les unes dans les autres, comme rangées là pour l’éternité. Des fragments furent récupérés par la suite et plusieurs sondages archéologiques, réalisés de 1980 à 1987, permirent de compléter l’ensemble. Aujourd’hui on estime que le dépôt était initialement composé de sept à neuf cuirasses, toutes presque identiques. UN CHEF-D'ŒUVRE DE DINANDERIE Elles sont composées de deux coques en tôle de bronze assemblées par des rivets et ont été travaillées par déformation plastique, en frappant le bronze avec un marteau afin de l’étirer et de l’amincir. Certaines portent des patchs de réparation, conséquences de leur utilisation ou, plus probablement en raison de la rupture du métal pendant leur fabrication. Pour éviter les fissures en cours de façonnage, la feuille de bronze était périodiquement chauffée et subissait un « recuit » permettant d’homogénéiser et de consolider la structure du métal. L’une des coques correspondait au plastron, l’autre à la dossière. Ces deux éléments étaient solidement rivetés sur le côté de l’épaule gauche. Les cuirasses s’enfilaient par le côté droit, sans doute avec l’aide d’un « assistant », en écartant les deux coques, grâce à la malléabilité du métal. On pouvait alors assujettir et fermer la cuirasse en fixant les crochets situés du côté de l'épaule droite. MAGNIFIER LE CORPS DU GUERRIER Toutes les cuirasses de Marmesse sont rehaussées d’un même décor stéréotypé constitué d’une ligne principale de grosses bossettes d’un centimètre de diamètre, encadrée de part et d’autre d’une ligne de bossettes beaucoup plus petites. Ces décors sont obtenus à l’aide d’une matrice, c’est-à-dire d’une pièce évidée reprenant en creux la forme du décor souhaité. La matrice hémisphérique est placée à l’extérieur de la cuirasse puis la tôle y est emboutie à l’aide d’un poinçon et d’un marteau. La tôle prend ainsi la forme de l’empreinte, permettant l’obtention d’un décor standardisé composé de bossettes régulières. Ces triples lignes de bossettes soulignent les contours de la cuirasse : l’encolure, les manches, les côtés et la ceinture. Elles magnifiaient ainsi l’anatomie du guerrier, particulièrement les zones sensibles, la poitrine et le sternum (à l’avant), la colonne vertébrale et la cage thoracique (à l’arrière), qui sont indiqués de manière stylisée, selon un procédé que l’on retrouve par la suite sur les cuirasses grecques dites « musclées », à une époque plus tardive. Ce décor de bossettes réalisées au repoussé est caractéristique de la fin de l’âge du Bronze et se retrouve sur de très nombreux objets de prestige comme les casques, les cnémides, les ceintures et les éléments de vaisselles métalliques produits en Europe centrale et orientale, ainsi que dans une large zone Nord-Alpine entre le 12e et le 8e siècle avant notre ère. Notons que ce type de décor se retrouve par la suite à l’identique sur les casques villanoviens (étrusques) ou encore sur les vaisselles italiques. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot BIBLIOGRAPHIE Lehoërff A. (2008). Les cuirasses de Marmesse (Haute-Marne), un artisanat d’exception, Antiquités Nationales, n° 39, p. 95-106. Mödlinger M. (2017). Protecting the Body in War and Combat. Metal Body Armour in Bronze Age Europe, Vienne : Austrian Academy of Sciences Press, 378 p.

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© MAN/Valorie Gô
Cuirasses anatomiques de Marmesse

Armes

La cuirasse de Saint-germain-du-Plain

Saint-Germain-Plain (Saône-et-Loire)

Âge du Bronze final, 1200 -1100 avant J.-C.

Cette belle cuirasse pêchée au XIXe siècle dans la Saône à Saint-Germain-du-Plain (Saône-et-Loire) ne déparerait pas sur les épaules d’Achille. Bien qu’elle ait servi de modèle à Bartholdi pour la statue équestre de Vercingétorix (Clermont-Ferrand), elle n’est ni grecque ni gauloise mais date de l’âge du Bronze final. Âgée de plus de 3000 ans, il s’agit d’une des plus anciennes cuirasses du monde. Elle a été fabriquée par un artisan bronzier de très grand talent. PROTÉGER LE CORPS DU HÉROS Les cuirasses anatomiques en métal de l’âge du Bronze sont composées de deux coques en tôle de bronze : le plastron, protégeant le torse, et le dosseret protégeant le dos. La fabrication de ces armes défensives consiste en un long et délicat travail de mise en forme de la tôle de bronze par martelage, ce qui nécessite de chauffer le métal régulièrement. Cette technique du recuit permet notamment de redonner de l’élasticité au bronze et ainsi d’éviter l’apparition de fissures. Ce travail d’expert se termine avec la création d’un ourlet sur les bords coupants en repliant la tôle autour d’une fine tige en bronze. our finir, le plastron et le dosseret sont assemblés sur les côtés et au niveau des épaules. A gauche, des rivets sont utilisés, tandis qu’un système de crochets placé à droite permet d’ouvrir la cuirasse et de l’enfiler. Cette pièce en bronze était vraisemblablement complétée par une doublure en matières organiques (cuir, laine…) dont il ne reste aujourd’hui aucune trace. Cette cuirasse était-elle réellement portée lors de combat ou bien son utilisation était-elle réservée à des occasions exceptionnelles, telles que des évènements sociaux, politiques ou religieux ? Sa découverte très ancienne et l’absence d’information sur le contexte archéologique de sa découverte ne permettent pas de prendre une position claire quant à son usage. Il semble cependant qu’elle ait été remontée des eaux de la Saône à l’occasion d’un dragage….comme beaucoup d’armes de l’âge du Bronze. Cette pratique qui consiste à déposer dans l’eau des fleuves, des étangs et des marais, des épées, des casques, des pointes de lance et des cuirasses, apparaît systématique et largement diffusée dans toute l’Europe, si bien que l’on envisage une forme de pratique rituelle plutôt qu’un simple abandon occasionnel. SOUS LE SOLEIL DES CARPATES Si des cuirasses en bronze existent déjà en Grèce vers 1500 av. J.-C., la cuirasse anatomique, limitée au torse et dont le décor souligne la poitrine, le plexus ou encore les abdominaux, apparaît en Europe centrale vers 1200 av. J.-C. La plupart de ces cuirasses ne sont connus que par des fragments de tôles, principalement issus de dépôts dans le bassin des Carpates. Les deux seules pièces entières qui nous sont parvenues ont été immergées dans l’eau. La première provient du Danube à Pilismarot (Hongrie) et la seconde est celle de Saint-Germain-du-Plain trouvée dans la Saône. C’est à ce jour la plus ancienne cuirasse trouvée en France ! La cuirasse de St-Germain-duPlain est décorée de nervures réalisées au repoussé auxquelles sont associées des chevrons et triangles incisés. Ces derniers sont disposés en cercle au niveau de la poitrine formant des motifs d’étoile qui s’inscrivent dans les motifs solaires selon un motif répandu à l’âge du Bronze en Europe. Cette ornementation typique des cuirasses d’Europe centrale diffère largement du décor de bossettes en relief qui caractérise les cuirasses plus récentes, comme celles de Marmesse (Haute-Marne). DES ŒVRES D'EXCEPTION En tout, moins d’une trentaine de cuirasses de l’âge du Bronze sont recensées en Europe. Beaucoup ne sont connues que sous forme de fragments. Les exemplaires métalliques proviennent de trois secteurs très localisés et non contemporains : la Grèce entre 1500 et 1400 avant notre ère, les Carpates entre 1250 et 1100, l’arc ouest-alpin entre 1000 et 850. La rareté de ces objets nous conforte dans l’idée qu’il s’agit de pièces exceptionnelles, de chefs d’œuvre réservés aux puissants, aux héros et aux dieux. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot   LIEN UTILE Présentation dans le cadre de l'objet du mois

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© MAN/ archives
La cuirasse de Saint-germain-du-Plain

Armes

L'épée de Plougrescant

Plougrescant (côtes d'Armor)

Bronze moyen, vers 1600-1300 av J.-C.

L’épée de Plougrescant est une arme hors norme, tant par ses dimensions que par son poids. Pesant plus de 2 kg et dépourvue de poignée ou même de système d’emmanchement; UNE DÉCOUVERTE ENTRE TERRE ET MER La découverte de l’épée est documentée par les lettres de Joachim Gautlier du Mottay, correspondant de la Commission de Topographie des Gaules. Créée en 1858 sur ordre de Napoléon III, cette commission a pour but de rassembler les traces matérielles du passé sur le territoire national. Grâce à ce savant des Côtes-du-Nord, nous savons que l’épée a été découverte à l’occasion de travaux agricoles en 1845 sur la commune de Plougrescant, sur les côtes de la Manche. Bien que le lieu exact de la découverte ne soit pas connu, les indications semblent qu’il pourrait s’agir du lieu-dit « Goas Caradec », non loin d’un tumulus de l’âge du Bronze et d’une source, lieu propice aux dépôts de l’âge du Bronze. L’arme a ensuite été vendue successivement à plusieurs collectionneurs bretons avant d’être reléguée dans un grenier, puis de passer entre les mains de Joachim Gautlier du Mottay grâce à qui elle est acquise par le MAN en 1867. UN SIMULACRE D'ÉPÉE L’épée est une invention de l’âge du Bronze permise par le développement de la métallurgie qui permet la production de longues lames impossibles à obtenir avec d’autres matériaux. En Europe occidentale et notamment en Bretagne, les épées se développement particulièrement à partir de 1700-1600 av. J.-C. Les épées standards sont alors des rapières, armes d’estoc dotées d’une lame à la pointe très effilée et à la large base sur laquelle est fixée une poignée en bronze ou en matières périssables, comme le bois. Ces poignées tiennent à l’aide de rivets métalliques, dont le nombre est compris entre 2 et 6. Les lames sont habituellement décorées de filets, fins sillons ou fines nervures parallèles aux tranchants. L’épée de Plougrescant reprend certains de ces éléments en les transposant dans une épée disproportionnée. La large base de la lame est endommagée et pouvait être de forme trapézoïdale ou arrondie, comme les rapières du Bronze moyen. En revanche, elle n’est pas percée de trous de rivet et ne peut donc être emmanchée. Les tranchants sont factices et simplement matérialisés par des biseaux qui évoquent une lame affûtée, ce qui n’est pas le cas. Finalement, le décor de filets est lui aussi évoqué par deux bandes plates qui se rejoignent à proximité de la lame. Il ne s’agit donc pas d’une véritable arme mais d’un simulacre d’épée, un objet non fonctionnel reprenant certains éléments stylistiques caractéristiques des épées du Bronze moyen de part et d’autre de la Manche. LES ÉCHANGES TRANSMANCHE L’épée de Plougrescant n’est pas une pièce unique. Elle appartient à un groupe de six épées hors normes similaires, dont deux proviennent d’Angleterre, deux des Pays-Bas et une dernière de France à Beaune (Côte-d’Or). Ces objets forment un ensemble homogène qu’il s’agisse de leur aspect, de leurs dimensions exagérées ou encore de leur absence de fonctionnalité en tant qu’épée. S’il n’est pas possible de déterminer si ces objets proviennent d’un même atelier, elles témoignent quoiqu’il en soit de l’existence de populations partageant des pratiques et croyances communes dans l’espace Manche-Mer du Nord et valorisant l’épée comme marqueur social et/ou sacré. L’homogénéité culturelle dans cette aire géographique est soulignée par la circulation d’autres types d’objet à travers la Manche, comme les épées du type Tréboul-Saint-Brandan ou les rapières à base trapézoïdale dont dérivent les simulacres d’épées comme celui de Plougrescant. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot BIBLIOGRAPHIE Amkreutz, L. et Fontikn, D. dir. (2024) – Larger than life. The Ommerschans hoard and the role of giant swords in the European Bronze Age (1500-1100 BC), Leyde : Sidestone Press. LIEN UTILE Présentation dans le cadre de l'objet du mois  

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© RMN-GP (MAN) / Franck Raux
L'épée de Plougrescant

dépôt

Sépulture dite “princière” de La Motta

Lieu-dit “Bel-Air” (anciennement “La Motta”), Lannion (Côtes-d’Armor)

2000-1800 av. J.-C

Cet ensemble constitue le mobilier funéraire ayant accompagné dans la mort un personnage particulièrement riche et puissant, un de ces « princes d’Armorique » qui régnait il y a 4000 ans sur un territoire situé dans la région de Lannion (Côtes d’Armor)   LA DÉCOUVERTE :  UN HOLLANDAIS SUR LA LANDE En 1939, Albert Egges Van Giffen (1884-1973), professeur de préhistoire à l'Université de Groningue, arrive en Bretagne sur l’invitation de son mécène et ami le baron Van Heerdt, dans l’idée de fouiller un dolmen. Après maintes péripéties, il opte pour le tumulus encore inviolé du lieu-dit “La Motta”, près de Lannion. Quand commence la fouille, le tumulus est encore haut de 4,6 mètres, pour un diamètre de 26 à 29 mètres. Au moment de sa splendeur, il devait constituer un repère très visible dans le paysage de l’âge du Bronze. Sous le tertre de terre est découvert un cairn de pierres formé de blocs de schiste qui recouvre un coffre funéraire formé de dalles de pierres, creusé dans le sol et refermé par deux dalles dont une en granit. Ses dimensions intérieures (l,12 m x 1,96 m) sont bien suffisantes pour accueillir le corps d’un homme et ses quelques possessions. Du fait de l’acidité du sol, à l’ouverture du coffre, il ne subsiste plus de trace du ou des défunts, mais un exceptionnel mobilier : une longue dague en bronze de 49 cm de long, posée sur une dalle de pierre rectangulaire, six poignards et deux haches également en bronze, une grande pierre polie à aiguiser en schiste perforé, ainsi que sept armatures de flèches en silex. Il faut ajouter un “brassard d’archer” en or, découvert sous la dalle de plancher de la sépulture, sans doute délogé du coffre funéraire par inadvertance durant la fouille. L’épée ainsi que trois des poignards présentent, incluse dans leurs résidus d’oxydation, des traces de poils, de cuir et/ou de bois, montrant qu’ils étaient à l’origine protégés par des fourreaux. La disposition des objets laisse imaginer la position du défunt, peut-être en position recroquevillée, ce qui correspond à la hauteur sous plafond (1,08 m). Si les pointes de flèche ainsi que les poignards en métal sont fréquents dans les sépultures de l’élite depuis le Campaniforme (2600-2000 av. J.-C.), la longue dague constitue une nouveauté et sa mise en valeur dans la tombe lui confère un statut à part. Il faut attendre l’âge du Bronze moyen (1600-1350 av. J.-C.) pour que les épées deviennent plus courantes.   UN ARCHER À L'ÂGE DU BRONZE ANCIEN Les objets les plus singuliers de cet ensemble funéraire, à la technique virtuose, sont les sept pointes de flèches en silex, si fines qu’elles ne peuvent avoir eu un usage fonctionnel. Leur présence dans la tombe paraît purement symbolique et évoque le statut de l’archer, si important au Néolithique. Bien que le silex reste utilisé tout au long de l’âge du Bronze, il ne connaîtra plus un tel investissement et brille ici de ses derniers feux. L’autre élément marquant de cet ensemble mobilier, le brassard, évoque également la figure de l’archer, qui porte à son poignet une protection afin d’éviter le retour trop cinglant de la corde de l’arc après le tir. Fréquent dans les sépultures riches de l’âge du Bronze ancien, le “brassard” ne protégeait pas seulement l'intérieur de l’avant-bras de l’archer, mais peut avoir été porté à l’extérieur, comme un élément décoratif ornant le vrai brassard, fabriqué dans une matière organique, le cuir ou le bois, aujourd’hui disparue. Ces objets généralement rectangulaires, pourvus de deux à quatre perforations, sont connus depuis le Campaniforme. Le “brassard” de La Motta a été fabriqué à partir de deux fines feuilles d’or pur qui ont été pliées et emboîtées autour d’un cœur en résine végétale mêlée à de la roche pulvérisée, dont la surface a été incisée de motifs en dent de loup. Ce style décoratif permet de le rapprocher des productions anglaises de la même période. De constitution fragile, le « brassard » de la Motta avait probablement un usage plus décoratif et honorifique que de protection.   LES "PETITS PRINCES D'ARMORIQUE" Cette appellation ancienne reflète une réalité que l’on trouve plus juste de caractériser aujourd’hui sous le terme de « Big Men » par référence aux exemples ethnographiques observés dans le Pacifique. Elle évoque une forme de hiérarchisation de la société autour de quelques grands hommes, maîtres des initiations, grands guerriers, chamanes, etc. représentant des formes particulières de parenté, de contrôle des hommes et de circulation des richesses. Riche, monumentale et luxueuse, la sépulture de La Motta illustre bien les pratiques funéraires des potentats armoricains du Bronze ancien, qui tiennent jusque dans la mort un discours sur leur statut, tant social que symbolique. Si les flèches et le “brassard” projettent une image ambiguë de chasseur / guerrier, les six poignards et la “dague” évoquent un personnage qui impose son pouvoir par la violence - fut-elle symbolique - et dont les armes doivent rester affûtées pour l’éternité, comme le montre la pierre à aiguiser. Enfin, son monument funéraire à la structure complexe n’a pu être édifié sans un investissement collectif important. Le groupe des tumulus armoricains trouve son équivalent outre-Manche dans la culture dite de Wessex, en Angleterre. Intégrées dans le complexe d’échanges de la façade atlantique, ces régions sont étroitement connectées, leur richesse commune provenant d’importantes réserves de cuivre et d’étain dans leur sous-sol. Jalousement gardées, les ressources en métal polarisent fortement l’Europe à l’âge du Bronze ancien, avec des centres où le pouvoir et les richesses se concentrent aux mains d’une minorité. Ce système s’érode progressivement à la transition avec l’âge du Bronze moyen, autour de 1600 av. J.-C.   Notice rédigée par Rolande Simon-Millot   BIBLIOGRAPHIE BUTLER Jay et WATERBOLK Harm Tjalling. La fouille de A.E. van Giffen à “La Motta” : un tumulus de l’Age du Bronze Ancien à Lannion (Bretagne). Avec des remarques complémentaires de J. Briard et des appendices de J.J. Taylor et J.N. Lanting. Palaeohistoria, 1974, p. 107‑167. ESCATS Yoann, BLANCHET Stéphane et NICOLAS Théophane. Une enceinte et une nécropole protohistoriques à Lannion : Présentation liminaire. Bulletin de l’Association pour la Promotion des Recherches sur l’Âge du Bronze, n° 8, 2011, p. 77-79. LEON Sophie. Nouvelles données sur les tumulus à pointes de flèche de l'Âge du bronze ancien des côtes d'Armor. Bulletin de la Société préhistorique française, tome 94, n°2, 1997, p. 265-273.   LIENS UTILES Une tombe princière de l'âge du Bronze à Giberville (Calvados) La dalle gravée de Saint Bélec (Finistère)  

Mobilier de la sépulture de la Motta
Tumulus de la Motta - lieu-dit “Bel-Air”, Lannion (Côtes-d’Armor) © GPRMN/MAN
Sépulture dite “princière” de La Motta

Vaisselle

Dépôt d'ors de Villeneuve Saint-Vistre

Villeneuve-Saint-Vistre-et-Villevotte, (Marne)
1400/1300 avant J.-C.

Acquisition
Achat 1961

 

 

Si les premiers objets en or apparaissent en France dès le 4e millénaire, ils sont rares et se limitent à quelques appliques ou perles. Il faut en effet attendre l’âge du Bronze pour voir émerger en France et en Europe un véritable âge de l’or. UN RETOUR À LA TERRE Dès le Néolithique, les orpailleurs ont lavé les alluvions des rivières pour recueillir les paillettes et pépites du précieux métal, mais c’est à l’âge du Bronze que les objets en or deviennent abondants et souvent imposants. La plupart proviennent de dépôts considérés comme votifs. C’est le cas de l’ensemble découvert à Villeneuve-Saint-Vistre (Marne) en 1910, au lieu-dit « Champ des Grès ». Sous un énorme bloc de 2 m3, ont été mis au jour deux petits gobelets en or, deux bracelets ouverts en forme de rubans, seize fils doubles ainsi que trois bagues, dont une a aujourd’hui disparu. L’ensemble était probablement contenu dans un récipient en céramique, dont on a retrouvé quelques tessons. L’association de bijoux et de vaisselle d’apparat est une combinaison fréquente en Europe, où de nombreux dépôts d’objets métalliques comprennent des récipients comparables aux petites « bouteilles » de Saint-Vistre, comme au Danemark, les gobelets de Kohave ou Vimose Overdrev (National Museet de Copenhague), en Cornouailles celui de Rillaton (British Museum) ou bien en Espagne les bouteilles en or et en argent du trésor de Villena à Alicante (Musée archéologique national de Madrid). Les petits gobelets de Villeneuve-Saint-Vistre se distinguent cependant par leur décor très couvrant, composé de cercles concentriques et de lignes de filet. Ils sont notamment très proches d’un autre exemple français, la coupe de Rongères dans l’Allier, elle-même comparable aux productions nordiques de l’âge du Bronze final comme la tasse de Mjövik en Suède (Historiska Museum de Stockholm). DES GOBELETS ENTRE CIEL ET TERRE Les deux bouteilles de Villeneuve-Saint-Vistre sont de forme, de dimensions et de poids sensiblement identiques. Elles mesurent 12 cm de haut et pèsent chacune 49 g. Elles ont été fabriquées par martelage à partir d’une tôle d’or, et décorées avec les techniques du repoussé et de l’estampage. Les motifs et l’organisation des décors sur la panse sont quasiment identiques mais ils sont situés à des niveaux légèrement différents. On distingue une rangée médiane de larges cercles concentriques bordée de filets et de lignes cordées, encadrée par deux rangées d’ocelles plus petites. Le col d’un des gobelets présente un décor un peu plus complexe : il est orné d’une ligne de grands triangles, emplies de petites bossettes ordonnées sur trois rangées. Ce décor peut être mis en parallèle avec certains motifs du cône d’Avanton (Vienne), conservé au Musée des Antiquités nationales et attribuable à la fin de l’âge du Bronze moyen et au début du Bronze final (1400-1300 av. J.C.). Il faut noter que le fond de ces bouteilles était décoré de bossettes disposées en rangées autour d’un grand motif de cercles concentriques. De forme ronde, il ne permet pas à celles-ci de tenir debout. Les bouteilles devaient donc être obligatoirement portées et le décor être bien visible lorsque leur propriétaire buvait. Cette pratique renvoie au registre du cérémoniel et probablement à un rite solaire. Les différents motifs décoratifs des récipients en or de l'âge du bronze, notamment les diverses variations de motifs de cercles concentriques, sont interprétés comme des représentations solaires. La décoration des objets sacrés en or ou en bronze puise ainsi dans un répertoire commun dans lequel rien n'est laissé au hasard, et qui est partagé par toute l'Europe de l'âge du Bronze. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot   BIBLIOGRAPHIE Armbruster B. (2019). Les ors de l’Europe Atlantique à l’âge du Bronze : technologie et ateliers, Chauvigny : Association des Publications Chauvinoises, 295 p. Eluère C. (1982). Les ors préhistoriques, Paris : Picard (L’Âge du Bronze en France, 2), 287 p.   LIENS UTILES Cône d'Avanton

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© RMNGP (MAN)/Loïc Hamon
Dépôt d'ors de Villeneuve Saint-Vistre

Céramique

Le dépôt céramique de la grotte funéraire de Rancogne

Grotte de Rancogne (Charente)

Âge du Bronze final - 10e- 9e siècle av. J.-C.

La récente découverte d’une cavité sépulcrale occupée durant tout l’âge du Bronze au lieu-dit la Licorne sur la commune de La Rochefoucauld-en-Angoumois en Charente éclaire sous un nouveau jour le site de Rancogne, d’où provient ce grand plat peint. Situés dans une zone karstique particulièrement riche en gisements de l’âge du Bronze, ces deux grottes ont livré des séries céramiques considérables et de très grande qualité, dans un état souvent époustouflant, associés à des restes humains. Lieux manifestement très fréquentés mais non habités, elles semblent rendre compte de pratiques symboliques, rituelles et funéraires d’une grande richesse et d’une extrême complexité qu’ils nous appartient encore d’analyser. La grotte de Rancogne : tombe ou sanctuaire UN VASTE RÉSEAU KARSTIQUE La grotte de Rancogne est située sur la commune du même nom, à 20 kms au nord-est d’Angoulême. Elle fait partie d’un vaste réseau karstique (zone de plateaux calcaires) qui a connu des occupations répétées durant les âges des Métaux. L’occupation des cavernes n’est en effet pas le seul fait des femmes et des hommes de la Préhistoire. Comme beaucoup d’autres cavités en France, la grotte de Rancogne a été utilisée ponctuellement par les populations de l’âge du Bronze et de l’âge du Fer mais elle a aussi été occupée, de manière épisodique, jusqu’au Moyen Âge et aux Temps modernes. A partir de 1961 elle a fait l’objet de nombres investigations archéologiques menée par Claude Burnez et Michel Gruet. Les archéologues y ont notamment mis au jour un matériel céramique considérable constitué de plus de 50 000 tessons, souvent issus de vases de prestige délicatement décorés. On distingue ainsi des céramiques au décor excisé-estampé datées du Bronze moyen (XVIe-XIVe siècle av. J.-C.), auxquelles succèdent, au Bronze Final, des céramiques cannelées, puis une grande série d’assiettes à guirlandes décorées au peigne, des plats à registres concentriques, des vases en bulbe d’oignon, des coupes polychromes rouges et noires... Parallèlement à ces céramiques fines, une centaine de grandes jarres de stockage a été découverte. Cet ensemble exceptionnel permet de mieux cerner la réalité de l’âge du Bronze en Centre-Ouest, jusque-là surtout connue par des dépôts métalliques. L’interprétation de la grotte, dont les vestiges ont été très perturbés par les occupations épisodiques ultérieures, est restée longtemps énigmatique : s’agissait-il d’une grotte-temple où les populations de l’âge du Bronze sacrifiaient leurs plus belles céramiques à quelque culte chthonien ? S’agissait-il d’une grotte-tombeau, comme le fait soupçonner la présence de quelques ossements humains ? S’agissait-il encore d’un habitat-refuge ou de l’annexe d’un habitat voisin ? La récente découverte du site exceptionnellement conservé de La Licorne, semble aujourd’hui donner raison à l’hypothèse cultuelle.   CÉRAMIQUES PEINTES DE LA FIN DE L'ÂGE DU BRONZE Très présente à Rancogne, la peinture rouge à l’hématite, apparaît aux alentours de 1000 ans avant notre ère pour décorer ou rehausser le décor des vases. Les motifs peints sont simples : grands aplats de couleurs, ponctuations ou lignes, ils sont généralement utilisés en association avec le décor plastique, cannelures, incisions ou estampage. A Rancogne, seuls deux plats portaient un décor bichrome rouge et noir. Ils appartiennent tous les deux à la phase finale de l’âge du Bronze, vers le 9e siècle avant notre ère. Le plat présenté ici porte un décor original de larges ronds rouges sur fond noir.   LE VASE AUX PICTOGRAMMES Cette urne de couleur beige clair, aux parois bien lissées est sans doute le vase le plus célèbre de Rancogne. Sur le haut de sa panse se déroule une frise décorative particulièrement originale, composée de 16 panneaux quadrangulaires. La plupart présentent des signes géométriques : croix de Saint André, damiers, rangées d’ocelles, triangles hachurés… Un seul se distingue par son motif figuratif : trois silhouettes anthropomorphes schématiques. La tête prend la forme d’une ocelle estampée, le corps est constitué d’un simple double trait incisé. Bras et jambes écartés, ces trois petits bonshommes semblent se tenir la main. Ce vase a suscité d’abondants commentaires. Ses représentations gravées n’ont-elles qu’une valeur ornementale, ou peut-on parler à leur propos de pictogrammes, c’est-à-dire de dessins stylisés fonctionnant comme un code, une pré-écriture ? L’agencement entre les panneaux semble en effet obéir à des règles plus complexes qu’un simple jeu décoratif. On connaît d’autres exemples de vases à pictogrammes en France, comme à Sublaines (Indre-et-Loire), à Moras-en-Valloire (Drôme) et à Corent (Puy-de-Dôme), sur la façade languedocienne et le long de la vallée du Rhône, c’est-à-dire dans des zones largement ouvertes aux influences méditerranéennes. Or, vers 1200 avant J.-C. l’alphabet phénicien se constitue, les systèmes d’écriture grecque et étrusque se mettent en place à partir de la fin du 9e siècle ou au 8e siècle… Autant de phénomènes qui semblent apparaître de manière concomitantes et qui ont pu marquer les esprits des populations qui vivaient sur notre territoire à la même époque. Notice rédigée par Rolande Simon-Millot BIBLIOGRAPHIE Gruet M., Roussot-Larroque J., Burnez C. (1997). L’Âge du Bronze dans la grotte de Rancogne (Charente), Paris : Réunion des Musées Nationaux et Musée des Antiquités Nationales (Antiquités Nationales, Mémoire 3), 152 p.

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© RMN-GP (MAN)/Jean-Gilles Berizzi
Le dépôt céramique de la grotte funéraire de Rancogne