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Les collections archéologiques

Le premier Moyen Âge
Bijoux du cimetière wisigoth d'Estagel MAN/Valorie Gô
Bijoux du cimetière wisigoth d'Estagel
Bijoux du cimetière wisigoth d'Estagel MAN/Valorie Gô
Bijoux du cimetière wisigoth d'Estagel
Bijoux du cimetière wisigoth d'Estagel
Bijoux du cimetière wisigoth d'Estagel
Bijoux

Bijoux du cimetière wisigoth d'Estagel

 

Après la mise à sac de Rome en 410, les Wisigoths pénètrent en Gaule en 413 et s’y établissent en 419. L’empereur Flavius Honorius leur concède une partie de l’Aquitaine et Toulouse devient leur capitale. Le cimetière d’Estagel, dans les Pyrénées-Orientales, rend compte de leurs coutumes funéraires et vestimentaires.

UN CIMETIERE WISIGOTH A ESTAGEL

Situé au lieu-dit Las Tumbas, à environ 300 m du village d’Estagel (Pyrénées-Orientales), un cimetière wisigoth est mis au jour au milieu du XIXe siècle, sous le Second Empire, alors que le propriétaire du terrain découvre, en déracinant une souche, une première sépulture. Par la suite, en 1888, à l’occasion de la plantation de vignes, M. Body, alors notaire à Estagel, fouille une trentaine de sépultures. Des recherches archéologiques sont ensuite menées, entre 1935 et 1937, puis entre 1946 et 1948, par Raymond Lantier, l’un des anciens conservateurs du musée d’Archéologie nationale. Le mobilier des 200 sépultures découvertes est alors naturellement envoyé au musée pour y être présenté au public.

Les sépultures sont groupées densément et la nécropole est organisée selon des alignements parallèles. Composées en général d’une fosse dans laquelle sont disposées des dalles de schiste, formant une sorte de cercueil, les sépultures accueillent des défunts habillés, inhumés avec leurs parures et des objets d’usage domestique. Malgré une certaine pauvreté, le mobilier est très homogène, et caractérisé par l’absence de céramique et d’armement.

DES PARURES FEMININES REMARQUABLES

Les tombes de femmes et d’enfants sont plus nombreuses que celles des hommes, mais manifestent généralement la même modestie dans leur mobilier funéraire. Néanmoins, deux sépultures féminines se distinguent par des parures tout à fait exceptionnelles.

Couverte par une dalle en schiste de 2,20 m de long et 0,75 m de large, la sépulture n°8 du cimetière d’Estagel, longue de 2 m et large en moyenne de 0,65 m, est découverte lors des fouilles de 1935-1937. Les inventeurs mettent au jour, au niveau de la ceinture de la défunte, une grande plaque-boucle rectangulaire en bronze à décor de verroteries bleues et jaunâtres cloisonnées (MAN77266.a). Très populaire au haut Moyen Âge, cette technique consiste à réaliser des décors à l’aide de parois verticales entre lesquelles on vient insérer des gemmes ou des verroteries. Quatre caissons renferment une étoile à huit branches et l’ardillon est terminé par une tête d’ophidien stylisée. Sur l’épaule gauche de la défunte est découverte une grande fibule ansée en bronze à cinq digitations (MAN77266.b). Rehaussée de verroteries, la fibule présente un décor constitué de motifs en forme de spirales. Au niveau du cou, les fouilleurs exhument des éléments d’un collier : trois perles de verre côtelées (MAN77266.c) et une petite monnaie de Constantin (MAN77266.d).

Fouillée quant à elle pendant les campagnes de 1946-1947, la sépulture n°117 est également attribuée à une femme. Au moment de la découverte, une paire de fibules ansées dissymétriques à têtes d’oiseaux (MAN78596.1 et 2) repose sur le torse de cette dernière. S’ajoutent au mobilier de cette sépulture une épingle gravée de zigzags et quelques perles, une boucle en fer, ainsi qu’une petite boucle de chaussure en alliage cuivreux.

UNE MODE ORIGINALE

Le mobilier funéraire du cimetière d’Estagel, notamment les fibules digitées à arc et les plaques-boucles rectangulaires décorées de verroteries, relève indiscutablement de la civilisation wisigothique. Si les dépôts funéraires sont assez rares dans la nécropole, certaines sépultures féminines se distinguent par des parures rares, d’autant que les fibules sont rarement retrouvées en Septimanie (Languedoc-Roussillon actuel).

De formes caractéristiques des régions à peuplement wisigothique, ces fibules étaient façonnées et portées par paire. Contrairement aux Francs, les femmes wisigothes ne les portaient pas à la taille mais au niveau de l’épaule. En effet, elles suivaient une coutume d’origine germanique orientale qui consistait à porter deux grandes fibules sur les épaules, la tête vers le bas, ainsi qu’une large plaque-boucle de ceinture à la taille. Cependant, les études menées en 2011 par Antoinette Rast-Eicher sur les restes de textiles découverts à Estagel ont démontré que les tissus portés par les défunts, eux, étaient clairement de tradition romaine. Cette mode très particulière, à la croisée des influences gothiques et romaines, changea définitivement au milieu du VIe siècle apr. J.-C., après que le royaume wisigoth ait été conquis par Clovis, déclenchant le déplacement d’une partie de la population, à franchir les Pyrénées et à s’installer en Espagne.

BIBLIOGRAPHIE

HAMONIC, Fanny. Un anniversaire wisigoth. In : Archéologia, janvier 2020, n°583, p. 24-25.

LANTIER, Raymond. Le cimetière wisigothique d’Estagel. In : Gallia, 1943, n°1.1, p. 153-188.

LANTIER, Raymond. Nouvelles fouilles dans le cimetière wisigothique d'Estagel (Pyrénées-Orientales). In : Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1947, n°91.1, p. 226-235.

LANTIER, Raymond. Fouilles dans le cimetière wisigothique d'Estagel (Pyrénées-Orientales). In : Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1948, n°92.2, p. 154-163.

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