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Les collections archéologiques

Le premier Moyen Âge
Plaques-boucles à motifs chrétiens ©MAN / Valorie Gô
Plaques-boucles à motifs chrétiens
Plaques-boucles à motifs chrétiens ©MAN / Valorie Gô
Plaques-boucles à motifs chrétiens
Plaques-boucles à motifs chrétiens
Plaques-boucles à motifs chrétiens
Accessoires du costume

Plaques-boucles à motifs chrétiens

En mars 2017, le musée d’Archéologie nationale se portait acquéreur en vente publique de deux plaques-boucles à motif chrétien. Découvertes entre 1888 et 1914 par George Lafay, alors directeur du musée de Mâcon, au cours de dragages de la Saône, elles sont probablement issues de sépultures installées sur le territoire des communes de Sancé et de Mâcon (Saône-et-Loire). Elles sont datées du VIe siècle malgré un contexte de découverte peu documenté.

LES PLAQUES-BOUCLES MÉROVINGIENNES

Les plaques-boucles de ceinture, composées d’une boucle servant à attacher la lanière de l’objet - parfois elle-même ornée d’une contreplaque - et d’une plaque décorative, servent à maintenir les larges ceintures de cuir portées à l’époque franque. Des objets livrés par les fouilles des cimetières mérovingiens, elles sont parmi les plus nombreux. Beaucoup n’ont qu’un rôle décoratif, mais d’autres proposent des motifs chrétiens très importants pour comprendre les mentalités religieuses durant cette période, où composent parfois étroitement traditions païennes, superstitions et christianisme. Les plaques-boucles de type rectangulaire, comme celle-ci, proviennent généralement de Burgondie et sont datées autour du VIe siècle.

DEUX IMAGES COMPLEXES

Parmi les images les plus récurrentes, on trouve la scène biblique du prophète Daniel jeté dans la fosse aux lions. Il s’agit probablement du décor de la plaque n° 91804 où l’on peut voir Daniel, les bras levés vers le ciel, encadré par deux animaux monstrueux. Plutôt que des lions, on peut aussi interpréter ces animaux comme des griffons (créatures légendaires à tête d’aigle et au corps de lion) en adoration, auquel cas, le personnage central ne serait pas Daniel, mais le Christ lui-même.

Sur la plaque n° 91805 figurent, à gauche, deux personnages dont les visages sont très schématisés (deux points pour les yeux, un triangle pour le nez et la bouche). Celui de gauche se tient debout, le corps de trois-quarts, la main droite tenant ce qui semble être un siège, et sa coiffure est sommairement évoquée par quelques traits. Le siège sur lequel est assis le personnage est décoré de quatre croix. Pratiquement assis de profil, il tend les bras, comme pour montrer ou tenir quelque chose. Entre sa coiffure, haute, évoquant une couronne, et celle du personnage le plus à gauche, on distingue à l’arrière-plan une sorte de disque. Ses pieds reposent sur une plateforme surélevée marquée d’une frise en dents de scie sur laquelle s’avancent trois personnages. Ces derniers semblent porter quelque chose au niveau de la poitrine. Un défaut de fonderie au centre de la plaque rend la lecture de la scène difficile, mais pourrait être interprété comme un personnage plus petit, tenu par le personnage trônant.

UN ÉPISODE CÉLÈBRE 

La scène de la plaque n°91805 est interprétée par Édouard Salin (1889-1970) comme la représentation des Mages devant Hérode. Assis et trônant, couronne sur la tête, il indiquerait le chemin à suivre, symbolisé par l’étoile d’où sortent des rayons. Si cette interprétation est plausible, les comparaisons avec des scènes plus claires et de même époque donnent plutôt raison à l’archéologue allemand Joachim Werner (1909-1994), qui y voit une représentation de l’Adoration des Mages.

Tirée de l’Évangile, l’histoire raconte que les Mages, guidés par une étoile, voyagèrent depuis Jérusalem pour apporter leurs offrandes au Christ nouveau-né. Sur la plaque de Sancé, trois d’entre eux se dirigent vers la Vierge, qui tient dans ses bras l’Enfant. Derrière elle se tiendrait Joseph. Il s’agirait donc d’une épiphanie, ou manifestation divine, qui évoque l’incarnation du Christ et la promesse de salut, mais aussi, à travers la figuration des Mages, la conversion des païens. Ces thèmes sont très symboliques à une époque où la religion chrétienne continue de se diffuser largement.

BIBLIOGRAPHIE 

GAILLARD de SEMAINVILLE, Henri. Les cimetières mérovingiens de la côte chalonnaise et de la côte mâconnaise. Dijon : Revue archéologique de l’est et du centre-est, 1980, p. 90, pl. 5-10 (Revue archéologique de l’est et du centre-est, suppl. 3).

GAILLARD de SEMAINVILLE, Henri. Les plaques-boucles mérovingiennes ornées d’une croix encadrée par deux griffons : à propos d’une découverte faite à Fleury-sur-Ouche (Côte-d’Or). In : Revue archéologique de l’est, 2010, n°182, p. 585-602.

JEANTON, Gabriel. et LAFAY, George. Nouvelles découvertes archéologiques faites dans la Saône en aval de l’île Saint-Jean près de Mâcon. In : Bulletin de la Société Préhistorique française, 1917, n°14, p. 204, fig. 94.

WERNER, Joachim. Die Ausgrabungen in St-Ulrich und Aura in Augsburg (1961-1966), Munich, 1976, p. 330-331, pl. 104.1. et 105.1.

 

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