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La cuirasse de Saint-germain-du-Plain

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© MAN/ archives

Cette belle cuirasse pêchée au XIXe siècle dans la Saône à Saint-Germain-du-Plain (Saône-et-Loire) ne déparerait pas sur les épaules d’Achille. Bien qu’elle ait servi de modèle à Bartholdi pour la statue équestre de Vercingétorix (Clermont-Ferrand), elle n’est ni grecque ni gauloise mais date de l’âge du Bronze final. Âgée de plus de 3000 ans, il s’agit d’une des plus anciennes cuirasses du monde. Elle a été fabriquée par un artisan bronzier de très grand talent.

PROTÉGER LE CORPS DU HÉROS

Les cuirasses anatomiques en métal de l’âge du Bronze sont composées de deux coques en tôle de bronze : le plastron, protégeant le torse, et le dosseret protégeant le dos. La fabrication de ces armes défensives consiste en un long et délicat travail de mise en forme de la tôle de bronze par martelage, ce qui nécessite de chauffer le métal régulièrement. Cette technique du recuit permet notamment de redonner de l’élasticité au bronze et ainsi d’éviter l’apparition de fissures. Ce travail d’expert se termine avec la création d’un ourlet sur les bords coupants en repliant la tôle autour d’une fine tige en bronze.

our finir, le plastron et le dosseret sont assemblés sur les côtés et au niveau des épaules. A gauche, des rivets sont utilisés, tandis qu’un système de crochets placé à droite permet d’ouvrir la cuirasse et de l’enfiler. Cette pièce en bronze était vraisemblablement complétée par une doublure en matières organiques (cuir, laine…) dont il ne reste aujourd’hui aucune trace. Cette cuirasse était-elle réellement portée lors de combat ou bien son utilisation était-elle réservée à des occasions exceptionnelles, telles que des évènements sociaux, politiques ou religieux ? Sa découverte très ancienne et l’absence d’information sur le contexte archéologique de sa découverte ne permettent pas de prendre une position claire quant à son usage. Il semble cependant qu’elle ait été remontée des eaux de la Saône à l’occasion d’un dragage….comme beaucoup d’armes de l’âge du Bronze. Cette pratique qui consiste à déposer dans l’eau des fleuves, des étangs et des marais, des épées, des casques, des pointes de lance et des cuirasses, apparaît systématique et largement diffusée dans toute l’Europe, si bien que l’on envisage une forme de pratique rituelle plutôt qu’un simple abandon occasionnel.

SOUS LE SOLEIL DES CARPATES

Si des cuirasses en bronze existent déjà en Grèce vers 1500 av. J.-C., la cuirasse anatomique, limitée au torse et dont le décor souligne la poitrine, le plexus ou encore les abdominaux, apparaît en Europe centrale vers 1200 av. J.-C. La plupart de ces cuirasses ne sont connus que par des fragments de tôles, principalement issus de dépôts dans le bassin des Carpates. Les deux seules pièces entières qui nous sont parvenues ont été immergées dans l’eau. La première provient du Danube à Pilismarot (Hongrie) et la seconde est celle de Saint-Germain-du-Plain trouvée dans la Saône. C’est à ce jour la plus ancienne cuirasse trouvée en France !

La cuirasse de St-Germain-duPlain est décorée de nervures réalisées au repoussé auxquelles sont associées des chevrons et triangles incisés. Ces derniers sont disposés en cercle au niveau de la poitrine formant des motifs d’étoile qui s’inscrivent dans les motifs solaires selon un motif répandu à l’âge du Bronze en Europe. Cette ornementation typique des cuirasses d’Europe centrale diffère largement du décor de bossettes en relief qui caractérise les cuirasses plus récentes, comme celles de Marmesse (Haute-Marne).

DES ŒVRES D'EXCEPTION

En tout, moins d’une trentaine de cuirasses de l’âge du Bronze sont recensées en Europe. Beaucoup ne sont connues que sous forme de fragments. Les exemplaires métalliques proviennent de trois secteurs très localisés et non contemporains : la Grèce entre 1500 et 1400 avant notre ère, les Carpates entre 1250 et 1100, l’arc ouest-alpin entre 1000 et 850. La rareté de ces objets nous conforte dans l’idée qu’il s’agit de pièces exceptionnelles, de chefs d’œuvre réservés aux puissants, aux héros et aux dieux.


Notice rédigée par Rolande Simon-Millot

 

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