Benoît-Claude Champion
UN ARTISTE AU MUSÉE
Fils de Claude Champion et Constance Baillet, Benoît-Claude Champion est d’abord élève à l’école communale de Chalon-sur-Saône, puis apprenti sculpteur sur bois. Il intègre l’école des Beaux-arts de Dijon entre 1879 et 1881 et y suit l’enseignement du sculpteur François Dameron. Le département de la Côte-d’Or lui accorde une bourse pour poursuivre sa formation à Paris : en 1882, Benoît-Claude Champion entre à l’École des Beaux-arts de Paris et intègre les ateliers des sculpteurs Alexandre Falguière et François Jouffroy. Il reçoit au cours de sa scolarité plusieurs médailles attestant ses mérites en tant que sculpteur. À partir de 1881, il expose régulièrement aux salons des artistes français qui se tiennent à Paris au Palais des Champs-Elysées. Les œuvres présentées sont exclusivement des portraits, en buste ou en médaillon.
En 1888, il travaille comme auxiliaire du sculpteur Jean Gautherin, auteur du monument commémoratif du centenaire de la mort de Diderot, encore exposé boulevard Saint-Germain à Paris. En 1889, il participe à son compte aux travaux de la Banque de France avant de travailler jusqu’en 1896 pour le sculpteur Denys Puech, grand prix de Rome. Recommandé par ce dernier et par Emmanuel Frémiet, il est alors approché par Alexandre Bertrand et Salomon Reinach qui cherchent un successeur pour le poste d’Abel Maître, chef de l’atelier de moulage et de restauration du musée, sur le point d’être admis à la retraite.
Benoît-Claude Champion maîtrise la sculpture, le modelage, le moulage, la photographie, la galvanoplastie, le dessin, la serrurerie, l’ébénisterie. Il est le candidat idéal. Au sein du musée, l’atelier de moulage et de restauration est un rouage essentiel servant non seulement à l’enrichissement des collections et à leur diffusion vers l’extérieur mais aussi aux mouvements des collections (emballage, transport), à leur expertise, à l’aménagement des collections, leur classement et leur conservation, à la conception du mobilier, à l’accueil des chercheurs.
FAIRE LE PORTRAIT DE L'ARCHÉOLOGIE
Par son entrée au musée, Champion n’abandonne pas pour autant la sculpture. Avec la donation de la collection Piette, il est chargé par Salomon Reinach de réaliser le portrait en buste du donateur. Le buste en marbre destiné à orner la salle dédiée à cette imposante collection est présenté au Salon de 1905. Il accueille encore aujourd’hui les visiteurs de la salle Piette. Il exécute également le portrait d’Alexandre Bertrand, premier grand directeur du musée de Saint-Germain et est l’auteur de bustes d’une demi-douzaine d’archéologues renommés du tournant des XIXe et XXe siècles conservés dans les collections du musée : Joseph Déchelette, Louis Capitan, Léon Henri-Martin, Zacharie Le Rouzic, Denis Peyrony et l’abbé Henri Breuil.
RENOUVELER L'ART DU MOULAGE
Champion poursuit l’œuvre de l’atelier de moulage dans le fonctionnement mis en place sous Abel Maître. L’atelier produit des tirages en plâtre ou des reproductions en galvanoplasties soit dans les locaux de l’atelier, soit lors de campagnes de moulages à l’extérieur. Parmi les grandes campagnes de moulage de Champion, on peut citer celle d’Arles en 1900-1901 pour prendre l’empreinte d’une série de sarcophages et de sculptures antiques ou encore celle des hypogées de la Marne en 1932 pour mouler les sculptures néolithiques des parois.
On doit tout particulièrement à Champion deux développements particuliers du processus de reproduction :
- Le développement sur une surface plane d’objets cylindriques appelé « déroulé » afin de faciliter la lecture des représentations figurées et donc l’étude et la publication de ces objets (cylindres phéniciens gravés, gravures paléolithiques sur bois d’animaux, gobelets ou vases décorés). Il en propose des versions redressées sans déformation de perspectives.
- Deux nouveaux procédés de moulage : le premier utilisant la galvanoplastie et destinée à reproduire « indéfiniment » des objets paléolithiques dont la fragilité ne permet qu’une seule prise d’empreinte ; le second étant un nouveau système de moulage à la gélatine, simplifiant et automatisant le travail par l’emploi d’un châssis et permettant de mouler un grand nombre de pièces en même temps.
UN INTÉRÊT POUR L'ART DE LA PRÉHISTOIRE
Dès 1897, Champion assiste l’abbé Breuil dans son étude de la collection Lartet. Il est chargé de l’aménagement de la salle Piette avec le donateur puis avec l’abbé Breuil. Dans l’entre-deux-guerres, il contribue également au réaménagement de la salle de la Pierre taillée dont Breuil est chargé par Raymond Lantier.
Au moment de l’affaire Glozel, Champion est envoyé en mission pour étudier les objets et publie un rapport décisif qui affirme que ce sont des faux.
PRÉSERVER ET RESTAURER : UN PROFESSIONNEL RECONNU À L'INTERNATIONAL
La manipulation des objets et les problématiques de conservation apportent à Champion une expertise dans ce domaine, une « vraie connaissance technique des objets » selon Clotilde Proust, des matériaux, de leur vieillissement et des altérations.
Il est chargé par Salomon Reinach de réétudier le mobilier en fer du musée, « tâche difficile devant laquelle les archéologues professionnels auraient reculé » souligne Reinach : son étude est publiée dans la Revue archéologique en 1916.
Si Abel Maître s’était investi dans la conservation et les procédés de restauration des matériaux ferreux, Champion s’intéresse tout particulièrement à la préservation des objets en os, en ivoire et en bois dont la conservation est tout aussi difficile. Il met en œuvre un procédé de consolidation par imprégnation de la matière et met en place une cuve dans l’atelier pour que cette opération se fasse sous vide.
Il acquiert dans le domaine de la restauration une expertise de renommée nationale et internationale. En 1930, il fait partie de la commission pour le nouveau laboratoire du Louvre. La même année, il est choisi pour figurer dans la délégation de treize experts chargés de représenter la France à la conférence de Rome organisée par l’Office international des musées. Il communique sur l’identification et la conservation des objets préhistoriques.
En juillet 1934, le directeur des Musées nationaux déclare : « L’atelier de Saint-Germain a, d’ailleurs sous son impulsion et son initiative, dépassé depuis longtemps le rôle matériel que désigne son appellation. C’est aujourd’hui un laboratoire, modèle du genre, considéré comme un exemple à imiter par les Musées similaires à l’étranger. »
UNE LONGUE CARRIÈRE DÉDIÉE AU MUSÉE
Admis à la retraite le 1er juillet 1934, Champion souhaite poursuivre son activité au musée. Le statut d’auxiliaire lui est refusé par l’administration mais il poursuit à titre bénévole son activité et continue à être logé sur place. Il orchestre, sous la direction de Raymond Lantier, alors directeur du musée, l’évacuation des collections au début de la Seconde guerre mondiale. Le soin apporté à l’emballage et à l’étiquetage des objets a permis la préservation des objets et par la suite de rendre plus efficace la réintégration des collections dans les salles du musée.
D’octobre 1943 à novembre 1946, il reprend officiellement son service pour une mission temporaire liée au retour des collections et au réaménagement du musée. Il obtient par la suite une allocation du CNRS et est chargé de publier ses travaux de recherche en conservation-restauration.
Champion travailla ainsi plus de 50 ans pour le musée des Antiquités nationales et contribua à la renommée de ses ateliers et de ses collections. Dans l’hommage qu’il lui rend, l’abbé Breuil annonce que Champion disposait des qualités de « technicien », d’« archéologue » et d’« artiste ».
Notice rédigée par Soline Morinière
BIBLIOGRAPHIE
« Séance du 27 novembre 1952 », In : Bulletin de la Société préhistorique de France, Volume 49, n°11-12, pp. 585-586, 1952.
PROUST Clotilde, Les ateliers du Musée des Antiquités nationales : aux origines de la restauration en archéologie, thèse, Université Panthéon-Sorbonne, 2017.
PROUST Clotilde, L’archéologie à l’atelier, Paris, Hermann, 2020.
Archives nationales, 19990224/21, dossier de carrière de Benoît-Claude Champion.
LIENS UTILES
Origine et date
26 mai 1863 – Sevrey (Saône-et-Loire) / 9 novembre 1952 – Saint-Germain-en-Laye (Yvelines)
Sculpteur et mouleur français, chef technique de l’atelier de moulage et de restauration du musée des Antiquités nationales, aujourd’hui musée d’Archéologie nationale