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Ceinture articulée en bronze du Theil

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© RMNGP(MAN)

Découverte en 1875 près de Theil (Loir-et-Cher), apparemment associée à un casque en bronze, un ciseau à bois, une hache à aileron, un moule de hache en pierre, deux perles en ambre et une applique en or à décor estampé, cette très belle ceinture en bronze est un élément de parure féminine assez exceptionnelle.

Les objets de l’âge du Bronze mis au jour en 1875 au Theil (Loir-et-Cher) constituent une découverte aussi importante que mal connue. L’absence de documentation ou de relevé précis ne permet pas de caractériser le contexte de cette découverte ; or, cet ensemble réuni des objets hors du commun, qui ne sont habituellement pas associés dans les dépôts ou dans les sépultures de l’âge du Bronze. Ils peuvent être répartis en deux lots : le premier rassemble le mobilier généralement perçu comme typiquement masculin : casque en bronze, hache à aileron, moule de hache et ciseau à bois. Le second ensemble contient quant à lui des parures dites féminines comme les perles en ambre, l’applique en or décorée et surtout la ceinture de bronze articulée.

UNE CEINTURE ARTICULÉE

La ceinture du Theil est constituée de trois rangs de maillons plats de forme rectangulaire et d’anneaux alternés à laquelle sont suspendues seize petites pendeloques en forme de feuille ou de poignard et deux grandes pendeloques. Ces dernières sont accrochées à une boucle en fil de bronze à trois volutes et extrémités en spirale. À l’opposée se trouve une boucle identique, mais plus petite et dont les volutes sont resserrées et tenues entre elles par trois anneaux ouverts et aplatis. Les maillons plats sont ornés d’une simple ligne longitudinale de pointillés située le long de chaque côté. Les pendeloques foliacées sont décorées de deux lignes de pointillés encadrant deux demi-cercles appuyés sur les bords. Le tout forme une version très simplifiée du motif associant deux protomés de cygne tirant une barque. Le crochet de suspension des pendeloques évoque lui -même un col de cygne. Enfin les grandes pendeloques portent, rejeté sur leurs bords, un décor incisé de hachures disposées entre trois bandes de filet.

Les ceintures articulées - également appelées tabliers quand elles n’enferment pas complètement la taille - constituent des parures emblématiques de la période du Bronze final (1200-900 av. J.-C.) et sont encore utilisées au début de l'âge du Fer (VIIIe siècle av. J.-C.). Elles sont généralement composées de maillons en tôle de bronze dont les extrémités sont recourbées et passées à travers des anneaux pour former des chaînes reliées entre elles. A ces rangées articulées s’ajoutent en dernier lieu des pendeloques. Enfin, un système d’attache est présent aux extrémités de la ceinture. Des liens organiques y étaient passés afin de maintenir la pièce au niveau de la taille ou des hanches.

UTILISATION DE LA CEINTURE

Des parures de ce type sont connues dans l’ensemble du grand arc alpin, de la Méditerranée à l’Est de l’Europe en passant par le sud de l’Allemagne et la Suisse. En France on en compte une dizaine complète ou quasi-complète notamment dans le dépôt de la Motte à Agde, de La Ferté-Hauterive dans l’Allier, de La Loubière à Bénévent-en-Champsaur, du Pigier à Guillestre, de Réallon 3 dans les Hautes-Alpes, de Blanot en Côte-d’Or ou encore de Mathay dans le Jura. La plupart de ces ensembles complets sont beaucoup trop étroits pour être qualifiés de ceinture d’où l’interprétation aujourd’hui de tablier. Beaucoup nous sont parvenues sans leur système de fermeture mais de nombreux fermoirs isolés sont connus dans les dépôts d’objets métalliques comme à Larnaud (Jura) par exemple. Des liens probablement en cuir devait permettre de lacer ces tabliers à la taille et les porter sur le devant du corps.

Ces ceintures ou ces tabliers sont généralement retrouvés au sein de dépôts d’objets enterrés après été déposés dans un vase ou tout autre contenant, en dehors d’une sépulture. Elles font souvent partie de riches ensembles de parures, comme dans le dépôt de Mathay (Doubs) ou d’Agde (Hérault), où elles étaient associées avec de nombreuses perles en ambre, des appliques, des torques et des bracelets, ayant probablement appartenus à de riches individus. Peut-être ont-elles été déposées lors de leur décès ou à l’occasion d’un changement de statut social. La présence d’une ceinture articulée au sein du dépôt de Blanot (Côte-d’Or), associée à un service à boire (chaudrons, bouteilles, coupes etc.) suggère que ces parures ont pu être portés lors d’évènements collectifs de type banquet. Ces pièces complexes et parfois lourdes de plusieurs kilogrammes semblent ainsi avoir fait partie de costumes d’apparat qui devaient être portés lors d’occasions spéciales. Associées à d’autres parures en bronze éclatant (jambières, bracelets, colliers etc.), ces tabliers devaient former des ensembles étincelants et sonores remarquables.

UNE PARURE SYMBOLIQUE ?

Cet élément de parure, lourd et de facture complexe, était donc sans nul doute utilisé dans des occasions exceptionnelles, peut-être des cérémonies rituelles. Portés par un danseur ou un officiant, femme ou homme, l’éclat doré de l’alliage cuivreux et le tintement des éléments en métal étaient là pour impressionner les sens. Certaines de ces « ceintures » -- ou « tabliers » selon que l’on considère qu’elles étaient portées uniquement devant ou qu’elles enserraient le corps --, ont été transmises de génération en génération, entretenues et réparées, comme de précieux ustensiles dont la fonction précise nous échappe, peut-être en lien avec la danse.


Notice rédigée par Rolande Simon-Millot


BIBLIOGRAPHIE

AUDOUZE, Françoise. Les ceintures et ornements de ceinture de l'Age du Bronze en France (suite). Ceintures et ornements de ceinture en bronze. In : Gallia préhistoire, 1976, n°19-1, p. 69-172.

CORDIER, Gérard. La Sépulture de l’âge du Bronze final du Theil à Billy (Loir-et-Cher). In : Archäologisches Korrespondenzblatt, 1997, n°27.1, p. 73-92.