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L'âge du Fer

L’apparition du fer s’accompagne de mouvements de populations et de profonds bouleversements économiques et sociaux.

Posséder le fer encore assez rare, est en effet signe de richesse et de puissance. Des tombes de chefs symbolisent cette puissance, notamment dans le centre-est et l’est de la France. Ces habitants se sont installés surtout là où abondait le minerai. Des citadelles sont édifiées sur les routes du commerce avec les Etrusques et les Grecs.

Les Princes qui contrôlent les échanges à longue distance vivent fastueusement. Ils sont enterrés avec leur char et leurs objets les plus précieux.

Ces sépultures aristocratiques sont associées à la construction de tertres funéraires monumentaux. Le volume de ces tumulus peut atteindre plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes de matériaux.

Les défunts sont inhumés à l’intérieur de chambres funéraires en bois, dans lesquelles est déposé un char à quatre roues. Un service à boire en vaisselle métallique, pouvant contenir plusieurs centaines de litres de boisson, est en général associé à la tombe.

Au temps des Gaulois (450 av. J.-C. - début de notre ère)

C’est une société tournée vers la guerre qui monte en puissance du Ve au IIIe siècle av. J.-C.

Les guerriers de haut rang sont enterrés, en armes, accompagnés de leur char de guerre à 2 roues. Leurs femmes portent des torques en métal au décor souvent très élaboré. L’artisan n’est déjà plus simplement un ouvrier, mais un initié qui connaît les secrets de la matière. Les Gaulois excellent dans les arts du feu – comme la poterie, la verrerie et la métallurgie – et par dessus tout dans le travail du bronze et du fer, qu’ils sont capables de ciseler et d’assembler avec une précision d’horloger.

Les objets

Armes

Sépulture de Magny-Lambert

Magny-Lambert (Côte-d’Or) Tumulus du « Monceau-Laurent » VIIe siècle avant J.-C.

Dès le IXe siècle avant J.-C., des ensembles d’armement et d’équipement équestre appartenant à des cavaliers à épée se multiplient dans les dépôts et les sépultures de la fin de l’âge du Bronze. Ces élites masculines guerrières sont enterrées dans des tumulus de grandes dimensions et bénéficient du nouveau mode de traitement funéraire que constitue l’inhumation. Les tombes à armement se développent sur l’ensemble de l’Europe au cours des VIIIe et VIIe siècles avant J.-C. Ces sépultures privilégiées sont accompagnées de services à boire, parfois en vaisselle métallique comme ici. Le diamètre original de ce tumulus a été estimé à près de 41m. Le guerrier reposait sur une sorte de dallage de pierres plates aménagé sur un terrain bien nivelé. Il était accompagné d’un mobilier funéraire associant la longue épée en fer à un rasoir en bronze, ainsi que de la vaisselle à boire (une ciste, un puisoir, un bol) et des restes de vases en céramique. La longue épée conserve sur la lame des empreintes laissées dans la rouille par des textiles qui ont été en contact avec elle au moment de l’inhumation. Importée de Méditerranée, la ciste est un récipient métallique en forme de seau cylindrique. On y mettait de l’hydromel ou du vin qui servait à la boisson des convives et aux libations offertes aux dieux lors d’un repas funéraire. Cette ciste, composée de feuilles de bronze chaudronnées rivetées, possède des renflements horizontaux parallèles appelés « cordons ». Le fond semble avoir été réparé dans l’Antiquité avec une plaque de bronze fixée par trois rivets. Deux anses sont fixées par des clous à tête conique à la partie supérieure du récipient. Deux pendeloques, qui portent sur les côtés deux têtes de palmipèdes stylisées, sont accrochées à chacune des anses. Ce rasoir de bronze reposait à 25 cm de la tête du défunt. Il possède une bélière de suspension et sa lame ajourée présente deux ouvertures triangulaires symétriques. Son association est fréquente, dans les sépultures contemporaines des tumulus bourguignons, avec la grande épée de fer. Dans la tombe, il voisinait avec la vaisselle à boire. Cette coupe est en bronze martelé. Le bord est plat et le fond présente un double ombilic. L’ornementation sur le dessus de l’épaule consiste en une forte cannelure.

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© RMN-GP. Hervé Lewandowski
Sépulture de Magny-Lambert

Céramique

Mobilier funéraire aristocratique

Provenances diverses Premier Âge du fer

Les tombes sont l’une des sources d’informations essentielles qui permettent d’approcher le fonctionnement des sociétés d’avant l’histoire. Le mode de sépulture caractéristique du premier âge du Fer est le tumulus : il s’agit d’un monument funéraire édifié par la collectivité au profit à chaque fois d’un seul défunt, et dont l’emplacement peut être entretenu et réaménagé durant plusieurs siècles. Seule une minorité de la population bénéficie de ce type de sépulture et est représentée par des nécropoles à caractère familial. Entre les IXe et VIe siècles avant notre ère, ces pratiques funéraires sont dominées par les hommes et la guerre. Dans le courant du VIe siècle, une crise bouleverse cette tradition : la construction des tumulus tend à n’être plus réservée qu’à de très rares tombes de statut exceptionnel, à char ou à importations d’objets de luxe méditerranéens. La plus grande part des sépultures qui bénéficiait jusqu’alors de monuments funéraires individuels se trouve reléguée dans de simples fosses à inhumation (tombes plates). Ces sépultures s’installent souvent dans des tumulus édifiés un ou deux siècles auparavant pour la tombe de personnages avec lesquels elles paraissent entretenir des liens de descendance. Ces lignées de sépultures adventices entretiendront longtemps cette mémoire des communautés du début de l’âge du Fer : elles continueront à en fréquenter les tumulus durant les Ve et IVe siècles avant notre ère, jusqu’à ce que de nouvelles pratiques funéraires ne s’imposent avec le passage à La Tène moyenne. Plaque à pendeloques à décor ornithomorphe Ivory (Jura), « Forêt des Moidons » Bronze, VIe siècle avant notre ère Du VIIe au début du VIe siècles avant notre ère, les communautés de la Franche-Comté actuelle développent des productions métalliques originales, en partie communes avec la Suisse occidentale voisine. Ces réalisations, qui sont principalement liées au mobilier des sépultures féminines, proviennent manifestement d’ateliers régionaux. C’est surtout à partir du VIe siècle que se multiplient ces productions spécialisées qui consistent surtout en fabrication de différents bracelets portés par paire. D’autres parures, comme cette plaque ajourée à pendeloques, sont plus étonnantes. Urne, Céramique Sublaines, « Les Danges » (Indre-et-Loire) VIIIe siècle avant notre ère Ce vase est orné de bandes de peinture rouge et de lamelles d’étain formant des motifs variés. Les motifs, principalement disposés sur l’épaule, sont organisés en registres : losanges, chevrons, triangles, damier, dents de loups, quadrilatères. Un char, avec les quatre roues garnies de quatre rayons chacune et disposées autour de la caisse, est représenté avec le timon et deux chevaux disposés en sens inverse. Une petite anse arrondie décorée elle aussi de lamelles d’étain permettait de passer un doigt pour soulever cette urne à incinération qui renfermait les cendres du défunt. L’intérieur du col est aussi décoré. Canthare attique,  Céramique Courcelle-en-Montagne (Haute-Marne) Tumulus de la « Motte Saint-Valentin », Ve siècle avant notre ère À la fin du VIe siècle avant notre ère, se multiplient des tertres (tumulus) monumentaux édifiés pour des sépultures à incinération, dans lesquelles les restes brûlés du mort sont déposés dans de la vaisselle de service à boire et emballés dans du tissu. Ici, les restes incinérés du mort étaient placés dans un grand vase à vin (ou stamnos, grand vase métallique sur l’illustration) d’origine étrusque, qui était accompagné d’une coupe à boire (canthare) en céramique attique. Une épée en fer complétait le mobilier. Les motifs principaux sont des palmettes disposées verticalement sur le col du vase. Ce canthare à figures rouges était destiné à la boisson du vin contenu dans le stamnos et peut-être aussi aux libations offertes aux divinités. Ce type de vase a donné son nom à une série considérée comme fabriquée en Attique (région de la Grèce) après les années 480/470 avant notre ère. Cette production était peut-être destinée à l’exportation, notamment en Italie du Nord.

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© RMN-GP. Jean-Gilles Berizzi
Mobilier funéraire aristocratique

Bijoux

Sépulture à char féminine

Sainte-Colombe-sur-Seine (Côte-d’Or) « Tumulus de la Butte » VIe siècle avant notre ère

De très riches tombes apparaissent dans le courant du VIe siècle avant notre ère, à la périphérie d’une série de centres de pouvoir, dont les plus importants, en France, sont ceux des secteurs de Vix (Côte-d’or) et de la haute vallée de la Saône (Haute-Saône). Ces sépultures aristocratiques sont associées à la construction de tertres funéraires monumentaux. Le volume de ces tumulus peut atteindre plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes de matériaux. Les défunts sont inhumés à l'intérieur de chambres funéraires en bois, dans lesquelles est déposé un char à quatre roues, le plus souvent d’un type élaboré, qui paraît provenir d’ateliers spécialisés situés en Allemagne du sud-ouest. Un service à boire en vaisselle métallique provenant de Méditerranée et pouvant contenir plusieurs centaines de litres de boisson est en général associé à la tombe. Pour l’essentiel, ce sont des sépultures masculines, mais l’afflux de richesses méditerranéennes venant se concentrer dans ces aristocraties paraît bien déstabiliser le fonctionnement traditionnel de la société. Dorénavant, les femmes jouent un rôle déterminant et bénéficient dans leurs tombes des signes de pouvoir que constituent les chars et les services à boire. La « princesse » bourguignonne qui possédait ces bijoux mesurait plus d’1,80 m. Elle reposait sur la caisse d’un luxueux char à quatre roues tiré par deux chevaux. Les quatre roues, soigneusement enveloppées dans du tissu, étaient placées à plat de chaque côté du corps. Un large bracelet en or au décor géométrique très moderne était porté à chacun des bras de cette aristocrate. La feuille d’or est décorée au repoussé et à l’estampage dans la longueur, d’un groupe de lignes longitudinales et de bandes de x accolés. Aux extrémités, d’étroites barrettes décorées de bossettes sont rapportées par soudure. Ces deux bijoux identiques sont formés d’un ruban en or décoré au repoussé et par estampage de lignes droites et de zigzags (couchés accolés). Sur la face extérieure sont soudées seize rangées de deux petites capsules constituées chacune de trois cupules soudées. Etant donnés leur taille et leur poids (environ 25 grammes chacune), la « princesse » de Sainte-Colombe pouvait-elle encore bouger sa tête lorsqu’elle portait ses boucles d’oreilles ?  

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© MAN. Loïc Hamon
Sépulture à char féminine

parure

Plaque à pendeloques

Tumulus de la Forêt des Moidons, Ivory (Jura) VIe siècle avant J.-C.

Ce curieux type de parure féminine, portée sur l’abdomen, est particulière aux productions des populations établies dans le massif du Jura au début du VIe s. avant J.-C. Ces plaques ornementales portent généralement des séries de pendeloques, ici en forme de rouelles associées à des oiseaux.

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© RMNGP/MAN
Plaque à pendeloques

Armes

Casque d'Amfreville

Amfreville-sous-les-Monts (Eure)

IIIe siècle avant notre ère

Dans le courant du IIIe siècle avant notre ère, des dépôts d’objets précieux se multiplient, en particulier des torques (colliers rigides) en or. Ce casque, trouvé dans une rivière, est réalisé à partir d’une calotte en bronze qui a servi de support à des bandes décoratives en fer, bronze, émail et or. Au IIIe siècle avant notre ère, l’émail, fabriqué par des artisans locaux, a supplanté le corail, de même couleur. Cette œuvre, vraisemblablement unique, a sans doute été fabriquée par un artisan de la région. Deux bandes d’or jointives sont échancrées sur les côtés, à leur jonction, pour permettre l’insertion des parties latérales. Le décor est obtenu par frottis d’une feuille de bronze en relief sur laquelle elles sont appliquées. De petits clous à tête recouverte de feuille d’or en maintiennent les extrémités. Des lignes en relief séparent chaque registre décoratif. En haut et en bas, de minuscules globules recouvrent les clous. Une succession de triscèles sont reliés par des esses. Un petit cercle termine chaque branche de triscèles elle-même décorée d’un autre petit cercle en son centre. Le couvre-nuque, en bronze, a été fixé sur la calotte. Une résille de fer isole deux séries de grandes esses emboîtées de part et d’autre de l’axe central. Ces esses sont remplies d’émail en relief. Dans les espaces, le fer concave a reçu un très fin décor composé de petits rinceaux en relief imprimés par estampage. Il s’agissait alors d’imprimer, ici en relief, l’empreinte gravée sur un moule. On trouve ici une résille en fer ajourée. Dessous la bande d’or, des pastilles sont fixées par des clous en bronze à tête recouverte de feuille d’or ornée de stries rayonnantes. Le fer forme une bande en méandre avec perles d’émail dans les ajours ainsi formés. Ce méandre est scandé, tous les deux motifs, par une paire de rinceaux.  

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© RMN-GP. Thierry Le Mage
Casque d'Amfreville

Harnachement

Anneau passe-guide

Environs de Paris Fin IIIe/début IIe siècles avant notre ère

L’anneau passe-guide était fixé sur le devant du char de guerre à deux roues. Il servait à maintenir en place les rênes de l’attelage, le char étant tiré par deux chevaux. La patte de fixation se trouve à la base. Elle devait être prolongée par une partie en fer, plus large, qui se fixait sur une cavité. Les détails de chacun de ces trois visages identiques sont faits pour être vus de côté ou de trois-quart, ce qui leur donne cet aspect un peu étrange, comme déformé. La coiffure est indiquée par des stries, à gauche de la tête. Toute une série de reliefs évoquent les détails du visage : le nez, la pommette, la bouche décentrée et en cul de poule. À la base, le relief strié, en goutte d’eau, représente peut-être un collier de barbe ou l’extrémité des cheveux portés longs ? Cet anneau porte trois visages identiques en relief. Ils sont placés alternativement tête-bêche. Ces visages caricaturés, typique de l’art de cette époque, sont aussi appelés des « masques ». S’agissait-il de personnages de légende ?, de scènes magiques ?, de scènes religieuses ?, de talismans ? Même si la portée sociale de ces représentations est à peu près certaine, leur signification profonde échappe encore aux archéologues. Le décor s’organise autour de la cavité centrale. De part et d’autre de la patte de fixation se trouvent deux demi-esses à pan coupé terminées par un globule. Les visages sont reliés entre eux par une grande esse en relief. Deux demi-esses affrontées en relief et terminées chacune par un globule s’en détachent.   Anneau passe-guide décoré de têtes humaines... by Musée d'Archéologie Nationale on Sketchfab  

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© RMN-GP. Thierry Le Mage
Anneau passe-guide

Arts du métal

Le Dôme aux Dragons de Roissy

Roissy-en-France « La Fosse Cotheret » (Val-d’Oise), tombe à char 1002 - Acquisition, 2001 IIIe s. av. J.-C.

Cette pièce unique a été découverte en 1999 lors de fouilles préventives nécessitées par l’extension des pistes de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Elle accompagnait l’équipement d’un luxueux char à deux roues, sur lequel avait été enterré un personnage important, qui pourrait être un druide. Auprès du char, a été recueilli un élément en forme de couvercle à motifs de têtes de monstres animaux, dont la fonction reste encore indéterminée. La pièce, coulée à la cire perdue, est organisée en trois registres superposés, le dernier en forme de bouton central. Sur le registre inférieur, une bande circulaire est composée d’une série alternée de 10 monstres enchaînés les uns autres : cinq monstres à gueules largement ouvertes y alternent avec cinq monstres plus petits à mufle terminé par un globule. Le registre intermédiaire est constitué d’une ronde de trois dragons, reliés par le mufle et par la queue, et dont la gueule, entrouverte, montre les dents. Au registre supérieur, trois gros globules semblent composés d’éléments anatomiques isolés appartenant aux monstres des registres sous-jacents : sur un élément de crinière, on reconnaît un globule, puis un œil, puis une oreille. Œuvre d’art et de science, le Dôme aux Dragons de Roissy témoigne de l’existence d’un univers symbolique celtique dont le contenu nous échappe. La représentation de cet univers fait appel à des connaissances mathématiques approfondies, qui renvoient à la science pythagoricienne. Le Dôme de Roissy a manifestement été produit dans un atelier de bronzier très spécialisé. Vraisemblablement localisé dans le bassin parisien, où a été identifié un style celtique particulier, dit de l’École de Paris. Plus d'informations Applique circulaire à décor ajouré by France Collections on Sketchfab

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© RMN GP (MAN) / Thierry Le Mage
Le Dôme aux Dragons de Roissy

Accessoires du costume

La fabrication des fibules et des objets en bronze coulé

Âge du Fer

Les Gaulois ont beaucoup utilisé le bronze (qui, neuf, a la couleur de l’or) pour fabriquer des armes, de la vaisselle, des bijoux, des décors de char et de harnachement. Au Ier siècle avant notre ère, les bronziers sont installés surtout dans les oppida, ces villes de hauteur fortifiés qui regroupent de nombreux quartiers artisanaux. Dorénavant, des objets de petites dimensions, comme des clous, des rivets, des agrafes de ceinture ou encore des fibules sortent en série de leurs ateliers. Sur cette illustration sont rassemblés un moule à fibules, une fibule terminée, un raté de fonderie (grappe de plusieurs fibules), trois ébauches de fibules sortant du moule, deux extrémités de poëlon en tête de palmipède, un manche de miroir en bronze émaillé (grand objet en bas, à gauche), une anse de cruche (objet en haut à gauche) et un clou décoratif en bronze.     Ce moule, en terre cuite beige claire, épouse la forme de tronc de cône arrondi avec une panse à renflements, chaque renflement correspondant à la place d’une fibule. Le bronzier qui a utilisé ce moule était un fondeur à la cire perdue. Le modèle en cire, refroidie et démoulée, est enrobé dans un moule. Ce moule en terre réfractaire (qui ne casse pas sous l’effet de la chaleur), percé de petits canaux d’évacuation est chauffé et la cire s’écoule par les canaux. L’évaporation des gaz se réalise à travers la terre poreuse du moule. Ensuite, le métal, chauffé dans des creusets (petits récipients en terre, en pierre ou en métal) et versé dans les mêmes canaux, se répand dans les espaces laissés libres par la cire. Après refroidissement, le moule est cassé pour récupérer les objets finis. Si les fibules défectueuses, nombreuses, sont mises de côté pour être refondues, les pièces bien sorties sont soumises à un long travail de finition. Elles sont donc nettoyées, polies, ciselées et décorées. Les outils destinés à la fabrication des décors sont fort peu nombreux : petits poinçons à estamper, ciseaux pour les ciselures et gravures, limes pour les gorges (parties creuses). C’est alors aussi que l’artisan effectue la mise en place de l’émail (rouge) si besoin est. Il est posé en fusion sur la partie de la pièce incisée à coups de burin et réchauffée auparavant. Après refroidissement, le bronzier use la partie supérieure de la calotte par petits polissages sur de petits morceaux de grès jusqu'à ce qu’apparaissent alternées les lignes de bronze et les lignes d’émail.

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© RMN-GP / MAN
La fabrication des fibules et des objets en bronze coulé

Bijoux

Torque

Mailly-le-Camp (Aube) Ier siècle avant notre ère

Ce grand torque de 20 cm de diamètre est caractéristique des productions de la grande orfèvrerie de la fin du Ier siècle avant notre ère. Il n’est plus massif, mais en feuilles d’or, ce qui permettait aux artisans d’économiser ce précieux métal. Une armature en fer glissée à l’intérieur assure la rigidité. Six graffites en caractères grecs sont gravés sur sa face interne. Trois d’entre eux nous livrent le nom des Nitiobroges, peuple gaulois de la région d’Agen, alors que le torque a été mis au jour en Champagne. À cette époque, le torque n’est plus un attribut humain, mais divin. On le retrouve au cou de certaines divinités comme sur le « dieu d’Euffigneix ». Il n’est donc pas impossible que ce torque volumineux ait orné une statue ou fait partie d’un sanctuaire. Deux gros tampons sont reliés à une partie soudée ornée de filigranes (fils d’or déposés sur un objet en or) parsemés de granulations. De part et d’autre des tampons, un décor, différent de chaque côté, est formé de motifs très simplifiés en assez fort relief se détachant sur un fond piqueté. De chaque côté des tampons, les deux tubes en arc de cercle venaient s’insérer dans un manchon dorsal aujourd’hui disparu. Des reliefs longitudinaux et transversaux ornent ces parties latérales.  

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© MAN. Loïc Hamon
Torque

Statuette

Statuette du dieu dit d’Euffigneix

Environs d’Euffigneix (Haute-Marne)

Ier siècle avant J.-C.

Les circonstances de découverte de la sculpture, fortuite, ne sont pas connues. Elle aurait été trouvée vers 1922 dans une fosse remplie d’ossements. Le personnage représenté est un jeune homme imberbe. En fait seule sa tête émerge d’un tronc sans bras, entièrement occupé par l’image d’un sanglier. L’homme porte autour du cou un grand torque. En l’absence d’autres attributs caractéristiques, il est difficile de savoir si cette image pleine de force est celle d’un dieu, d’un ancêtre honoré par un culte funéraire, ou encore d’un héros divinisé de la tribu.   La sculpture sur pierre, rare à l’époque gauloise, se développe en Gaule sous influence romaine. Les Gallo-romains prennent alors l’habitude de donner forme (humaine) à leurs dieux, ce qu’ils ne faisaient guère auparavant. Mais cette statuette, qui ne peut être datée avec précision, ne doit rien à la plastique gréco-romaine, et sa forme évoque plus la taille du bois que celle de la pierre. Toute la surface du tronc de l’homme ou du dieu est occupée de face par un sanglier sculpté en bas-relief. Les muscles bien indiqués et les soies dressées de l’échine soulignent la vigueur de l’animal. Ce type de sanglier figure sur un certain nombre de monnaies gauloises frappées par des peuples du nord et de l’est de la Gaule. S’agit-il de l’animal symbole du dieu représenté ? S’il ne s’agit pas d’un dieu, est-ce l’image-souvenir des exploits cynégétiques d’un héros ou d’un ancêtre glorieux ? On ne sait, mais il semble peu probable que ce sanglier perpétue le souvenir d’un sacrifice, car les Gaulois ne sacrifiaient pas d’animal sauvage en l’honneur de leurs divinités. Sur le côté gauche de la sculpture, incomplet, apparaît un grand œil, qui n’est peut-être pas ici le symbole habituellement utilisé dans l’Antiquité pour éloigner le mauvais œil, mais qui appartient peut-être à la tête d’un autre animal, dont on devine le museau. La chevelure du jeune homme est sculptée avec beaucoup de soin. Elle forme une coiffure compliquée, bien visible au revers de la statuette. Les cheveux, mi longs, sont attachés en « queue-de-cheval » sur le dessus du crâne, et encadrés par deux mèches plus longues, qui tombent jusqu’au torque. Cette coiffure ne doit bien sûr rien aux modes romaines, mais évoque la description que Diodore de Sicile, historien grec vivant au Ier siècle avant Jésus-Christ, fait des cheveux des Gaulois : « ils les relèvent des tempes vers le sommet de la tête et la nuque... ».  

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© RMN-GP. Thierry Le Mage
Statuette du dieu dit d’Euffigneix

monnaie

Statère d’or à l’effigie de Vercingétorix

Origine : Pionsat (Puy-de-Dôme) Ier siècle avant J.-C.

Les statères (monnaies) arvernes à l’effigie de Vercingétorix présentent de lui un profil très hellénistique qui est sans doute plus conventionnel que réaliste. Sa tête est coiffée de larges boucles, une double mèche tombant sur la nuque. Le nez est long et droit, à large narine. Les lèvres sont étroites et charnues. À l’arrière se trouve la légende en caractères latins : (VERCIN)GETORIXS. Une autre série de monnaie le présente casqué. En tout, 25 statères d’or et deux pièces en bronze sont aujourd’hui connues. Toutes ces monnaies ont été frappées pendant la Guerre des Gaules. Le texte de Jules César et ces 27 monnaies sont les seuls témoignages littéraires et archéologiques de l’existence de Vercingétorix. Malgré tout, que peut-on dire de lui ? Vercingétorix signifie en langue gauloise « le grand roi des guerriers ». Il est né entre 82 et 74 avant J.-C. quelque part en pays arverne, l’Auvergne actuelle, le peuple le plus puissant de Gaule au IIe siècle avant J.-C. Son père Celtill, noble riche et influent, rêve de rétablir la monarchie, abolie pour instituer un fonctionnement politique plus démocratique, mais il est mis à mort par ses compatriotes. Son fils Vercingétorix passe quelques années dans l’entourage militaire de César qui croit ainsi s’assurer l’alliance des Arvernes. Cependant, il est élu chef de la coalition à Bibracte, sur le Mont Beuvray, en 52 av. J.-C. Fait prisonnier à Alésia en septembre 52, sa renommée n’aura finalement duré que neuf mois. Sa légende ne faisait que commencer.

Monnaie en bronze (à gauche) et statère d'or (à droite) de Vercingétorix
© RMN GP (MAN) / Thierry Le Mage
Statère d’or à l’effigie de Vercingétorix

Armes

La tombe à char de « La Gorge-Meillet »

La Gorge-Meillet, (Somme-Tourbe, Marne) IVe siècle avant notre ère

À cette époque, certains guerriers de haut rang sont enterrés accompagnés de leur char. Ces véhicules sont des chars de guerre légers, à deux grandes roues, tirés par deux chevaux. Cette tombe à char a été établie dans une fosse creusée dans la craie. Cet homme d’une trentaine d’années est couché sur la caisse d’un char à deux roues dans le sens du roulement du véhicule. Il porte au bras gauche un bracelet en or selon une pratique attestée depuis le VIIe siècle avant notre ère qui caractérise la parure masculine. Des boutons en bronze, conservés avec des traces de tissus à l’emplacement du buste, doivent provenir d’un riche vêtement qui était fermé par deux fibules (broches) également en bronze. Une pince à épiler en fer, probablement utilisée pour les soins du visage, est placée à côté du corps. Au bas du corps se trouve un service de vases en céramique. L’un d’entre eux contenait des pièces de veau et de porc accompagnées d’un grand couteau en fer utilisé probablement pour la découpe et le partage de la viande. Sur la banquette on a disposé une cruche à vin en bronze (œnochoé) d’origine étrusque. On l’utilisait pour puiser le vin, ou le mélange de vin et d’eau, bu lors du banquet funéraire et offert aux divinités. L’équipement du défunt est déposé près de lui : son casque en bronze entre ses pieds, son épée engagée dans un fourreau en fer et trois lances sur son côté gauche. Des outils en fer (petit marteau et outils interprétés comme des gouges - outil à bout tranchant et courbe - et des ciseaux) des broches à rôtir en fer accompagnent le mort. Le casque, de forme conique, est orné d’un décor de swastikas (symboles solaires) et de cocardes à perles de corail. Le corail, considéré comme originaire de la baie de Naples, a été très utilisé par les artisans gaulois comme éléments décoratifs d’objets métalliques, sa couleur rouge produisant un effet de contraste saisissant avec le bronze doré. Les roues du char ont été enfoncées dans deux petites alvéoles creusées sur le fond de la fosse, de manière à réduire la hauteur du plafond de la chambre funéraire. Des roues subsistent les bandages en fer fixés par des clous et les moyeux. Les caisses des chars sont très mal connues. La découverte et la redécouverte de la tombe L'exposition de la tombe Pour aller plus loin : - Bibliographie : Laurent OLIVIER, Joëlle BRIERE : Autopsie d'une tombe gauloise. La tombe à char de la Gorge-Meillet à Somme-Tourbe (Marne), Cahiers du Musée d'Archéologie nationale - Numéro 2, 2016

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© Rmn
La tombe à char de « La Gorge-Meillet »

Bijoux

Boucles d’oreilles en or

Sainte-Colombe-sur-Seine (Côte-d’Or), "Tumulus de la Butte", tombe à char féminine. VIe siècle avant J.-C.

Ces bijoux, formés d’un ruban en tôle d’or, sont décorés de motifs géométriques réalisés au repoussé et par estampage d’une matrice. Sur la face extérieure sont soudées seize rangées de deux petites capsules constituées chacune de trois cupules soudées. Ces lourdes parures d’or faisaient partie d’une panoplie féminine qui était associée à deux grands bracelets en tôle d’or. L’ensemble a été découvert dans une tombe à char établie sous un tumulus monumental, manifestement édifié pour un personnage de très haut rang social.

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© RMN-GP/MAN
Boucles d’oreilles en or

Bijoux

Fibules zoomorphes

Environs de Châlons-en-Champagne (Suippes et Charmont) IVe siècle avant J.-C.

Épingles à vêtement l’une à motif de bélier, l’autre à motif d’oiseau. Le bestiaire imaginaire gaulois comporte de nombreux oiseaux aquatiques, en particulier les canards. Ces oiseaux sont hérités d’une ancienne tradition remontant à l’âge du Bronze, qui semble liée au culte du soleil.

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© RMN-GP/MAN
Fibules zoomorphes

parure

Casque de Berru

Tombe à char de Berru (Marne). Vers 375 avant J.-C.

Le casque de la tombe de Berru est fait d’une seule tôle de bronze, mise en forme par chaudronnage avec une grande virtuosité technique. Deux petites perles de corail soulignent la naissance du couvre-nuque, à l’arrière du casque. Cette pièce d’apparat porte un décor gravé, faisant appel à la décomposition du motif classique de la palmette gréco-étrusque, réinterprétée dans le style de l’Art celtique ancien. Selon leur exposition à la lumière, les motifs, qui font alterner des surfaces étincelantes laissées lisses et d’autres brillantes finement piquetées, font apparaître des enchaînements de formes différentes, dans une interprétation très libre des conventions stylistiques de l’art des civilisations classiques méditerranéennes.

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© RMN-GP/MAN
Casque de Berru

Sculpture

Statue de Chef gaulois

Commande impériale du 10 mars 1864.
Don de la Direction des Beaux-Arts -1875

Cette statue équestre de guerrier gaulois a été réalisée par le sculpteur Emmanuel Fremiet, auteur également de la statue de Jeanne d’Arc de la rue des Pyramides, à Paris c’est la première tentative de reconstitution historique de l’armement d’un gaulois de l’époque de la conquête de la Gaule, établie à partir des objets de fouilles. En réalité, les objets sont surtout empruntés à la période de la fin de l’âge du Bronze, soit près d’un millénaire avant l’époque de Vercingétorix. Néanmoins, Fremiet a créé la silhouette immédiatement identifiable du Gaulois, avec ses grandes moustaches, son casque et cuirasse, que nous reconnaissons toujours aujourd’hui. Inscription sur le socle : “L’armure et les armes font partie des collections du musée”.   Cavalier Gaulois by Rmn-Grand Palais on Sketchfab

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© RMN-GP/MAN
Statue de Chef gaulois

Armes

Épée à tête humaine

Origine : tombe à char. Tesson (Charente-Maritime) Début du Ier siècle avant J.-C

Cette arme d’apparat avait été déposée dans une tombe à char appartenant à un aristocrate guerrier enterré en compagnie d’un important ensemble d’amphores à vin importé d’Italie du Nord. La poignée de l’épée, en bronze, est terminée par une petite tête humaine. La coiffure, très soignée, se finit par un catogan semble-t-il remonté en chignon. Ce type de coiffure complexe, se remarque également sur le relief en pierre trouvé à Euffigneix (Haute-Marne).

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© RMN-GP/MAN
Épée à tête humaine

monnaie

Les statères de Piolaine

Piolaine (Ille-et-Vilaine) Ier s. av. J.-C.

Un trésor d’un millier de monnaies gauloises de la fin du Ier s. av. J.-C. a été découvert à Piolaine, sur le territoire de la commune de Saint-Aubin-du-Pavail (Ille-et-Vilaine). Le musée d’Archéologie nationale a pu en acquérir près de la moitié, mise au jour à l’occasion d’une fouille réalisée par l’État en 2013. Le trésor de Piolaine est composé de statères en alliage d’argent et de cuivre (dit billon), appartenant aux émissions des peuples gaulois des Vénètes (région de Vannes) et des Riedons (région de Rennes). L’ensemble est datable des environs du milieu du Ier s. av. J.-C. Dans le groupe attribué aux Riedons, on observe une série de monnaies rares, dites « à l’octopède » : elles représentent un cheval vu de profil, derrière lequel se cache un autre cheval, dont on ne voit que les pattes. Le trésor de Piolaine a livré par ailleurs deux monnaies exceptionnelles, dont le type est inconnu : ce sont des monnaies dites « hybrides », qui présentent un droit de type venète et un revers de type riedon. Pour en savoir plus, consultez la présentation dans le cadre de l'objet du mois  

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© MAN/Valorie Gô
Les statères de Piolaine

Statue

La statue de Beaupréau

Fin du IIe siècle et le début du Ier siècle av. J.-C. Beaupréau (Maine-et-Loire)

À Beaupréau (Maine-et-Loire), non loin de Cholet, des labours ont fait surgir de terre au début des années 2000 une exceptionnelle statue gauloise en pierre, dont le visage est malheureusement mutilé. Alors que la plupart de ces sculptures représentent des hommes, elle figure un personnage féminin, les avant-bras repliés sur l’abdomen et les mains étendues face à face à plat sur le ventre, comme certaines Madones de la Renaissance. Il s’agit bien d’une femme, car deux petits seins sont figurés en forme de bossette au niveau de la poitrine. Les bras sont atrophiés et peu dégagés du corps ; un bracelet est indiqué au poignet gauche, tandis qu’un brassard est représenté au-dessus du coude droit. Cette combinaison d’éléments de parure est effectivement connue dans les tombes féminines de la période gauloise récente. La tête, surdimensionnée, est légèrement tournée vers la droite ; le visage, éclaté par une fissure ancienne qui a rejoué au moment de la découverte, a disparu. De la tête, ne subsistent qu’une des oreilles, en forme de C inversé, et une curieuse natte de cheveux figurée à l’arrière du crâne, sur le côté droit. À l’exception de cette tresse, la tête semble entièrement rasée. La base du visage est enserrée dans un gros torque à jonc tubulaire, dont les tampons cylindriques ont été arrachés en partie par la charrue. Pour en savoir plus, consultez la présentation dans le cadre de l'objet du mois   Retrouvez l'objet dans la revue Archéologia n° 584, février 2020

Dame de Beaupréau - Face
© MAN/Loïc Hamon
La statue de Beaupréau