Figurine d’oiseau en terre cuite de Tigy
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À partir du XIIe siècle avant notre ère, la pratique de l’incinération se développe largement en Europe et les cendres des défunts sont recueillies dans une urne funéraire disposée avec soin dans des fosses aménagées où sont déposés également des céramiques et quelques objets personnels comme par exemple des bracelets en bronze, des épingles, un couteau ou une pince à épiler ainsi que, beaucoup plus rarement, une petite figurine d’oiseau, animal souvent interprété comme une figure psychopompe.
UN CONTEXTE FUNÉRAIRE
L’oiseau de Tigy, modelé en céramique fine de couleur brune et délicatement lustrée, a été mis au jour à l’occasion des fouilles réalisées de 1973 à 1975 par la Société archéologique de Vienne-en-Val au lieu-dit Le Bois des Hauts dans une nécropole à incinérations datée de la phase moyenne de l’âge du Bronze final (XIIe-Xe siècle avant notre ère). Il provient de la sépulture 6 où il avait été déposé avec un petit gobelet à l’intérieur d’une grande tasse fermée par une assiette.
UNE REPRÉSENTATION RÉALISTE ?
Sa forme, très simple, se résume à un corps ovoïde surmonté d’un petit cou et d’une tête à peine marquée, sans bec ni yeux. Elle est creuse et sa base est ouverte. Elle porte sur une face un décor de grosses ponctuations obtenues sur pâte fraîche à l’aide d’un poinçon. Il est possible de reconnaître une perdrix dans cette petite figurine. Il s’agit d’une des très rare tentative de représenter le vivant à l’âge du Bronze.
UNE PIÈCE EN CÉRAMIQUE D'UNE GRANDE RARETÉ EN FRANCE
Les figurines d’oiseaux en céramique sont très rares en France. Un autre exemplaire, très proche par sa taille et sa forme générale, a été découvert à Blaison-Gohier (Maine-et-Loire) dans les limons qui bordent la Loire. Il s’agit d’un ramassage de surface ce qui explique son aspect fortement érodé. Sa partie postérieure manque, mais elle a conservé une partie de son décor encore bien lisible sur le dos de la pièce. Il semble avoir été constitué de croix et de ponctuations profondes du même type que celui de Tigy. Plus étonnante est la figurine en forme d’oie qui a été découvert en 1961 lors des fouilles réalisées sur le site d’habitat du Bronze final des Courtinals à Mourèzes dans l’Hérault. D’autres oiseaux sont également signalés dans l’Est de la France. Le corps probable d’un oiseau en céramique a été mis au jour sur la butte du Hexenberg à Leutenheim dans le Bas-Rhin. Enfin quatre exemplaires ont été recensés dans la forêt de Haguenau dans des contextes allant du Bronze final à La Tène ancienne. Quelques autres pièces souvent très fragmentaires ont également été découvertes ces dernières années mais leur nombre se réduit à moins d’une dizaine.
DES JOUETS POUR ENFANT OU DES SYMBOLES FUNÉRAIRES ?
Bien connues en Europe centrale, la majorité des statuettes ornithomorphes en terre cuite recensées à ce jour ont été découvertes en Allemagne et en Pologne au sein de la culture lusacienne. La nécropole de Topornica en Pologne a ainsi livré à elle-seule six exemplaires d’oiseau en terre cuite. En juillet 2013, une nouvelle grande nécropole à incinération a été mises au jour à Legowo en Pologne. Plus de 150 structures funéraires ont été fouillés dont plusieurs interprétés comme des sépultures d’enfant. L’une d’entre elle a livré une petite cuillère avec un manche en forme d'oiseau, une autre un bol décoratif orné également d'un oiseau. Creuses et contenant parfois des cailloux ou des fragments de céramique, les figurines en forme d’oiseau d’Europe centrale sont interprétées comme des hochets et éventuellement comme des sifflets. Certains y voient également des jouets. L’existence d’un canard en argile portant un décor réalisé à l’étain à Hauterive-Champréveyres en Suisse infirmerait cependant cette dernière hypothèse, ce type de décor étant réservé à des objets d’exception. En raison de leur contexte archéologique le plus fréquent, on attribue plutôt à ces figurines un rôle funéraire. Elles semblent en effet accompagner la pratique de l’incinération qui se généralise largement en Europe au Bronze final, à partir du XIIe siècle av. J.-C, notamment au sein du vaste complexe Rhin-Suisse-France Orientale, dit « des Champs d’urnes ». Rarement trouvé en habitat, attaché semble-t-il plutôt un usage rituel, en lien possible avec les enfants, la boisson ou la musique, il est difficile d’appréhender la signification symbolique et la fonction de ces pièces mais leur beauté touchante et leur simplicité émeuvent encore, trois mille ans après.
Notice rédigée par Rolande Simon-Millot
Matières et techniques
Céramique fine brune et lustrée
Origine et date
Le Bois des Hauts (lieu-dit) (Loiret)
XIIe-Xe siècle avant J.-C.
Dimensions
L. 11 cm ; H. 5 cm
Acquisition
Don de Claude et Lionel Lacour, 2012
Numéro d’inventaire
MAN 91598