Aller au contenu principal

Les grandes figures qui ont contribué à l'enrichissement des collections du musée

Les objets

Grand donateur

Jacques Boucher de Crèvecoeur de Perthes

1788 - Rethel (Ardennes) / 1868 - Abbeville (Somme)


Préhistorien français, directeur des douanes d'Abbeville et président de la société d'émulation d'Abbeville

Il commence par aider intellectuellement et matériellement son ami Casimir Picard dans ses recherches.   Les travaux personnels : entre remise en question et reconnaissance En 1837, il entame ses propres recherches de terrain en fouillant sous les remparts d'Abbeville. En 1846, il finit de rédiger un énorme volume sous le titre d'Antiquités celtiques et antédiluviennes qu'il envoie à l'Académie des sciences afin d'avoir son approbation, qui ne lui est pas accordée. Malgré cela, l'ouvrage paraît en 1847. Assurément, il est le premier à donner une description intelligible de la préhistoire de l'humanité. Il veut avant tout voir l'homme derrière l'outil et souligne le lien entre silex taillés et restes d'animaux souvent disparus retrouvés lors de ses fouilles. Ses contemporains lui reprochent d'être brouillon : - explications géologiques souvent sommaires - dessins de silex peu visibles - interprétations fonctionnelles naïves - théories ambitieuses   La reconnaissance Cependant, Boucher de Perthes est le premier à proposer une réflexion d'ensemble sur la stratigraphie appliquée à l'archéologie. On le présente souvent comme celui qui ose affronter les préjugés disciplinaires de son temps. D'une manière générale, il se bat contre les savants les plus éminents afin de démontrer la véracité de son point de vue concernant l'existence d'une préhistoire de l'humanité. En 1859, de grands spécialistes anglais et des membres de la Commission de la Geological Society de Londres lui rendent visite à Abbeville et ce déplacement permet la reconnaissance internationale de Boucher de Perthes, même si Charles Darwin conserve une attitude très sceptique.  Le premier fonds du musée de Saint-Germain-en-Laye, qui vient d'être créé, est constitué des collections offertes par Boucher de Perthes (1867), Lartet et Christy, Frédéric VII de Danemark ainsi que des collections personnelles de Napoléon III.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Naissance de l’archéologie moderne 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 1998. GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. SCHNAPP A., La conquête du passé. Aux origines de l’archéologie, Paris, Editions Carré, 1998.  

Jacques Boucher de Perthes_buste
© MAN
Jacques Boucher de Crèvecoeur de Perthes

Grand donateur

Thomas Frédéric Moreau

1798-1898

Homme d'affaires et archéologue

Ce grand bourgeois, qui a exercé diverses charges commerciales, administratives et même politiques, décide à 75 ans de se retirer des affaires pour se consacrer à l'archéologie.   Archéologue durant la "retraite" Entre 1873 et 1892, il fait exécuter, autour de sa propriété de Fère-en-Tardenois (Aisne), des fouilles "préhistoriques, gauloises, romaines et franques" qui mettent au jour plusieurs dizaines de milliers de tombes datées du Paléolithique à l'époque mérovingienne. Sa première campagne, "pour l'occupation instructive" de ses enfants, alors en vacances, est l'exploration du dolmen de Caranda (commune de Cierges, Aisne) dont le nom sera repris pour désigner l'ensemble de sa collection. Mais cette "collection Caranda" comprend aussi les vestiges d'une vingtaine d'autres sites de la vallée de l'Ourcq, tels que la villa romaine d'Ancy (commune de Limé) et les nécropoles gallo-romaines et mérovingiennes d'Arcy-Sainte-Restitue, d'Armentières-sur-Ourcq, de Breny, de Chassemy et des Sablonnières à Fère-en-Tardenois.  Ces fouilles, réalisées avec l'aide de quelques personnes, généralement membres de son personnel ou de sa famille, sont accompagnées d'un important travail documentaire, chaque site faisant l'objet d'un procès verbal détaillé. Un érudit tourné vers le grand public Dès 1877, Frédéric Moreau se lance dans la rédaction d'un album en dix-huit volumes illustrés de nombreuses planches de couleurs (exécutées par l'archéologue Jules Pilloy) qui représentent les objets grandeurs nature, avec quelques erreurs, cependant.  La "collection Caranda", que son propriétaire conservait pour partie dans sa résidence parisienne et pour partie à Fère-en-Tardenois, est présentée pour la première fois au public lors de l'Exposition universelle de 1889. Elle suscite alors l'intérêt de l'Administration, bien qu'elle ait été exposée sans réel souci de classement par site ou par époque.  Ce n'est toutefois que neuf ans plus tard qu'elle entre au Musée d'Archéologie nationale, en même temps que les vingt-quatre volumes de procès-verbaux. Frédéric Moreau, mort centenaire le 21 octobre 1898, a accepté de la léguer à l'Etat, à la condition que ce dernier paye 20 000 francs pour la restauration du clocher de l'église de Fère-en-Tardenois !  La collection, entrée au Musée en 1899, est alors installée dans une salle au deuxième étage qui porte le nom de son donateur. Henri Hubert, attaché puis conservateur-adjoint du Musée des Antiquités nationales, est chargé de l'étude et de la présentation de la collection, travail considérable qu'il doit accomplir rapidement, pressé à la fois par la famille de Frédéric Moreau et par Salomon Reinach, le directeur du musée.  Il tente de reconstituer, dans une partie des cinquante-deux vitrines, certains des ensembles fouillés, d'après les illustrations des manuscrits et les étiquettes des objets.  La "Salle Moreau" est encore aujourd'hui pratiquement en l'état (présentation similaire à la salle Piette) mais n'est plus ouverte au public depuis la rénovation du musée dans les années 1960.    

Media Name: moreau.jpg
© MAN
Thomas Frédéric Moreau

Mégalithe

Louis-Félicien Caignart de Saulcy, dit Félix de Saulcy

1807 – Lille / 1880 – Paris

Archéologue, numismate et épigraphiste français, fondateur de l’archéologie biblique

En 1826, il est admis à l’Ecole Polytechnique (c’est là qu’il adopte le prénom Félix) et deux ans après, à l’Ecole d’application de l’artillerie et du Génie de Metz. En 1831, il est cantonné à Dieulouard (Meurthe-et-Moselle) et y effectue ses premiers pas d’archéologue en fouillant une station romaine.   Des débuts prometteurs Ses Recherches sur les monnaies des évêques de Metz sont publiées en 1835 et sont saluées par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, tout comme son Essai de classification des suites monétaires byzantines, publié l’année suivante. Il épouse en 1836 Pauline de Brye. Au début des années 1840, il est élu académicien et devient conservateur du Musée d’Artillerie. Ce poste lui laisse le temps pour étudier des langues orientales anciennes.  La Palestine : un réconfort face au chagrin En 1845, il entreprend son premier voyage autour de la Méditerranée. Il passe ainsi par l’Italie, la Grèce, la Turquie et l’Egypte. En 1850, suite au décès de son épouse, de Saulcy part en Syrie et en Palestine qu’il visite pour la première fois. Il se met alors à travailler sur le « Tombeau des Rois ». C’est durant ce voyage que naît son intérêt principal : la Palestine. Il est un des premiers à étudier avec méthode la géographie de la Terre Sainte et notamment le bassin de la mer Morte. Ses théories nouvelles sur la région soulèvent des polémiques dès son retour en France lorsqu’il publie Le Voyage autour de la Mer Morte et dans les Terres bibliques (1853). Une nouvelle épouse : le rapprochement avec la cour En 1853, il épouse Mlle de Billing en secondes noces. Cette dernière devient la dame d’honneur de l’Impératrice. Il prend sa retraite comme chef d’escadron en 1855. Il passe alors beaucoup de temps à la cour et se rapproche de Napoléon III. Il promeut à son tour le développement de l’archéologie métropolitaine. Il est également président de la Commission du Corpus Inscriptionum Semiticarum et de la Commission de topographie des Gaules, chère à l’Empereur. Il est nommé sénateur en 1859. Les deux autres séjours en Palestine En 1863, lors de son deuxième voyage en Palestine, il est accompagné par une véritable équipe et reprend ses travaux sur le « Tombeau des Rois ». Il y retourne une dernière fois en 1869. Il participe aussi aux travaux de la Commission de création du Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines aux côtés d’A. Bertrand, E. Lartet et J. Boucher de Perthes. Grâce à lui, une galerie judaïque ouvre au Louvre dans les années 1860. Une fin de carrière compliquée Après la proclamation de la République le 4 septembre 1870, le couple de Saulcy suit les souverains déchus en Angleterre. Ils y restent durant six mois. De retour en France, il est très atteint dans sa fortune et cherche à vendre sa collection de monnaies qui est la seconde d’Europe. Le British Museum lui en offre pratiquement le double du prix du Gouvernement français mais il la cède malgré cela au Cabinet des Médailles.    Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001.  MERLIN A., « L. F. Caignart de Saulcy. Carnets de voyage en Orient (1845-1869) publiés par Fernande Bassan », In : Journal des savants, pp. 44-46, janvier-mars 1956.  

Media Name: louis_felicien_joseph_caignart-de-saulcy-gallica.jpeg
© Gallica - BNF
Louis-Félicien Caignart de Saulcy, dit Félix de Saulcy

Mégalithe

Frédéric VII de Danemark et sa collection d'antiquités préhistoriques

1808 – Copenhague / 1863 – Glücksburg (Allemagne) Dates de règne : 1848 / 1863

Roi du Danemark, dernier roi de la dynastie des Oldenbourg et dernier roi du Danemark à régner en monarque absolu

Une Assemblée constituante dote le pays d’une constitution démocratique en 1849. Grâce à cet acte, il est un roi populaire et c’est également le premier roi vraiment danois. Sous son règne, l’affaire des Duchés éclate et prend provisoirement fin en 1852 grâce au protocole de Londres.   D'archéologue à archéologue Frédéric VII est passionné par les antiquités préhistoriques et véhicule une image de roi-archéologue dans toute l’Europe. Cet intérêt est né dans sa jeunesse. Il dirige des fouilles et fait effectuer des restaurations d’objets préhistoriques. Il est également président de la Société Royale des Antiquaires du Nord à partir de 1841. C’est en décembre 1861 qu’une collection d’antiquités préhistoriques danoises arrive à Paris. Il s’agit d’un cadeau diplomatique du souverain offert à Napoléon III. Frédéric VII et son épouse vouent en effet une admiration sans bornes à l’Empereur. Cependant, ce dernier leur préfère la Prusse à cause du problème du Slesvig-Holsten. Le Danemark : un modèle en étude préhistorienne A l’époque, le Danemark a plus de 50 ans d’expérience dans la création de musée. Copenhague semble jouer un rôle d’expert en ce qui concerne l’étude de la préhistoire et l’organisation des musées. Le but de ce présent est d’aider la France à se doter d’un musée national et de créer une coopération culturelle. Le don initial de 130 pièces passe à 347 objets. Il s’agit de pièces en silex qui ont peu de valeur en elles-mêmes. L’idée est plutôt de transmettre une certaine conception de l’archéologie. La chronologie des trois âges est la base de classification des objets danois et le Danemark espère bien qu’une collection d’antiquités françaises sera créée en adoptant ce système et en y incluant des objets préhistoriques. Le prestige de Thomsen ne suffit pas... C’est Christian Jürgensen Thomsen qui est chargé par le roi de transporter le cadeau jusqu’à Paris. Cet archéologue est le père du système des trois âges : pierre, bronze et fer. Il est également directeur des musées royaux. Il travaille en collaboration avec Jens Jacob Asmussen Worsaae, inspecteur des monuments historiques, pour choisir les objets du don. Thomsen apporte son expertise pour la création du Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines. La création officielle du musée est annoncée le 8 mars 1862 par décret. Sa visite est un succès, l’Empereur est ravi de ce cadeau mais les deux souverains ne se rencontreront jamais. C’est donc un échec au niveau diplomatique. Les objets de la collection de Frédéric VII constituent les premiers numéros d’inventaire du musée.    Pour aller plus loin : - Bibliographie : LUNDBECK-CULOT K., « Frédéric VII, roi du Danemark, Napoléon III et l’archéologie. Les deux premiers donateurs du Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye », In : Antiquités nationales, n°9, pp. 99-118, 1997. - Liens : www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Frédéric_VII/120284  

Prince danemark
© Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Frédéric VII de Danemark et sa collection d'antiquités préhistoriques

Grand donateur

Jean Benoît Désiré Cochet, dit abbé Cochet

1812 - Sanvic (Seine-Maritime) / 1875 - Rouen (Seine-Maritime)

Archéologue et préhistorien français

Du prêtre de province... En 1830, les restes d'une villa gallo-romaine sont découverts à Etretat et l'intéressent particulièrement. Ils sont à l'origine de son premier mémoire d'archéologie (1834) qu'il envoie à l'Académie de Rouen. Il est nommé membre de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure. En 1836, il est ordonné prêtre et nommé vicaire à Saint-François-du-Havre. En 1842, il est reçu à l'Académie de Rouen. Entre 1844 et 1845, il publie les Eglises de l'arrondissement du Havre. ...à un archéologue reconnu Une névrose générale l'empêche ensuite d'assurer certaines fonctions et il ne se consacre dès lors qu'à la fouille. Il fait restaurer les églises normandes et voyage à l'étranger pour visiter des musées et rencontrer des savants. En 1849, il est nommé inspecteur des Monuments historiques et permet le sauvetage de nombreux monuments. Il entreprend une fouille à Etretat (1855) et au château Gaillard quelques années plus tard. En 1864, il est élu membre correspondant de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et nommé conservateur du Musée des Antiquités de Rouen trois ans après. Archéologue amateur et provincial, l'abbé Cochet a largement contribué à l'essor de l'archéologie nationale. Il a également collaboré à la Commission de topographie des Gaules.    Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Naissance de l’archéologie moderne 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 1998. GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001.

Abbé Cochet
© MAN
Jean Benoît Désiré Cochet, dit abbé Cochet

Personnage du musée

Alexandre Louis Joseph Bertrand

21 juin 1820 – Paris / 8 décembre 1902 – Saint-Germain-en-Laye

Archéologue, historien, enseignant, conservateur de musée

Un précurseur De formation classique, agrégé de lettres, membre de l'École française d'Athènes, Alexandre Bertrand est d'abord enseignant. Il aborde l’archéologie en 1858, comme membre et secrétaire de la Commission de topographie des Gaules, mise en place par Napoléon III, et participe à partir de 1860 aux fouilles menées à Alise-Sainte-Reine (Côte-d'Or). Directeur de la Revue archéologique dès 1860, il ouvre ses colonnes à l'archéologie non classique, et de façon générale, agit comme “ passeur ” entre le monde de l’archéologie classique et celui, naissant, de la Préhistoire. Afin de former de véritables archéologues, il participe à la création de l’École du Louvre, et donne en 1882 l'un des tous premiers cours publics d’archéologie nationale dispensés en France. C’est l'un des fondateurs de l'archéologie protohistorique nationale et européenne. Alexandre Bertrand à Saint-Germain-en-Laye En 1865, Alexandre Bertrand est nommé membre de la Commission d’organisation du musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines fondé par Napoléon III par décret du 8 mars 1862. En 1866, il remplace par intérim le premier conservateur, Claude Rossignol, avant d'être nommé conservateur par décret du 10 octobre 1867. Il le reste pendant trente cinq ans, secondé par le préhistorien Gabriel de Mortillet (de 1868 à 1885), puis par Salomon Reinach (de 1886 à 1902) et Abel Maître, chef des ateliers. Ils créent un musée moderne, didactique, fondé sur le classement chronologique des collections.   Pour aller plus loin : - Lien : http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/bertrand-alexandre-de.html (CHEW H., notice  "Bertrand, Alexandre", in Dictionnaire critique des historiens de l’art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale, Philippe Sénéchal et Claire Barbillon (dir.), Paris, 2010).  

Media Name: Alexandre_bertrand.jpg
© MAN - RMNGP
Alexandre Louis Joseph Bertrand

Personnage du musée

Louis Laurent Gabriel de Mortillet

1821 - Meylan (Isère) / 1898 - Saint-Germain-en-Laye

Préhistorien et anthropologue français

Pour son engagement socialiste lors de la révolution de 1848, Louis-Napoléon Bonaparte le contraint à l'exil en 1849. C'est durant ces années qu'il s'initie à la Préhistoire dont il deviendra l'une des figures dominantes. Il se rend en Savoie, en Suisse et en Italie où il participe à l'exploration des lacs lombards et découvre le premier site néolithique italien à Isolino en 1863. En 1864, il crée la revue les Matériaux pour l'histoire positive et philosophique de l'homme qui deviendra Matériaux pour l'histoire naturelle et primitive de l'homme et publie les premiers articles fondateurs consacrés à la Préhistoire. De retour en France, il organise la section préhistorique de l'histoire du travail à l'Exposition universelle de Paris en 1867.   Gabriel de Mortillet au Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines Le 1er février 1868, il entre au Musée des Antiquités celtiques et gauloises comme attaché pour organiser le musée, les salles et classer les collections, notamment celles consacrées à son domaine.  Innovateur, il établit le premier système de référence de la Préhistoire française, sur des données archéologiques, typologiques et non plus sur des données paléontologiques. Un conflit très vif, et durable, l'oppose alors à Alexandre Bertrand, le directeur du musée, qui ne reconnaît pas toutes ses théories.  Il s'intéresse aux découvertes faites par l'abbé Giani dans la région de Golasecca (Lombardie, Italie) et convainc Alexandre Bertrand de réévaluer ces découvertes à l'aune des trouvailles effectuées depuis dans la Marne, en Bourgogne et en Franche-Comté. Il effectue des voyages sur place, réussit à acquérir une partie de la collection Giani pour le Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines et contribue ainsi à définir certains critères caractéristiques de la Protohistoire européenne.  Auteur d'une dizaine d'ouvrages et de centaines de publications sur la géologie et la Préhistoire, rédacteur en chef de revues, Gabriel de Mortillet a contribué à la création des congrès internationaux d'anthropologie et de préhistoire, dans lesquels se retrouvaient tous les savants afin de confronter leurs découvertes.  Personnage attachant mais aussi irritant par son caractère intransigeant, ses positions violemment anticléricales ont provoqué d'innombrables polémiques qui l'ont conduit à choisir de privilégier ses engagements politiques aux dépens de ses activités scientifiques.  En 1882, après 17 ans au service du musée, dans lequel il a fait entrer de nombreuses séries de référence, il quitte son poste. Il est alors élu maire de Saint-Germain-en-Laye, où il mène une intense politique de laïcisation avant de devenir député de Seine-et-Oise entre 1885 et 1889.  Gabriel de Mortillet, qui a déployé une inépuisable activité scientifique, disait, en parlant du musée : "C'est une oeuvre qui restera comme une des gloires de notre pays et de notre époque..."    Pour aller plus loin :  - Liens : http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/mortillet-gabriel-de.html  

Louis Laurent Gabriel de Mortillet

Grand donateur

Édouard Piette

1827 - Aubigny-les-Pothées (Ardennes) / 1906 - Rumigny (Ardennes)

Archéologue et préhistorien français

Du notable à l'archéologue : des collaborations et une découverte exceptionnelle Après des études de droit à Paris, il repart dans les Ardennes pour devenir juge de paix, fonction qu'il exerce entre 1860 et 1879.  En parallèle, il s'intéresse à la géologie et à l'archéologie. Entre 1871 et 1875, il explore la grotte de Gourdan (Haute-Garonne) puis, à partir de 1873, il entreprend la fouille des grottes de Lortet (Hautes-Pyrénées) et d'Espalungue (Pyrénées-Atlantiques).  Entre 1887 et 1894, il fouille avec Emile Cartailhac, la grotte du Mas d'Azil (Ariège) et met en évidence l'Aziléen (transition entre Paléolithique et Néolithique). Puis entre 1894 et 1897, il fouille avec Joseph de Laporterie, la grotte du Pape à Brassempouy où il découvre la célèbre "Dame à la Capuche". Les conditions de conservation de sa collection Il fait don de sa collection en 1902, à la condition que ses découvertes soient exposées suivant ses directives. Cette collection comprend notamment la célèbre Dame de Brassempouy, et de nombreuses œuvres magdaléniennes (entre 17 000 et 12 000 avant notre ère) sculptées en os ou en bois de cervidé. Sa collection est aujourd'hui exposée dans la salle Piette. Bien qu'ayant financé lui-même ses recherches, il n'envisagea jamais de vendre sa collection. En 1888, puis en 1902, il propose à Alexandre Bertrand de faire une donation au musée :  "On n'avait peut-être pas tort de refuser, puisque je ne me dessaisissais pas de ma collection d'une manière irrévocable et que son enlèvement pouvait dépendre d'un caprice... Je suis disposé actuellement à donner ma collection au musée de Saint-Germain, mais à certaines conditions que je vais énumérer". Les conditions comprennent, entre autres, une présentation conforme à sa classification et une salle à son nom avec son buste.  A la fin de sa vie, il travaille sur son ouvrage L'art pendant l'âge du Renne, qui sera publié à titre posthume, dans lequel il précise toute la chronologie du Paléolithique supérieur, notamment à travers son étude de l'art mobilier.    Pour aller plus loin : - Bibliographie : ZABOROWSKI S., « Nécrologie Edouard Piette », In : Bulletins et Mémoires de la Société d’anthropologie de Paris, Volume 7, Ve série, pp. 260-264, 1906.  

Edouard Piette
© MAN - Fonds du musée
Édouard Piette

Mégalithe

Ernest Chantre

13 janvier 1843 – Lyon / 24 novembre 1924 – Ecully (Rhône)

Archéologue, naturaliste, anthropologue et photographe français

Formé par P. Broca et G. de Mortillet, et connu pour ses travaux sur les âges des métaux dans la vallée du Rhône et la région alpine, Ernest Chantre exerce les fonctions de sous-directeur du Muséum des sciences naturelles de Lyon entre 1877 et 1910. Collaborateur de la Commission de la Topographie des Gaules, il est aussi l’un des fondateurs de la Société d’anthropologie de Lyon en 1881.   Un Lyonnais en Orient A la suite du congrès anthropologique de Moscou en 1879, Ernest Chantre obtient une mission gratuite pour partir dans le Caucase. En 1888, une nouvelle mission le conduit, en compagnie de son épouse, en Arménie par la Haute-Mésopotamie et le Kurdistan occidental (région du lac Van). Il franchit la frontière entre Igdir et Erevan, avant de rejoindre Tiflis (Tbilissi, Géorgie) fouiller les nécropoles repérées lors de son premier voyage. Dès le début de ses travaux, il envoie en France dix caisses de collections ethnographiques et zoologiques ainsi que des photographies archéologiques et anthropologiques puis du mobilier archéologique. Des découvertes spectaculaires Arrivé en juillet à Koban (Ossétie du Nord), l'archéologue signale avec enthousiasme que "les résultats ont dépassés de beaucoup [ses] espérances". Dans la nécropole, Chantre a fouillé vingt-deux sépultures dont il étudie l’ architecture et le matériel trouvé parfaitement en place. Dans sa publication, il précise que depuis 1879, environ vingt mille objets de la région de Koban ont été dispersés entre plusieurs collections publiques ou privées dont celles du Musée national de Saint-Germain-en-Laye, du colonel Olchewski à Vladikavkas, du Musée impérial de Vienne, du Musée de Tiflis, du comte Ouvaroff, du Muséum de Lyon, du Musée historique de Moscou, du général Komaroff à Tiflis et du professeur Virchow à Berlin. Le matériel archéologique issu des fouilles d'Ernest Chantre dans le Caucase est entré au MAN en plusieurs fois. Une partie importante a été acquise en  novembre 1882 alors qu'en mars et en juillet de la même année le fouilleur avait déjà fait un don important au musée. Enfin, le 20 mars 1883, sont enregistrés d'autres objets de Transcaucasie reçus par l'intermédiaire du musée d’Ethnographie du Trocadéro (Musée de l'Homme actuel). D'autres objets tels que des vases en terre cuite ont été enregistrés plus tardivement sur l'inventaire et correspondent aux recherches menées à Redkine Lager (Arménie) lors d'une dernière mission officielle dans le Caucase, fin 1889-début 1890. Un explorateur soucieux de vulgarisation Plusieurs autres missions du Ministère de l’Instruction publique permettent à Ernest Chantre de poursuivre ses explorations, d’abord en Anatolie (1893 et 1894), puis en Egypte (1898-1899) où il est accueilli au sein de l’Institut français du Caire et organise une exploration ethnographique et anthropologique de la vallée du Nil. Parallèlement à ses travaux de terrain, le savant enseigne à la Faculté des Sciences (1881-1908), puis à la Faculté des Lettres de Lyon (1892-1901). En 1913, il publie en collaboration avec M. Berthelon Recherches anthropologiques dans la Berbérie Orientale, Tripolitaine, Tunisie, Algérie et est nommé chevalier de la Légion d’honneur pour l’ensemble de sa carrière scientifique.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : DELABORDE F., « Eloge funèbre de M. Ernest Chantre, correspondant de l’Académie », In : Comptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 68e année, n°5, pp. 321-322, 1924. GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. LORRE C., « L’origine de la collection archéologique d’Ernest Chantre au Musée des Antiquités nationales », In : Antiquités nationales, n°30, pp. 163-168, 1998. - Liens : http://data.bnf.fr/12198207/ernest_chantre/  

Media Name: monsieur_chantre.jpg
© Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Atelier de Nadar
Ernest Chantre

Mégalithe

Edouard Philippe Emile Cartailhac

1845 – Marseille / 1921 – Genève

Archéologue et préhistorien français

Un savant de Toulouse E. Cartailhac est aussi enseignant, directeur de revues et responsable de musées. En 1864, il a en charge le classement des collections anthropologiques du Musée d’Histoire naturelle de Toulouse. Cette ville est déjà à l’époque un important centre d’étude préhistorique. Il fouille ensuite les dolmens de l’Aveyron avant de collaborer avec Gabriel de Mortillet et Edouard Lartet en 1867 à l’exposition L’histoire du travail pendant l’Exposition universelle de Paris. La même année, il est lauréat de la faculté de lettres de Toulouse. Il obtient ensuite une licence en droit et s’inscrit au barreau de Toulouse. Cependant, il ne fera jamais de carrière juridique car tout son intérêt va à l’archéologie. Un anthropologue au service de l'archéologie préhistorienne En 1869, il achète à Gabriel de Mortillet la revue Matériaux pour l’étude philosophique et positive de l’Homme et en change le titre en Matériaux pour l’histoire primitive et naturelle de l’Homme. Il la dirige jusqu’en 1888 et en fait un monument de science et un excellent instrument de travail. En 1879, il est chargé par la Commission des monuments historiques de réaliser un inventaire des mégalithes de France. Entre 1883 et 1888, il enseigne l’anthropologie et l’histoire naturelle de l’homme à la faculté des sciences de Toulouse. Il organise en 1884 le musée Saint-Raymond à Toulouse, qu’il a créé, et dont il devient directeur en 1912. Il participe aussi à la fondation de la revue L’Anthropologie (1890) puis en devient co-directeur.   La reconnaissance de l'art pariétal En 1901, il prend part aux fouilles des grottes Grimaldi (grottes des enfants) et l’année suivante, il publie son Mea culpa d’un sceptique dans L’Anthropologie, reconnaissant ainsi l’authenticité des peintures d’Altamira. Il devient, par la suite, un des grands promoteurs de l’art pariétal paléolithique. Il collabore beaucoup avec Henri Breuil et fouille avec lui, entre autre, en 1906-1907 et en 1911-1912. A la même époque, le Prince de Monaco fonde l’Institut de paléontologie humaine (1910) car il entretient des relations avec les deux hommes et a aussi de l’intérêt pour la discipline. Emile Cartailhac a eu un rôle de passeur intellectuel et institutionnel entre deux traditions scientifiques largement opposées : les fondateurs de la discipline et la génération qui refond alors la pratique préhistorienne. Il a également publié divers ouvrages dont la France préhistorique (1889) ou les Monuments primitifs des îles Baléares (1892), qui sont des références. Grâce à son travail, l’art pariétal paléolithique s’impose comme un thème de recherche dominant de l’archéologie préhistorique du XXe siècle. Une partie du fruit de ses fouilles se trouve au Musée d’Archéologie nationale et une autre à Toulouse. Il est considéré à la fin de sa vie comme l’un des maîtres incontestés de la Préhistoire. Il était également un des collaborateurs de la Commission de topographie des Gaules.    Pour aller plus loin : - Bibliographie : BEGOUEN H., « Nécrologie », In : Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Tome 34, n°133-134, pp. 349-352, 1922. GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. - Liens : http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/cartailhac-emile.html

Media Name: Edouard Philippe Emile Cartailhac
© Museum de Toulouse
Edouard Philippe Emile Cartailhac

Grand donateur

Amour-Auguste-Louis-Joseph Berthelot, baron de Baye

31 janvier 1853 - Paris / 3 juin 1931 - Paris

Grand voyageur et archéologue français

Les débuts Le jeune baron de Baye se passionne en autodidacte pour l'archéologie en ramassant des outils de silex qui sont authentifiés par G. de Mortillet, E. T. Hamy et E. Cartailhac. Après la guerre de 1870, il poursuit ses recherches dans les marais de Saint-Gond (Marne) et découvre des cimetières d'époque gauloise et des nécropoles mérovingiennes en Champagne.    L'appel de la Russie Toutes ses découvertes, soigneusement présentées au sein du château familial, entraîne l'archéologue dans des études comparatives à travers l'Europe jusqu'en Crimée, dans le Caucase et même en Sibérie. Il noue de fructueuses collaborations avec ses collègues et se rend au congrès archéologique international de Moscou en 1890. Une collection de première importance Libéré grâce à la femme de Trotsky, directrice des Beaux-Arts, le baron de Baye collabore aux travaux du Musée historique de Moscou jusqu’à son retour définitif en France en octobre 1920. Nommé chevalier de la Légion d’honneur le 21 août 192, le baron tombe pourtant rapidement dans l’oubli alors que ses collections archéologiques et ethnographiques enrichissent bon nombre de musées russes et français. En 1894, après la mort de son père, il avait en effet décidé de léguer ses collections à l'État pour éviter leur dispersion à l'étranger. C'est ainsi qu’une collection de 500 vases est donnée au musée de Sèvres tandis que ses objets datés du paléolithique, de l'âge du Fer, des époques gallo-romaine et mérovingienne ainsi que des pièces provenant de Sibérie, du Caucase et de Scandinavie rejoignent le MAN où une salle est inaugurée en son honneur le 21 janvier 1909.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : « Séance du 25 juin 1931 », In : Bulletin de la Société préhistorique de France, Volume 28, n°6, pp. 274-275, 1931. - Liens : www.archives.marne.fr/?id=31_87 data.bnf.fr/1249411/joseph_de_baye/  http://www.sevresciteceramique.fr/documents/scc___la_collection_russe_du_baron_de_baye=doc94.pdf  

Media Name: Joseph de Baye
© Gallica
Amour-Auguste-Louis-Joseph Berthelot, baron de Baye

Mégalithe

Joseph Louis Capitan

1854 – Paris / 1929 – Paris

Médecin, anthropologue et préhistorien français

Deux carrières menées de front Louis Capitan commence à suivre en 1872 les cours de Gabriel de Mortillet à l’Ecole anthropologique. Il devient docteur de la faculté de médecine de Paris et interne des Hôpitaux de Paris en 1878. Deux ans plus tard, il crée le premier laboratoire de pathologie et de thérapeutique de la faculté de médecine. Il soutient sa thèse de doctorat de médecine en 1883. Il mène de front ses deux carrières et publie pratiquement autant dans l’une ou l’autre discipline. Un archéologue à part entière En 1898, il succède à G. de Mortillet à la chaire d’anthropologie et découvre en 1901 des vestiges d’art pariétal paléolithique dans la grotte de Font-de-Gaume (Dordogne) avec H. Breuil et D. Peyrony. Il est ensuite vice-président de la Commission du Vieux Paris (1904) et vice-président du Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistoriques (1906). A partir de 1908, il enseigne au Collège de France où il occupe la chaire d’américanisme après avoir fouillé sur le continent américain à de nombreuses reprises. L’année suivante, il devient membre de l’Académie de médecine. Pendant la Première Guerre mondiale, il dirige le service des contagieux à Vincennes car il ne peut être mobilisé. En 1916, il participe à la restauration et à la mise en valeur des arènes de Lutèce. Une méthode de travail sérieuse Sa vision de la recherche en archéologie est de fonder son travail sur l’interdisciplinarité et sur l’étude de terrain. Il mène aussi des expérimentations sur la taille des silex, essayant de reproduire le geste préhistorique. Il est également partisan de l’emploi de la méthode stratigraphique lors des fouilles. Selon lui, l’archéologue doit restituer le geste et la pensée. Il collabore beaucoup avec H. Breuil et D. Peyrony et est à l’origine de l’Aurignacien (39 000-29 000 BP) qu’il établit à partir des fouilles de La Ferrassie (Dordogne). Son apport majeur reste la reconnaissance du caractère artistique des peintures des grottes. Sa dernière contribution importante est celle de la dénonciation des faux de Glozel (1924).   Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001.  MAURER M. A., VAUFREY R., « Louis Capitan », In : Journal de la Société des Américanistes, Tome 21, n°2, pp. 402-409, 1929. - Liens : http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/capitan-louis.html  

Capitan
© MAN
Joseph Louis Capitan

Grand donateur

Henri de Morgan

1854 / 1909

Collectionneur et archéologue français. Inventeur du site prédynastique d'El Adaïma (Haute-Egypte)

Tout comme son frère Jacques, Henri a reçu  une éducation qui lui a donné le goût de la géologie, des sciences naturelles et de l'archéologie.   Un collectionneur curieux A vingt-deux ans, en 1876, Henri de Morgan s'installe à New York d'où il prospecte le continent nord-américain et rassemble des échantillons géologiques et des objets archéologiques pour le compte des marchands parisiens Rollin et Feuardent. Dès janvier 1878, il fait don au MAN d'une trentaine de lots d'objets provenant de Pennsylvanie, du Kentucky, de Géorgie, de l'Ohio et du Missouri. En 1887-1888, H. de Morgan participe aux recherches de son frère en Arménie et plus tard, en 1901, il explore avec lui des nécropoles du nord-ouest de la Perse (Iran actuel). Les deux hommes ouvrent et étudient de nombreuses tombes dont ils rapportent le mobilier archéologique en France, notamment pour le MAN. Retour vers les origines Dans les années 1907-1908, H. de Morgan conduit des recherches dans le cadre de la concession de fouille accordée par le Service des Antiquités de l'Égypte au Brooklyn Museum. Il explore la Haute-Égypte et recueille suffisamment d'outils paléolithiques pour conforter la thèse d’une préhistoire égyptienne. Il fouille des sites datés des époques prédynastique et archaïque (entre 4000 et 3150 environ avant J.-C.). Les informations enregistrées dans ses carnets de fouille sont malheureusement trop limitées pour que l'on puisse de nos jours reconstituer la totalité des ensembles archéologiques recueillis et partagés entre le musée de Brooklyn et le MAN. Avec une collection représentant plus de 650 numéros d'inventaire parmi lesquels plus des deux tiers concernent des objets préhistoriques égyptiens, H. de Morgan est l'un des grands donateurs du musée. L'archéologue est malheureusement décédé prématurément  en novembre 1909 et n'a eu le plaisir de voir, ni le produit de ses fouilles installé à Brooklyn et à Saint-Germain-en-Laye, ni la publication définitive du compte rendu de ses travaux.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : LORRE C., « Henri de Morgan : l’inventeur d’El Adaïma (1854-1909) », In : Archéo-Nil, n°8, pp. 11-30, 1998.  

Media Name: carnet-fouilles_hdemorgan.jpg
© MAN - L. Hamon
Henri de Morgan

Grand donateur

Jacques Jean Marie de Morgan

3 juin 1857 à Huisseau-sur-Cosson – 12 juin 1924 à Marseille

Archéologue et préhistorien français

Formé par son père à l’observation de la nature, le jeune Jacques de Morgan met vite à profit ses premières explorations  et fréquente des savants renommés du milieu archéologique. Avec son père, il contribue à la découverte du site de Campigny (Seine-Maritime) daté du Néolithique. Dès 1882, muni du diplôme de l’école nationale des Mines, il part en prospection minéralogique dans les Indes anglaises puis, en 1884, dans la région de Pérak (presqu'île de Malacca, Malaisie).   Le passage à l’archéologie professionnelle En 1886, J. de Morgan est chargé d'une prospection pour la Compagnie des mines de cuivre d’Akhtala (Arménie). Après sa démission en 1888,  il se consacre exclusivement à l'archéologie. En août 1888, il repart d’explorer les villes antiques des côtes de la mer Noire et parcourt la Transcaucasie. Entreprenant des recherches archéologiques dans le massif du Lelwar, ses découvertes sont partagées entre le musée de Tiflis (actuelle Tbilissi) et le MAN. Fort de ce premier succès, il obtient une nouvelle mission pour explorer en vingt-sept mois la Perse et la Turquie d’Asie. De ce long voyage, l’archéologue rapporte un riche matériel archéologique, des relevés, des photographies et de très nombreuses observations géologiques, géographiques et linguistiques qu'il publie. Les résultats de cette mission  sont exposés au musée Guimet et poussent les autorités à le nommer directeur du Service des antiquités de l’Égypte alors qu’il n’est pas égyptologue. A la recherche de la préhistoire égyptienne Dès février 1892, J. de Morgan réorganise son nouveau service pour lui maintenir ses prérogatives face à l’administration anglaise. Il remet le musée de Gizeh en état : à l’automne 1892, quarante-six nouvelles salles sont ouvertes. Parallèlement, il entreprend le Catalogue des monuments et inscriptions de l’Egypte ancienne, en collaboration avec l’École française du Caire. Au cours de ses travaux, il fait des découvertes spectaculaires : le scribe accroupi (Ve dynastie) aujourd'hui conservé au musée égyptien du Caire, les mastabas de Kagemni et de Mérérouka (VIe dynastie) et les tombes du roi Hor et des princesses Méryt et Khnoumit (XIIIe dynastie) à proximité des pyramides de Dahchour… Dès 1896, il met en relation les découvertes de W.M.F. Petrie et celles d’É. Amélineau avec ses propres observations stratigraphiques de la vallée du Nil et contribue à la reconnaissance de la préhistoire égyptienne. De l’apogée d’une carrière à l’oubli En 1897, J. de Morgan prend la direction de la Délégation française en Perse et dirige la fouille de Suse jusqu'à sa démission en 1912. Très malade et aigri par l'opposition qu'il a suscitée au cours de sa carrière, il consacre la fin de sa vie à la rédaction d’ouvrages spécialisés et de romans historiques. A sa mort, Salomon Reinach souligne combien son souvenir subsistera “éternellement dans la mémoire des hommes (...) par les richesses archéologiques dont il a doté [les] Musées nationaux et la Science universelle”.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : « Caucase, Egypte et Perse : Jacques de Morgan (1875-1924), pionnier de l’aventure archéologique », In : Cahiers du Musée d’Archéologie Nationale, n°1, Editions La Simarre, 2009. GRAN-AYMERICH E., Naissance de l’archéologie moderne 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 1998.  

Morgan
© Bibliothèque nationale de France - Gallica
Jacques Jean Marie de Morgan

Grand donateur

Joseph Déchelette

1862 - Roanne (Loire) / 1914 - Vingré (Aisne), sur le front

Homme d'affaires et archéologue français

Issu d’une famille d’industriels du textile, il mène sa carrière scientifique tout en continuant à prendre part aux affaires familiales. Son cousin archiviste, Auguste Chaverondier, l'initie à l'archéologie et ils fouillent ensemble l'oppidum du Crêt Chatelard de 1872 à 1887. Il est considéré comme un des grands noms de la protohistoire française et le fondateur de l'archéologie celtique européenne. Il est le premier à caractériser l'art de cette civilisation.   Un spécialiste de la protohistoire En 1892, il devient conservateur du musée de Roanne. Il est membre actif de la Société éduenne et de La Diana de Montbrison. Il dirige les fouilles de l'oppidum de Bibracte de 1897 à 1901, puis en 1907. Il publie un Manuel d'archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine pour lequel il est récompensé en 1905 par la première médaille du concours des Antiquités de la France, qui lui est décernée par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il en est élu correspondant en 1911. Son manuel reste une référence pendant des décennies pour les recherches sur la Protohistoire européenne. Une innovation constante Il visite de nombreux musées et sites lors de ses voyages et fait de Bibracte une référence obligée pour la protohistoire européenne. Il met en œuvre la méthode comparative en réunissant et organisant les éléments de connaissance acquis dans toute l'Europe. L'influence de J. Déchelette est considérable en France comme à l'étranger. Une Europe déchirée et la reconnaissance de Déchelette au niveau international L'équilibre des nations en Europe est profondément modifié par la Première Guerre mondiale. Il s'agit d'un tournant décisif de l'histoire de l'archéologie. Le conflit provoque la mort de J. Déchelette en 1914 et la disparition de nombreuses sociétés savantes. Il avait directement contribué à renforcer et à élargir la coopération scientifique des chercheurs allemands et français. Sa mort suscite une grande émotion nationale et internationale. Il est considéré comme un héros de guerre.  Il donne ses lettres de noblesse à l'archéologie celtique en France et pense la Protohistoire de la même manière que J. de Morgan la Préhistoire. En 1916, C. Jullian confie à A. Grenier le soin de poursuivre son œuvre.  Son buste en bronze, réalisé par Benoît-Claude Champion, est inauguré le 23 juin 1920 dans la salle des antiquités gauloises du Musée des Antiquités nationales.    Pour aller plus loin : Archéologie de la Grande Guerre Présentation dans le cadre de L'objet du mois   Bibliographie : BRIERE J., MULTON H., OLIVIER L., « Le musée des Antiquités nationales et la Grande Guerre », In : Antiquités nationales, n°45, pp. 145-173, 2014. GRAN-AYMERICH E., Naissance de l’archéologie moderne 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 1998. GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001.  

Media Name: dechelette.jpg
© Roanne - Musée Joseph Déchelette - Bibliothèque
Joseph Déchelette

Grand donateur

Léon Henri-Martin

1864 - Paris / 1936 - Le Peyrat (Ariège)

Docteur en médecine et préhistorien français

Il est un des fondateurs de la Société préhistorique française en 1904. Il achète le gisement paléolithique de La Quina (Charente) et l'étudie pendant ses vacances de 1905 à 1914.   La Préhistoire : l'affirmation de sa seconde vocation En 1910, il devient Président d'honneur de la Société préhistorique française. Le 18 septembre 1911, il trouve le squelette d'une femme de Neandertal sur le site de La Quina. C'est essentiellement grâce à cette découverte que ce site devient célèbre. Il fait beaucoup d'autres découvertes importantes pour l'archéologie préhistorique dans sa carrière. Il organise un Laboratoire d'Etudes de Paléontologie Humaine au Peyrat où il met en œuvre l'étude de l'anatomie comparée.  Pendant la Première Guerre mondiale, il se porte volontaire comme médecin-major et est blessé deux fois. Il contracte la scarlatine à l'hôpital où il est soigné de sa première blessure. Travailleur infatigable et fouilleur passionné, il se consacre entièrement à la Préhistoire après la guerre.  Au Roc-de-Sers (Charente), il met au jour les ruines d'un vaste atelier-sanctuaire solutréen (22 000 - 17 000 BP). Ce type de témoignage reste presque inconnu pour cette époque de la Préhistoire. Il y découvre aussi des frises sculptées qui sont une de ses autres découvertes notoires.  En 1925, le laboratoire de La Quina est rattaché à l'Ecole pratique des Hautes-Etudes. Il produit de nombreux travaux sur l'évolution des industries osseuse et lithique dans le gisement moustérien (300 000 - 30 000 BP) de La Quina.  Il a donné ses collections à différents musées dont le Muséum national d'Histoire naturelle et le Musée des Antiquités nationales (1906). Une salle, aujourd'hui fermée, y portait son nom.    Pour aller plus loin : - Bibliographie : GROENEN M., Pour une histoire de la préhistoire, Grenoble, Editions Jérôme Million, 1994. « Séance du 25 juin 1936 », In : Bulletin de la Société préhistorique de France, Volume 33, n°6, pp. 353-371, 1936.   

Media Name: leon_henrimartin.jpg
© MAN
Léon Henri-Martin

Mégalithe

Denis Peyrony

1869 – Cussac (Dordogne) / 1954 – Sarlat (Dordogne)

Préhistorien français

L'instituteur des Eyzies Denis Peyrony commence sa carrière comme instituteur-adjoint aux Eyzies-sur-Tayac (Dordogne) en 1891, il se marie deux ans plus tard. Il suit aussi l’enseignement d’Emile Cartailhac. En 1894, il fait la connaissance du Dr Joseph Louis Capitan. Ils fouillent ensemble à La Ferrassie (Dordogne) où ils apprennent les bases de l’archéologie. Ils y travaillent pendant plus de 30 ans. Un travail à six mains En septembre 1901, année de la reconnaissance de l’art pariétal paléolithique, L. Capitan, H. Breuil et D. Peyrony découvrent les gravures de la grotte des Combarelles (Dordogne). Cette découverte est le point de départ de la collaboration entre les trois hommes. Ils publient ensemble plusieurs études comme celle sur la grotte du Font-de-Gaume (1910) ou celle des Combarelles (1924). La rivalité avec Otto Hauser En parallèle à son poste d’enseignant, il est correspondant de l’Ecole d’anthropologie et du Ministère de l’Instruction publique. Il devient ensuite membre non résident du Comité des travaux historiques. En 1907, un Suisse-Allemand du nom d’Otto Hauser s’installe aux Eyzies. Ce dernier loue et acquiert les principaux gisements préhistoriques de la région et les met en coupe réglée au profit des musées allemands. Denis Peyrony quitte l’enseignement en 1910 et est chargé par le Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts d’arracher les divers dépôts de Hauser à la fin de leur bail. Il procède également à des fouilles pour son compte. La lutte est longue et vive contre Hauser qui finit par fuir en août 1914. La création du Musée national de la Préhistoire L’Etat fait l’acquisition en 1913 des ruines du château des Eyzies qui est transformé en musée, appelé aujourd’hui le Musée national de la Préhistoire, et inauguré en septembre 1923. Ce musée a pour vocation de conserver, étudier et présenter le patrimoine archéologique local. Le 1er janvier 1928, D. Peyrony obtient le poste d’Inspecteur des Monuments préhistoriques et de conservateur au Musée de la Préhistoire. Il prend sa retraite en 1936 et est remplacé par son fils Elie. Il reste connu pour avoir établi la chronologie des Paléolithiques moyen et supérieur grâce à ses travaux sur La Ferrassie, Laugerie-Haute, Le Moustier et La Madeleine.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001.  ROUSSOT A., WHITE R., « Résumé de ma vie : une note autobiographique de Denis Peyrony », Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord, Tome 130, pp. 453-472, 2003. - Liens : http://musee-prehistoire-eyzies.fr/lhistoire-du-musee www.universalis.fr/encyclopedie/denis-peyrony/ www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Peyrony/137880  

Media Name: peyrony.jpg
© MAN
Denis Peyrony

Mégalithe

Georges Seure

1873 / 1944

Archéologue français

Un intérêt particulier pour la Thrace Il commence à fouiller en 1896 puis il devient membre de l’Ecole française d’Athènes de 1897 à 1900. Pendant cette période, il se consacre presque exclusivement à l’étude de la Thrace ancienne. Il fouille alors avec Alexandre Degrand, consul de France à Plovdiv (Bulgarie). Leur intérêt se porte sur les nombreuses collines artificielles qui parsèment les plaines balkaniques. Elles sont considérées soit comme des tumuli, soit comme des restes d’habitation par leurs contemporains. Partisans de la seconde hypothèse, il s’avère que Seure et Degrand se trompent car il s'agit bien de tombes. Les deux hommes sont parmi les premiers à s’intéresser à la « Culture des tells ». Les objets trouvés datent de la fin de l’époque néolithique et sont aujourd’hui exposés au Musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Certaines fouilles sont alors financées par le gouvernement bulgare lui-même. La controverse sur Troie Il prend également part, dans les années 1930, au débat concernant la découverte des ruines supposées de l’antique cité de Troie sur la colline d’Hissarlik. Il publie ainsi beaucoup sur le sujet comme en 1934 avec Autour de Troie, controverses. Il n’est pas partisan de l’affirmation d’Heinrich Schliemann.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : CHAPOT V., « La collaboration de George Seure au Journal des savants », In : Journal des savants, pp. 38-39, janvier-mars 1944. - Liens : http://musee-archeologienationale.fr/sites/musee-archeologienationale.fr/files/dp_grece_des_origines.pdf  

Media Name: le_journal_des_savants_bnf.jpeg
© Gallica
Georges Seure

Mégalithe

Joseph Philippe, dit abbé Philippe

1876 – Plasnes (Eure) / 1950 - certainement à Breuilpont (Eure)

Archéologue français

J. Philippe fait ses études secondaires au Petit Séminaire Saint-Aquilain, puis entre au Grand Séminaire Saint-Thaurin d’Evreux. Sa vocation pour l’archéologie nait à l’occasion d’une lecture alors qu’il est vicaire à Rugles.   Le Fort-Harrouard, le site d'une vie En 1901, il fait la connaissance d’un érudit de Pacy-sur-Eure, P. Chédeville, qui est féru d’archéologie. Cela décidera de l’orientation scientifique de son existence. Ce dernier avait commencé à fouiller au Fort-Harrouard (Eure-et-Loir) en 1897. Il convainc l'abbé Philippe d’y entreprendre des travaux méthodiques. Il débute cette exploration en 1903. Les fouilles sont subventionnées par le musée de Saint-Germain-en-Laye auquel les objets sont réservés. Le Fort-Harrouard est une importante station préhistorique. Il y a fouillé toute sa vie en s’interrompant uniquement pendant les deux guerres. Un archéologue actif en Normandie Grâce à sa méthode de fouille implacable, il dresse une chronologie très précise du site qui met en lumière ses phases d’occupation successives. Il publie plusieurs monographies sur le sujet dont Cinq années de fouilles au Fort-Harrouard (1927). Il fouille également des cimetières gallo-romains et mérovingiens de Croth, Bueil et de Mérey (Eure). Aux côtés de l’abbé Cochet, il est un des autres grands serviteurs de l’archéologie normande.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : LANTIER R., « L’abbé Joseph Philippe (1876-1950) », In : Gallia, Tome 7, Fascicule 2, p. 240, 1949. MILLOTTE J.-P., « Note sur les fouilles du Fort-Harrouard », In : Bulletin de la Société préhistorique de France, Tome 25, n°9, pp. 368-376, 1928.  

Media Name: abbe_philippe_man.jpg
© MAN
Joseph Philippe, dit abbé Philippe

Grand donateur

Henri Breuil, dit abbé Breuil

1877 - Mortain (Manche) / 1961 - L'Isle-Adam (Val-d'Oise)

Préhistorien français

Il fait ses études au collège des maristes de Senlis et au Grand Séminaire d'Issy-les-Moulineaux. En 1897, il voyage à Brive et dans les Pyrénées avec l'abbé J.-M. Bouyssonie. Ils visitent les cavernes de la vallée de Planchetorte et les Eyzies-de-Tayac (Dordogne). H. Breuil y rencontre Emile Rivière, François Daleau et Edouard Piette. Ils deviennent amis et collaborateurs.   La grotte d'Altamira En 1901, il entreprend, avec E. Cartailhac, de faire officiellement reconnaître l'art pariétal d'Altamira (Espagne). Il en résulte un ouvrage intitulé La Caverne d'Altamira à Santillana près Santander. De 1905 à 1910, il enseigne la préhistoire à l'Université de Fribourg en Suisse. Lors du congrès de Genève de 1911, il établit l'Aurignacien (39 000 - 29 000 BP). La conception du Paléolithique supérieur est alors complètement renouvelée. La coopération franco-espagnole 1910 marque le début de la coopération franco-espagnole. Cette année voit aussi la création à Paris de l'Institut de paléontologie humaine grâce au mécénat du prince de Monaco. H. Breuil y occupe la chaire d'ethnographie préhistorique jusqu'en 1961. En 1914, H. Breuil participe à la création à l'Université de Madrid du premier enseignement de préhistoire. La chaire d'histoire primitive de l'homme est alors confiée à Hugo Obermaier. Pendant la Première Guerre mondiale, l'abbé Breuil est mobilisé et affecté au Service d'Information navale de l'Ambassade de France à Madrid. Il y rencontre Raymond Lantier. Ils accomplissent ensemble des missions d'exploration en Espagne. Après 1918, il est un des acteurs de la nouvelle impulsion que connaît l'archéologie préhistorique en Afrique du Nord. Il effectue de nombreux voyages sur ce continent tout au long de sa carrière. Un homme de terrain concerné par l'enseignement En 1929, l'enseignement officiel de la préhistoire est mis en place au Collège de France par H. Breuil. Il est ensuite professeur à l'Université de Bordeaux de 1935 à 1940. En 1938, il est élu à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Le 21 septembre 1940, il est appelé à Lascaux où l'on vient de découvrir la célèbre grotte. L'affirmation institutionnelle de la Préhistoire A partir de 1945, il est responsable de la sous-commission du CNRS intitulée "Préhistoire et Amérique". H. Breuil, L. R. Nougier et A. Leroi-Gourhan sont à l'origine de centres régionaux d'études préhistoriques lancés par la Société préhistorique française en 1947. Ces derniers ont pour but de promouvoir les techniques de fouille spécifiques à l'archéologie préhistorique. La pratique de la préhistorique possède dès lors toutes les institutions qui lui manquaient. En 1952, il publie le bilan de ses recherches dans Quatre Cents siècles d'art pariétal. Les cavernes ornées de l'âge du renne. Il est surnommé "le pape de la préhistoire".    Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Naissance de l’archéologie moderne 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 1998. GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001.  « Nécrologie abbé Breuil », In : Bulletin de la Société préhistorique de France, Volume 58, n°11-12, pp. 650-653, 1961.  SCHNAPP A., La conquête du passé. Aux origines de l’archéologie, Paris, Editions Carré, 1998.    

Abbé Breuil
© MAN
Henri Breuil, dit abbé Breuil

Mégalithe

Louis-René et Suzanne-Raymonde de Poilloüe, comte et comtesse de Saint-Périer

1877 - près de Chambord / 1950 - Morigny-Champigny (Essonne)
1890 - Paris / 1978 - Morigny-Champigny

Archéologues français

Un comte passionné d'archéologie René de Poilloüe, comte de Saint-Périer, fait ses études de médecine de 1898 à 1903. Il se passionne pour l’archéologie en 1911. Il réalise des fouilles à Souzy (Rhône) en 1912 et met au jour un ensemble exceptionnel de mosaïques gallo-romaines. Le site est important car on y découvre une tête de statuette hellénistique. Son grand-père avait commencé à le défricher dès 1865. Il passe également un bail avec la commune de la grotte des Rideaux (Lespugue, Haute-Garonne) afin d’en avoir l’exclusivité. En 1912, il commence à fouiller la grotte des Bœufs (Jura) et la grotte des Harpons (Haute-Garonne). Une rencontre décisive... Pendant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé comme médecin-major. Il rencontre alors Suzanne-Raymonde François, une infirmière agrégée de grammaire et passionnée d’histoire de l’art. Ils se marient après le conflit. Ils explorent ensemble des sites du Sud-Ouest et de Seine-et-Oise car ils vivent au château de Morigny. En 1920-21, R. de Saint-Périer reprend ses publications et les fouilles d’avant-guerre. A partir de 1928, le couple fouille la grotte d’Isturitz (Pyrénées-Atlantiques), il s’agit de son chantier le plus important avec celui de Lespugue. Un soutien sans faille et une continuatrice assidue Suzanne-Raymonde passe la majeure partie de sa vie à aider son mari dans ses campagnes de fouilles. C’est à elle que l’on doit, par exemple, la découverte de la Vénus de Lespugue (1922). Une excellente publication fera suite à cette découverte. Le couple installe dans son château des vitrines afin d’exposer ses collections préhistoriques. S. de Saint-Périer se faisait toujours un plaisir de les montrer à ses visiteurs ou à des lycées et des étudiants. Après la mort de son mari, elle continue ses travaux et à s’intéresser à la préhistoire. A la suite du décès de Suzanne de Saint-Périer, la collection du couple rejoint le Musée des Antiquités nationales. Cependant, certains objets furent donnés à d’autres musées comme c’est le cas pour la vénus de la grotte des Rideaux qui est conservée au Musée de l’Homme.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : FEREMBACH D., « Nécrologie – Madame de Saint-Périer (1890-1978) », In : Bulletins et Mémoires de la Société d’anthropologie de Paris, XIIIe série, Tome 5, Fascicule 1, p. 13, 1978. GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. - Liens : http://www.leparisien.fr/espace-premium/essonne-91/un-tresor-que-l-on-doit-au-couple-saint-perier-18-12-2012-2415825.php https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00911571  

Louis-René et Suzanne-Raymonde de Poilloüe, comte et comtesse de Saint-Périer

Grand donateur

Raymond Lantier

1886 - Lisieux (Calvados) / 1980 - Le Vésinet (Yvelines)

Préhistorien, historien de l'Antiquité romaine, historien de la Gaule et hispanisant français

Au cœur de la collaboration franco-hispanique Il alimente la "chronique ibéro-romaine" du Bulletin hispanique. C'est un exemple de la collaboration des chercheurs espagnols et français. Ce travail collectif se fait essentiellement dans le cadre de l'Ecole des Hautes-Etudes hispaniques. Il est également membre de la Casa Velázquez. Pendant la Première Guerre mondiale, R. Lantier intègre l'Institut français de Madrid et collabore à la diffusion de la propagande française avec l'abbé Breuil. Il est mobilisé et affecté au Service d'information navale de l'Ambassade de France à Madrid. Un homme au service de l'archéologie En 1918, il poursuit l'"inventaire de monuments sculptés pré-chrétiens de la péninsule ibérique" qu'avait entrepris E. Albertini. Deux ans plus tard, son intérêt se porte sur l'archéologie de l'Afrique du Nord, alors en pleine expansion, et plus précisément sur celle de Tunisie. En 1934, il mesure le retard de la France en matière d'organisation et de législation archéologique. La création en 1939 du CNRS et de la XVe commission pour les "fouilles archéologiques en France métropolitaine" est pensée comme la solution à ces problèmes. Raymond Lantier dénonce à la fois le manque de cohérence des institutions centrales et le centralisme inefficace. De plus, jusqu'en 1939, l'archéologie à l'étranger reste favorisée. Malgré les efforts pour que l'archéologie nationale rattrape son retard, les archéologues dits classiques gardent l'avantage sur les préhistoriens. En 1943, A. Grenier, R. Lantier et R. Vaufrey soulèvent la question de l'initiation aux techniques de fouille et suggèrent la publication de manuels qui s'inspirent de ce qui est déjà produit en Angleterre ou en Espagne. 1945 est un tournant pour les sciences humaines, et plus particulièrement pour l'archéologie préhistorique et métropolitaine, dont les besoins sont considérables et soulignés avec insistance. À Saint-Germain-en-Laye En 1932, Raymond Lantier devient le conservateur en chef du musée de Saint-Germain-en-Laye. De plus, il est un des représentants de la tendance sociologique, ce qui n'est pas le cas de tous les préhistoriens qui lui sont contemporains. Sous sa direction, le musée augmente ses collections. Il occupe ce poste jusqu'en 1956.    Pour aller plus loin : - Fonds Lantier de l'Institut de France : 14-18.institut-de-france.fr/fonds-lantier.php. - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Naissance de l’archéologie moderne 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 1998.  GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001.  

Media Name: Portrait de Raymond Lantier
© Fonds Lantier. Institut de France
Raymond Lantier

Grand donateur

Dorothy Annie Elizabeth Garrod

5 mai 1892 - Londres / 18 décembre 1968 - Cambridge

Archéologue britannique

Née dans une famille de médecins, Dorothy Garrod choisit d’étudier l’histoire. Elle est admise à l’Université de Cambridge et est reçue Bachelor of Arts pendant la Première Guerre mondiale. Elle s’engage et travaille dans les cantines de l’armée jusqu’en 1919. Ayant développé, tout au long de sa carrière, de fructueuses collaborations internationales, Dorothy Garrod est une pionnière des études préhistoriques au Proche-Orient.  Ses travaux en France et au Proche-Orient En 1921, diplômée d’anthropologie, elle se rend en France où elle rencontre l’abbé Breuil à Niaux (Ariège) et aborde l’étude du Paléolithique. Elle s’initie ensuite à l’archéologie de terrain en fouillant à La Quina (Charente) avec L. Henri-Martin. En 1926, elle dirige sa première fouille à Gibraltar où elle découvre un crâne d’enfant néanderthalien associé à des outils moustériens. Reconnaissant ces premières expériences, la British School of Archaeology de Jérusalem lui confie l’exploration de la grotte de Shukbah, dans les collines de Judée, dès 1928 . Elle y découvre le Mésolithique palestinien qu’elle appelle le Natoufien. La consécration Elle commence à mener des travaux dans les grottes du mont Carmel à partir de 1929. Elle y conduit sept campagnes dont le but est de trouver le lien manquant entre les cultures paléolithiques du Proche-Orient et celles d’Europe. Par la suite, elle rentre en Grande-Bretagne où elle est nommée professeur à Cambridge. D. Garrod est alors la première femme à enseigner dans une université aussi prestigieuse. Une amie et collègue : Suzanne Cassou de Saint-Mathurin Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle travaille au Centre d’interprétation photographique de l’armée de l’air. Elle fait la connaissance de Suzanne Cassou de Saint-Mathurin en 1948 et renonce à l’enseignement au profit de la recherche. Les deux femmes fouillent ensemble à La Quina et à Angles-sur-l’Anglin où elles découvrent entre autre une frise sculptée du Magdalénien, dont de nombreux fragments sont exposés au MAN.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. - Liens : http://trowelblazers.com/dorothy-garrod/ https://www.prm.ox.ac.uk/dgarrod.html http://www.persee.fr/doc/bmsap_0037-8984_1925_num_6_1_8964 http://www.anglessuranglin.com/le-village/roc-aux-sorciers    

Dorothy Annie Elizabeth Garrod

Mégalithe

Claude Frédéric-Armand Schaeffer

6 mars 1898 – Strasbourg (Bas-Rhin) / 25 août 1982 – Saint-Germain-en-Laye

Archéologue orientaliste français

Un archéologue alsacien Fils d’industriel, il se passionne rapidement pour l’archéologie. Après des études à l’université de Strasbourg puis à Oxford, Claude Schaeffer s’intéresse d’abord à l’étude de la protohistoire régionale et publie plusieurs contributions à l’archéologie alsacienne. Entre 1926 et 1930, il se consacre à la publication de la collection Nessel provenant de l’exploration de tumuli de la forêt de Haguenau (Bas-Rhin) qui le fait reconnaître comme l’un des meilleurs et des plus actifs archéologues de sa génération. Ougarit : le site d'une carrière En 1924, il devient conservateur du Musée archéologique et du cabinet de numismatique de la bibliothèque universitaire de Strasbourg. Au printemps 1928, près du port de Lattaquié (Syrie), un paysan met au jour un tombeau construit en pierre, qui s’avère être du Bronze récent. C’est en 1931 que le site de Ras Shamra est formellement identifié comme étant celui de l’antique Ougarit, où Claude Schaeffer mènera 32 campagnes de fouilles régulièrement publiées sur plus de quarante années d’activité. A la recherche de l’âge du bronze en Méditerranée orientale Nommé conservateur-adjoint au Musée des Antiquités nationales en 1933, poste qu’il occupera jusqu’en 1946, Claude Schaeffer partage son temps ente le musée et les travaux de terrain. Dès les années 1930, il entreprend notamment des fouilles à Chypre qu’il développera encore davantage, particulièrement à Enkomi, après la Seconde Guerre mondiale. Répondant à l’appel du Général de Gaulle, il décide de rejoindre la Marine française libre en Grande-Bretagne. Au lendemain de la victoire, il est nommé directeur de recherche au sein du tout récemment créé Centre national de la Recherche Scientifique (CNRS) et publie en 1948 l’énorme somme Stratigraphie comparée et chronologie de l’Asie occidentale (IIIe et IIe millénaire), Syrie, Palestine, Asie Mineure, Chypre, Perse et Caucase, rassemblant le fruit de ses lectures pendant la guerre et de ses recherches en Asie occidentale entre 1929 et 1939. A l’École du Louvre, il succède à Raymond Lantier comme professeur de préhistoire européenne et d’archéologie nationale (1951-1954). Élu membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et professeur au Collège de France en 1953, Claude Schaeffer y enseignera pendant quinze ans tout en continuant ses fouilles. Il consacre les dernières  années de son existence à la préparation du  Corpus des cylindres-sceaux de Ras Shamra-Ougarit et d’Enkomi-Alasia, qu’il parvient à publier avant sa mort.   Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001.  WILL E., « Nécrologie : Claude Schaeffer (1898-1982) », In : Syria, Tome 60, Fascicule 3-4, pp. 343-345, 1983. - Liens : www.universalis.fr/encyclopedie/claude-schaeffer/ https://salamandre.college-de-france.fr  

Claude Frédéric-Armand Schaeffer

Personnage du musée

Suzanne Cassou de Saint-Mathurin

1900 - Mung (Charente-Maritime) / 1991 Préhistorienne française.

Suzanne Cassou de Saint-Mathurin ne s'intéresse que tardivement à la Préhistoire. Dans un premier temps, elle entreprend des études littéraires, qui la conduisent à Saint-Pétersbourg, où elle travaille sur la correspondance de Diderot avec l'impératrice Catherine II de Russie.   Une première rencontre décisive : l'abbé Breuil Juste avant la Seconde Guerre mondiale, Suzanne Cassou de Saint-Mathurin rencontre l'abbé Breuil et elle reclasse avec lui les collections de l'art préhistorique conservées au Museum d'Histoire naturelle de Bordeaux. Elle s'occupe notamment du mobilier archéologique du gisement de Pair-non-Pair (Gironde). Elle accompagne encore l'abbé Breuil lorsqu'il examine les découvertes de la grotte de La March, dans la Vienne. Une collaboration féminine unique à l'époque En 1946, elle prend connaissance des travaux menés dans la Cave de Taillebourg, au Roc-aux-Sorciers, à Angles-sur-l'Anglin (Vienne). Elle repère les lieux, découvre un bloc gravé et réalise un premier sondage. Elle présente le mobilier qu'elle a recueilli à Dorothy Garrod, professeur d'archéologie à université de Cambridge, et propose à cette dernière de poursuivre les recherches avec elle.  Ensemble, elles entreprennent la fouille du Roc-aux-Sorciers de 1947 à 1957, puis de façon moins intensive jusqu'en 1964. Elles poursuivent le dégagement de la Cave Taillebourg, où elles trouvent d'autres blocs sculptés et où elles reconnaissent un bison en relief resté en place sur la voûte. Cette sculpture confirme l'existence d'un art pariétal en partie effondré dans cet abri. Dès 1950, elles aperçoivent un petit renfoncement en aval et découvrent l'Abri Bourdois, où elles mettent au jour la frise sculptée pariétale, toujours en place.  Par la suite, Suzanne Cassou de Saint-Mathurin effectue régulièrement des séjours dans le Centre-Ouest de la France et participe activement à la vie scientifique du laboratoire de préhistoire du gisement de La Quina, fondé par le docteur Léon Henri-Martin puis animé par sa fille, Germaine. Les donations de Suzanne Cassou de Saint-Mathurin Dans un premier temps, en 1973, Suzanne de Saint-Mathurin donne au musée de Saint-Germain-en-Laye les blocs sculptés d'Angles-sur-l'Anglin. Dans un second temps, à son décès en 1991, elle lui lègue le mobilier archéologique provenant de la même ville et l'ensemble de la documentation archéologique s'y afférant, ainsi que ses archives et sa bibliothèque. De plus, elle lègue à l'Etat la reconstitution de la tête d'homme gravée et peinte d'Angles-sur-l'Anglin, dont elle avait fait l'acquisition.    Pour aller plus loin : - Bibliographie : « Vie de la Société », In : Bulletin de la Société préhistorique française, Volume 88, n°6, pp. 162-163, 1991. - Liens : Portrait de Suzanne Cassou de Saint-Mathurin. Catalogue numérique RMN : www.catalogue-roc-aux-sorciers.fr Les abris sculptés de la Préhistoire. Collection Grands sites archéologiques : www.sculpture.prehistoire.culture.fr  

Media Name: hist_suzanne_cassou_saint_mathurin.jpg
© MAN - Fonds Suzanne Cassou de Saint Mathurin
Suzanne Cassou de Saint-Mathurin