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Naviguer à l’âge du Bronze

Les bateaux de Ferriby, Douvres et Zambratija

La navigation et les échanges maritimes en Europe et Méditerranée sont un élément-clé abordé par l’exposition  Les maîtres du feu, l’âge du Bronze en France, 2300-800 av. J.-C  présentée au MAN du 13 juin 2025 au 9 mars 2026.

Trois bateaux cousus, trois traditions maritimes européennes de l’âge du Bronze, trois exemples de navigation sont ainsi exposés à travers trois épaves majeures, Zambratija (Croatie), Douvres (Angleterre) et Ferriby (Angleterre), qui permettent de retracer l’émergence et la diversité des traditions techniques navales en Europe au cours du IIe millénaire av. J.-C. Toutes trois présentent la particularité d’être des bateaux cousus, c’est-à-dire construits sans clous ni assemblages métalliques, mais au moyen de ligatures végétales ou en fibres naturelles. Leurs différences sont tout aussi significatives que leurs points communs.

Ferriby : les pionniers de l'estuaire

Les épaves de Ferriby, cinq au total, ont été découvertes entre 1937 et 1989 sur la rive nord de l’estuaire de la Humber, dans le Yorkshire, en Angleterre. Datées de 2030 à 1680 av. J.-C., il s’agit des plus anciens bateaux à planches cousus d’Europe. Ils étaient construits en planches de chêne, et mesuraient à l’origine près de 16 mètres de long pour une largeur maximale d’environ 2,5 mètres. Ils présentaient des formes courbes, un joint de type « boîte » (box scarfing) pour former une quille, et les planches étaient ajustées selon une tradition de construction sophistiquée et cousues entre elles avec une corde épaisse faite à partir de rameaux de saule souples et solides, utilisés aujourd’hui encore en vannerie. Les intervalles étaient calfatés (procédé d’étanchéité) avec de la mousse. Des couples et des traverses apportaient de la rigidité à l’ensemble.

Ces bateaux servaient probablement au transport de marchandises, comme l’ambre et les métaux qui étaient échangés en mer du Nord et dans la Manche, Les constructeurs de ces bateaux étaient à la fois des techniciens, des marins et des pionniers. Leur style d’assemblage indique une maîtrise technique avancée et un investissement communautaire important, à relier à une économie régionale structurée dès le Bronze ancien.

Bateau Ferriby
Bateau Ferriby, Grande-Bretagne, culture Bell Beaker, âge du Bronze, vers 2000 av. © Jennifer Petrie (CC BY-SA 2.5)

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Zambratija : un bateau cousu méditerranéen

L’épave de Zambratija, découverte en 2008 sur la côte nord-ouest de la péninsule istrienne, près d’Umag, en Croatie, a été découvert à environ 150 mètres du rivage dans la baie de Zambratija. Il est daté entre 1264 et 1056 av. J.-C., ce qui en fait le plus ancien bateau cousu connu en Méditerranée. Sa taille actuellement conservée est de 6,7 mètres de longueur pour une largeur maximale de 1,6 mètre. Il s'agit cependant d'une portion incomplète de l’embarcation ; sa longueur originale devait être supérieure, mais elle n'est pas encore précisément estimée en l'état actuel des recherches

Entièrement assemblé sans clous ni métal, le bateau de Zambratija est constitué de planches d’orme cousues avec des fibres végétales, calfatées avec une matière organique, et renforcées par des éléments en sapin. L’absence de quille, la structure plate et l’utilisation probable de pagaies en font une embarcation parfaitement adaptée aux eaux peu profondes côtières ou lagunaires. Des fouilles sous-marines menées entre 2008 et 2013 ont permis d’enregistrer l’épave par photogrammétrie et d’observer une technique de construction unique en Adriatique. Le site est protégé depuis 2010.

Ce bateau, qui a pu transporter jusqu’à 15 personnes, témoigne d’une tradition maritime protohistorique originale et d’échanges actifs avec l’Italie et l’Égée à la fin de l’âge du Bronze.

Épave de Zambratija
Épave de Zambratija, découverte en Croatie dans le cadre du programme ADRIBOATS, date de la fin de l'âge du Bronze (1150-1000 avant notre ère) © CNRS/Philippe GROSCAUX

Douvres : le chef-d’œuvre cousu de la Manche

Le bateau de Douvres, a été découvert en 1992 lors de travaux de construction dans le centre-ville. Il est daté de 1550 av. J.-C. et constitue l’exemple le plus complet d’un bateau cousu océanique. Ce bateau en chêne présente une technique cousue complexe, avec coutures obliques, mousse de calfatage et cloison transversale. Il témoigne d’une tradition hauturière qui suggère des échanges transmanche soutenu et l’existence d’une véritable communauté maritime protohistorique entre le Kent, la Flandre et le Pas-de-Calais. Son étude a pu être complétée par la construction d’une réplique qui a permis de tester sa navigabilité dans la Manche. Elle est actuellement visible dans la cour du château de Saint-Germain-en-Laye ».

Découvrez la reconstitution dans la cour du château

 

 Extrémité sud du bateau de Douvres en cours de fouille
Extrémité sud du bateau de Douvres en cours de fouille © Andrew Savage/Canterbury Archaeological Trust

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Ces trois bateaux illustrent une même solution technique (le système des planches cousues), développée indépendamment ou parallèlement en contextes différents autour de la Manche, de la Mer du Nord et en Méditerranée orientale.

Le bateau cousu n’est pas une technique archaïque, mais un choix efficace adapté à des environnements spécifiques (bois souples, absence de métal, navigation douce).

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