Moules de hache avec leurs noyaux
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Le dépôt de Thiais contient des éléments issus d’au moins deux moules utilisés pour la production de haches à douille. Ces moules en bronze sont caractéristiques de la fin de la fin de l’âge du Bronze, qui voit un fort développement de la production en série de certains objets, particulièrement les outils comme les haches, à l’aide de moules réutilisables.
UN DÉPÔT DE FONDEUR ?
La découverte de Thiais est un dépôt, c’est-à-dire un ensemble d’objets enterrés ensembles en dehors d’une sépulture. En plus des deux valves de moules et des deux noyaux, le dépôt contient également deux haches à douille entière, cinq fragments, un fragment de pointe de lance à douille, un fragment de hache-marteau, un fragment de hache à talon, trois fragments de lames d’épées, six bracelets, deux fragments de bracelets et trois pièces de bronze embouties. Cet ensemble a été découvert en mai 1934 dans une pépinière à proximité du cimetière de Thiais.
Lors de son entrée dans les collections du Musée d’Archéologie Nationale en 1935, cet ensemble a été interprété comme une « cachette de fondeur », c’est-à-dire comme un stock de métaux destinés à la refonte, pouvant être associé à des outils cachés en vue d’être récupérés. Si cette pratique a pu exister, les quantités impressionnantes de bronze abandonnées de cette manière et jamais récupérées (voir les dépôts de Larnaud et de Vénat) doivent nous interroger sur la pertinence de cette interprétation. Dans le cas du dépôt de Thiais, la présence d’au moins deux moules représentés chacun par une valve témoigne d’une sélection volontaire des objets abandonnés. Le moule ne pouvant fonctionner qu’en présence des deux valves, leur séparation témoigne de la volonté de sacrifice de ces objets, de manière à les rendre non fonctionnels. Les deux autres valves ont pu être placées dans d’autres dépôts ou bien être refondues et recyclées pour créer d’autres objets en bronze. Ce dépôt semble ainsi plutôt témoigner de pratiques sociales et/ou religieuses, individuelles ou collectives, impliquant la destruction et l’abandon au moins partielle de biens en bronze pourtant recyclables.
LES MOULES BIVALVES À NOYAU
Les moules de Thiais servaient à la production de haches à douille, un type d’objet très répandu à la fin de l’âge du Bronze. Pour ce faire, la technique de la fonte est employée : du bronze en fusion (autour de 1100-1200°C) est coulé dans une empreinte dont il prendra la forme en refroidissant et en se solidifiant. Dans le cas de Thiais, les moules permettant d’obtenir l’empreinte d’une hache à douille sont constitués de trois parties. La forme générale de la hache est formée par deux valves, dont un système de rainures et de nervures permet d’assurer le bon alignement. Celles-ci sont décorées sur l’extérieur de nervures qui peuvent évoquer des liens organiques servant à maintenir les valves lors de la coulée. Entre les deux valves étaient insérée une pièce métallique, le noyau, qui était maintenu en place dans la partie supérieure du moule grâce à des encoches. Lors de la fonte, le bronze en fusion se répartit autour du noyau qui est ensuite retiré une fois le métal solidifié, libérant ainsi une partie creuse à l’intérieur de la hache, correspondant à la douille utilisée pour son emmanchement.
Ces moules réutilisables en bronze permettent la production en série de ce type de hache en répliquant la même forme à l’identique jusqu’à plusieurs dizaines de fois. L’apparition de la production en série constitue une innovation majeure de l’âge du Bronze, en partie due à l’utilisation d’un alliage à base de cuivre à 85 ou 90 % et d’étain entre 15 et 10 %, parfois associé à d’autres métaux comme le plomb à la fin de la période.
LA PRODUCTION EN SÉRIE : UNE INVENTION DE L'ÂGE DU BRONZE
Si la métallurgie apparaît dès le Néolithique, l’âge du Bronze est le théâtre de progrès considérables dans les techniques mises en œuvre par les artisans métallurgistes. L’invention de moules réutilisables marque ainsi une étape particulièrement importante dans l’histoire de ces techniques. Ces moules, généralement constitués de deux valves, portant chacune la moitié de l’empreinte de l’objet à reproduire, permettent de réaliser plusieurs coulées successives et de fabriquer plusieurs fois le même objet, répliqué ainsi à l’identique. Cette innovation, qui gagne l’Europe essentiellement à compter du Bronze moyen (XVIe-XIVe siècle av. J.-C.), marque les débuts de la production en série. Ce mode de production concerne la production d’outils tels que les haches ou les faucilles, qui sont réalisées en grande quantité et dont on connaît aujourd’hui de grandes séries rassemblant des dizaines voire des centaines d’exemplaires très proches si ce n’est identiques (dépôt de Beny dans le Calvados). Si des moules taillés dans la pierre sont largement utilisés pour ce type de coulée, des moules en bronze sont aussi employés. La fonte de bronze en fusion dans un moule constitué du même matériau peut sembler impossible. Néanmoins, lorsque les conditions de coulées et de refroidissement du métal sont bien maîtrisées, la rétractation du bronze doit permettre un démoulage sans problème. Cependant, les expérimentations réalisées avec ce type de moule et les techniques de l’âge du Bronze révèlent des problèmes d’adhésions entre l’objet et le moule ainsi que des déformations de ce dernier sous l’effet de la chaleur. Des doutes demeurent ainsi sur la manière dont les artisans de l’âge du Bronze produisaient des objets à l’aide de moules métalliques.
Notice rédigée par Rolande Simon-Millot
BIBLIOGAPHIE
Mohen, J.-P. (1977) – L'âge du Bronze dans la région de Paris : catalogue synthétique des collections conservées au Musée des antiquités nationales, Paris : éditions des Musées Nationaux, 263 p.
Mohen, J.-P. (1978) – Moules en bronze de l’Âge du Bronze, Antiquités nationales, n°19, p. 23-32.
Matières et techniques
Alliage cuivreux (bronze)
Origine et date
Dépôt de Thiais (Val de Marne)
Bronze final 3b (IXe siècle av. J.-C.)
Acquisition
Don de la ville de Paris - 1935
Dimensions
- Valve 1 : L. 150 mm ; l. 56 mm ; ep. max. 26 mm
- Valve 2 : L : 154 mm ; l. 54 mm ; ep. max. 26 mm
- Noyau 1 : L. 117 mm ; l. 35 mm
- Noyau 2 : L. 117 mm ; l. 38 mm
Numéro d’inventaire
MAN 77184