Archéologues et personnages importants
Les grandes figures qui ont marqué l'histoire du musée
Les objets
Mégalithe
Edouard Lartet
1801 – Saint-Guiraud (Gers) / 1871 – Seissan (Gers)
Paléontologue, préhistorien et géologue français, considéré comme le fondateur de la paléontologie humaine
De 1820 à 1830, il étudie le droit à Toulouse et suit des cours d’histoire naturelle au Collège de France. De retour dans le Gers en 1830, il administre la propriété familiale et fait des recherches de géologie et de paléontologie tertiaires (-66 à -2,58 millions d’années). L'affirmation de son intérêt pour l'archéologie et la paléontologie En 1836, il découvre le Pliopithecus antiquus (singe fossile du Tertiaire) dans le Gers. Il s’agit de sa première grande découverte. C’est surtout à partir de cette période qu’il se consacre de façon pratiquement professionnelle à l’anatomie comparée et à la paléontologie. En 1851, il devient assistant au Museum d’Histoire naturelle. Cinq ans plus tard, il fait la découverte du Dryopithecus Fontani qui est un autre singe fossile du Tertiaire, à Saint-Gaudans (Pyrénées). Les fouilles avec Henri Christy A partir de 1860, il fouille avec le banquier anglais Henri Christy, son ami et mécène, à Massat (Ariège) et à Aurignac (Haute-Garonne) et y applique le principe de la stratigraphie. Ensemble, ils vont fouiller plusieurs grottes préhistoriques majeures : Le Moustier, Laugerie-Haute, Gorge d’Enfer, Les Eyzies, Laugerie-Basse, La Madeleine, Le Pech-de-l’Azé. Ils y découvrent de l’art mobilier paléolithique comme à Laugerie-Basse où plusieurs objets décorés sont mis au jour. Certains sont encore aujourd’hui des œuvres de référence. En 1865, il devient membre de la Commission d’organisation du Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines. L’année suivante, il fouille à Hallstatt (Autriche) avec A. John Evans et J. Lubbock. L’année 1867 est importante pour E. Lartet car il préside la Commission de l’âge de pierre à l’Exposition universelle de Paris et le Congrès international d’archéologie et d’anthropologie préhistorique de Paris. Il obtient la chaire de paléontologie au Museum d’Histoire naturelle en 1868 mais n’y enseigne pas car il tombe malade. Du profane au professionnel Il est considéré comme un des tout premiers inventeurs de l’art du Paléolithique récent (environ 40 000 – 10 000 BP). L’idée d’un homme fossile tarde à s’imposer au sein de la communauté scientifique de l’époque. Il propose une des premières chronologies de la Préhistoire fondée sur la faune. Il établit ainsi la contemporanéité de l’Homme et du mammouth. A la fin de sa vie, E. Lartet acquiert l’entière reconnaissance officielle de la communauté scientifique en arrivant au sommet du cursus universitaire. En 1875, paraît Reliquiae aquitanicae : being contribution to the Archaeology and Paleontology of Perigord and the adjoining provinces of Southern France, cosigné avec H. Christy (mort en 1865). Pour aller plus loin : - Bibliographie : GOULVEN L., « Edouard Lartet (1801-1871) et la paléontologie humaine », In : Bulletin de la Société préhistorique française, Tome 90, n°1, pp. 22-30, 1993. GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. - Liens : http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/lartet-edouard.html
Personnage du musée
Claude Rossignol
13 février 1805 – Volnay / 3 juin 1886 - Bourbon-Lancy
Archiviste, premier conservateur du musée d'Archéologie nationale
Un érudit bourguigon Claude Rossignol, enseignant puis homme de presse, est nommé en 1841 archiviste du département de la Côte-d'Or. Il le restera jusqu'en 1862. Érudit, historien local, membre de plusieurs sociétés savantes, il publie études et ouvrages dans des domaines très divers, dont, en 1856, Alise, études sur une campagne de Jules César. Le sujet intéresse Napoléon III, pour son Histoire de Jules César, et il finance à partir de 1861 des fouilles archéologiques à Alise-Sainte-Reine (Côte-d'Or). Le premier conservateur du musée Claude Rossignol, auteur de plusieurs autres articles sur la question d'Alise, est donc remarqué par le souverain, qui le nomme, en 1862, premier conservateur du musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines qu'il fonde à Saint-Germain-en-Laye. Il est placé sous la responsabilité d'Adrien de Longpérier, conservateur des Antiques au musée du Louvre, mais, archiviste peu à sa place dans un musée d'archéologie, déjà assez âgé, il peine à organiser le musée naissant. En août 1866, alors que le musée doit être inauguré en 1867 à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris, les travaux n'étant pas assez avancés, Rossignol est placé en congé illimité, et remplacé, d'abord par intérim, puis définitivement, par Alexandre Bertrand. Pour aller plus loin : - Liens : www.bienpublic.com/grand-dijon/2014/04/09/claude-rossignol-la-guerre-d-alesia
Mégalithe
Louis-Félicien Caignart de Saulcy, dit Félix de Saulcy
1807 – Lille / 1880 – Paris
Archéologue, numismate et épigraphiste français, fondateur de l’archéologie biblique
En 1826, il est admis à l’Ecole Polytechnique (c’est là qu’il adopte le prénom Félix) et deux ans après, à l’Ecole d’application de l’artillerie et du Génie de Metz. En 1831, il est cantonné à Dieulouard (Meurthe-et-Moselle) et y effectue ses premiers pas d’archéologue en fouillant une station romaine. Des débuts prometteurs Ses Recherches sur les monnaies des évêques de Metz sont publiées en 1835 et sont saluées par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, tout comme son Essai de classification des suites monétaires byzantines, publié l’année suivante. Il épouse en 1836 Pauline de Brye. Au début des années 1840, il est élu académicien et devient conservateur du Musée d’Artillerie. Ce poste lui laisse le temps pour étudier des langues orientales anciennes. La Palestine : un réconfort face au chagrin En 1845, il entreprend son premier voyage autour de la Méditerranée. Il passe ainsi par l’Italie, la Grèce, la Turquie et l’Egypte. En 1850, suite au décès de son épouse, de Saulcy part en Syrie et en Palestine qu’il visite pour la première fois. Il se met alors à travailler sur le « Tombeau des Rois ». C’est durant ce voyage que naît son intérêt principal : la Palestine. Il est un des premiers à étudier avec méthode la géographie de la Terre Sainte et notamment le bassin de la mer Morte. Ses théories nouvelles sur la région soulèvent des polémiques dès son retour en France lorsqu’il publie Le Voyage autour de la Mer Morte et dans les Terres bibliques (1853). Une nouvelle épouse : le rapprochement avec la cour En 1853, il épouse Mlle de Billing en secondes noces. Cette dernière devient la dame d’honneur de l’Impératrice. Il prend sa retraite comme chef d’escadron en 1855. Il passe alors beaucoup de temps à la cour et se rapproche de Napoléon III. Il promeut à son tour le développement de l’archéologie métropolitaine. Il est également président de la Commission du Corpus Inscriptionum Semiticarum et de la Commission de topographie des Gaules, chère à l’Empereur. Il est nommé sénateur en 1859. Les deux autres séjours en Palestine En 1863, lors de son deuxième voyage en Palestine, il est accompagné par une véritable équipe et reprend ses travaux sur le « Tombeau des Rois ». Il y retourne une dernière fois en 1869. Il participe aussi aux travaux de la Commission de création du Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines aux côtés d’A. Bertrand, E. Lartet et J. Boucher de Perthes. Grâce à lui, une galerie judaïque ouvre au Louvre dans les années 1860. Une fin de carrière compliquée Après la proclamation de la République le 4 septembre 1870, le couple de Saulcy suit les souverains déchus en Angleterre. Ils y restent durant six mois. De retour en France, il est très atteint dans sa fortune et cherche à vendre sa collection de monnaies qui est la seconde d’Europe. Le British Museum lui en offre pratiquement le double du prix du Gouvernement français mais il la cède malgré cela au Cabinet des Médailles. Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. MERLIN A., « L. F. Caignart de Saulcy. Carnets de voyage en Orient (1845-1869) publiés par Fernande Bassan », In : Journal des savants, pp. 44-46, janvier-mars 1956.
Personnage du musée
Napoléon III
1808 - Paris / 1873 - Chislehurst (Royaume-Uni) Dates de règne : 1852 / 1870
Empereur des Français
Un Empereur-archéologue Passionné d'archéologie et d'histoire, il écrit une monumentale Histoire de Jules César aidé d'une équipe de collaborateurs dont il assure la direction, comprenant notamment Alfred Maury, Prosper Mérimée et Victor Duruy. Parallèlement à ses recherches sur l'artillerie romaine, l'Empereur joue un rôle important dans la mise en œuvre d'une véritable archéologie nationale : - il constitue en juillet 1858 la Commission topographique chargée de dresser une carte de la Gaule dont le but fixé est d'"étudier la géographie, l'histoire et l'archéologie nationale jusqu'à l'avènement de Charlemagne". - il institue des chaires d'antiquité à l'Ecole normale supérieure, à l'Ecole des Chartes et Collège de France. - il permet l'envoi de missions archéologiques en Espagne, Macédoine, Syrie, Algérie, Tunisie, Grèce ou encore en Asie Mineure pour documenter entre autres, les différentes campagnes de Jules César. La création du Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines En 1861, il visite le site d'Alise-Sainte-Reine identifié comme Alésia. Il se rend ensuite à Gergovie et à Bibracte en 1862. Le 8 mars de la même année, il crée le Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines (actuellement le Musée d'Archéologie nationale) par décret, auquel il fait don de sa collection. Son inauguration se déroule le 12 mai 1867 en présence de l'Empereur. Les salles sont ouvertes trois jours par semaine et présentent le produit des fouilles qu'il a ordonnées. On peut également y admirer des moulages et des maquettes relatives à la guerre des Gaules ainsi que la donation de Jacques Boucher de Perthes et les collections offertes par le roi Frédéric VII de Danemark. Il finance à hauteur de plus de 8 millions de francs des recherches archéologiques, des études expérimentales et des travaux cartographiques. En 1865, il fait ériger une statue de Vercingétorix au mont Auxois dont le piédestal porte l'inscription suivante : "La Gaule unie ne formant qu'une seule nation, animée d'un même esprit peut défier l'univers. Napoléon III à la mémoire de Vercingétorix". Pour aller plus loin : - Exposition d'Alésia à Rome. L'aventure archéologique de Napoléon III - Bibliographie : ANCEAU E., Napoléon III, Paris, Tallandier, 2008. BERCE F., « Saint-Germain-en-Laye, restaurations du XIXe siècle », In : Bulletin monumental, Volume 169, n° 3, pp. 263-264, 2011. BOISSAY C., « Inauguration du Musée gallo-romain », Le Figaro, p. 3, mardi 14 mai 1867. BOULET F., Leçon d’histoire de France : Saint-Germain-en-Laye, des antiquités nationales à une ville internationale, Paris, Les Presses Franciliennes, 2006. BRIERE J., Le château de Saint-Germain-en-Laye en dates et en chiffres, Luçon, Editions Jean-Paul Gisserot, 2009. D’ARJUZON A., Victoria et Napoléon III. Histoire d’une amitié, Biarritz, Atlantica, 2007. GRANGER C., L’Empereur et les arts : la liste civile de Napoléon III, Paris, Ecole des Chartes, 2005. LUNDBECK-CULOT K., « Frédéric VII, roi du Danemark, Napoléon III et l’archéologie. Les deux premiers donateurs du Musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye », In : Antiquités nationales, n°9, pp. 99-118, 1997. MUSEE D’ARCHEOLOGIE NATIONALE, Du château royal au Musée d’archéologie nationale : Saint-Germain-en-Laye, Paris, RMN-Grand Palais, 2007. PERIN P., Le musée des Antiquités nationales, Paris, RMN Fondation BNP Paribas, 2004. TULARD J. (collectif), Dictionnaire du Second Empire, Paris, Fayard, 1995. YON J.-C., Le Second Empire. Politique, société, culture, Paris, Armand Colin, 2004. - Liens : https://www.cotedor.fr/files/content/sites/cg21-2/files/conseilgeneral21/pdf-documents-cg21/pdf-doc-culture-patrimoine/Alesia/archeologie/Les%20fouilles%20du%20Second%20Empire%20à%20Alésia.pdf https://www.cotedor.fr/files/content/sites/cg21-2/files/conseilgeneral21/pdf-documents-cg21/pdf-doc-culture-patrimoine/Alesia/archeologie/Napoléon%20III%20et%20l'archéologie.pdf www.bnf.fr/documents/biblio_musee_antiquites.pdf
Personnage du musée
Charles-François Bossu, dit Charles Marville
1813 - Paris / 1879 - probablement à Paris
Photographe français
Charles Marville est d'abord peintre-graveur avant de devenir photographe. Un homme discret Evoluant dans l'univers de l'histoire de l'art, il est peu cité par ses contemporains et reste constamment en dehors des cercles photographiques. Il produit dans un premier temps des portraits de ses proches puis son intérêt se porte vers les vues d'architecture. Un photographe d'architecture En 1855, il devient "photographe du musée impérial du Louvre". Il travaille également pour de nombreux architectes qui sont en charge de chantiers de restauration comme Millet ou Viollet-le-Duc. On lui passe ensuite des commandes concernant les aménagements et les transformations de la capitale, comme celle du bois de Boulogne en 1858. En 1862, il est "photographe de la Ville de Paris" et réalise l'Album du Vieux-Paris qui réunit les photographies des anciennes rues avant qu'elles ne soient démolies. Enfin, à la fin des années 1870, il photographie le grand percement de l'avenue de l'Opéra puis on perd sa trace. De nombreuses photographies de Marville illustrent l'ambition qui était celle d'Eugène Millet lors de la restauration de Saint-Germain-en-Laye : rebâtir le château de François Ier. Pour aller plus loin : - Liens : www.culture.gouv.fr/culture/inventai/itiinv/cathedrale/docphotographes/Marville.html www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail/php?i=855 www.musee-archeologienationale-amis.fr/pdf/expochat.pdf
Mégalithe
Henry Adrien Prévost de Longpérier
1816 – Paris / 1882 – Paris
Numismate, archéologue et orientaliste français, conservateur de musée
Un début de carrière prometteur Homme d’une immense érudition, Adrien de Longpérier commence sa carrière au Cabinet des médailles de la Bibliothèque royale. En 1847, il est nommé au musée du Louvre, où, pendant plus de vingt ans, il déploie une immense activité, créant des musées, américain et assyrien. Conservateur des Antiques, il classe les sculptures, organise une salle des bronzes, etc. Longpérier est l’auteur d’innombrables études courtes, mais de peu de synthèses, et le surintendant des Beaux-Arts, É. de Nieuwerkerke, dont il dépend, lui reproche de ne pas rédiger inventaires et catalogues. Ce prétexte motive son renvoi, en 1870, et il démissionne. Son rôle dans la création du musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines Le premier conservateur du musée de Saint-Germain, Claude Rossignol, est placé de 1862 à 1867 sous les ordres de Longpérier. D’esprit ouvert, mais réservé sur les questions de l’ancienneté de l’homme, il avait toutefois, à partir de 1851, créé au musée du Louvre l’embryon de collections d’antiquités nationales. Il participe aussi aux travaux de la Commission de création du musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines de Saint-Germain-en-Laye aux côtés d’A. Bertrand, É. Lartet, F. de Saulcy et J. Boucher de Perthes. Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. - Liens : http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/longperier-adrien-de.html
Personnage du musée
Eugène Millet
1819 - Paris / 1879 - Cannes
Architecte français
Elève de Viollet-le-Duc, il est inspecteur général des édifices diocésains à partir de 1848. La renaissance du château de Saint-Germain-en-Laye A partir des années 1860, Napoléon III, passionné d’archéologie, fait appel à Eugène Millet afin de restaurer le Château-Vieux. Ce dernier est sauvé de la démolition en 1855 grâce à la visite de la reine Victoria, désireuse de voir le lieu d’exil des Stuarts. Elle ne veut pas que l’édifice soit détruit car il est lié à l’histoire de sa famille. Napoléon III avait déjà manifesté son désir de sauver le château quelques années plus tôt. Ce lieu est alors voulu par l’Empereur, passionné d’archéologie, comme la vitrine de l’archéologie française. Les travaux s’étalent de 1862 à 1907. Eugène Millet prend le parti de détruire les pavillons de Jules Hardouin-Mansart, jugés du plus mauvais goût, et de revenir au plan du château de François Ier. Cela permet à la chapelle royale et à sa rose d’être redécouvertes. Les intérieurs sont remaniés afin de les adapter aux normes d’un musée moderne. Deux autres architectes succèdent à Millet sur le chantier après sa mort : Joseph-Auguste Lafollye et Honoré Daumet. Pour aller plus loin : - Bibliographie : BERCE F., « Saint-Germain-en-Laye, restaurations du XIXe siècle », In : Bulletin monumental, Volume 169, n° 3, pp. 263-264, 2011. MUSEE D’ARCHEOLOGIE NATIONALE, Du château royal au Musée d’archéologie nationale : Saint-Germain-en-Laye, Paris, RMN-Grand Palais, 2007. - Liens : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2707444/f2 www.bnf.fr/documents/biblio_musee_antiquites.pdf
Mégalithe
Victoria Ière d'Angleterre et sa visite à Saint-Germain-en-Laye
1819 – Londres / 1901 – Osborne, île de Wight Dates de règne : 1837 / 1901
Reine de Grande-Bretagne et d’Irlande 1876 / 1901 : impératrice des Indes
A sa mort, l’empire britannique couvre le cinquième des terres émergées. Sur le plan industriel, la Grande-Bretagne a le monopole et dans le domaine diplomatique, elle s’impose avec sa pax britannica. L’ère victorienne se caractérise par sa stabilité grâce aux 64 ans de règne de Victoria Ière et au renforcement de la monarchie constitutionnelle qui évolue vers la démocratie. Une amitié franco-britannique inédite Du 16 au 22 avril 1855, Napoléon III et Eugénie séjournent en Angleterre. Ils sont reçus au château de Windsor le 18 avril. Cette visite est un grand succès diplomatique. Le 18 août, Victoria et Albert de Saxe-Cobourg arrivent à Boulogne-sur-Mer. Aucun souverain anglais n’était venu en France depuis le XVe siècle. L’Exposition universelle se tient en même temps à Paris. Le couple royal repart le 27 août après plusieurs visites et célébrations. La visite à Saint-Germain-en-Laye Le véritable instigateur de la restauration du château est Napoléon III. En effet, dès décembre 1853, l’empereur dit que l’édifice sera réparé et le pénitencier, qu’il abrite depuis 1835, éloigné de Saint-Germain-en-Laye à l’occasion d’une entrevue avec la municipalité. A sa venue à Paris, Victoria souhaite visiter le château car la cour des Stuarts en exil y a résidé. Le pénitencier est transféré à Alger en hâte et les appartements sont sommairement nettoyés. Les détenus le quittent le 10 juillet 1855. La visite se déroule en plusieurs étapes : - la reine admire le panorama de la terrasse - le cortège visite le Pavillon de la Muette - ils visitent la chapelle et les anciens appartements de Jacques II Stuart dans le Château-Vieux puis se montrent au balcon. C’est Eugène Millet qui assure la visite. Ce dernier vient d’être nommé pour la rénovation. Victoria aurait aimé se recueillir devant le tombeau de Jacques II dans l’église paroissiale mais les échafaudages du peintre de la nef empêchent la reine d’approcher de la chapelle. Elle décide de faire restaurer à ses frais le mausolée élevé en 1828. Les travaux sont effectués en 1857. Les témoignages de l’époque assurent que la reine est malgré cela satisfaite de sa visite. La création du Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines devient officielle par la promulgation du décret du 8 mars 1862 et il est inauguré en 1867. Pour aller plus loin : - Bibliographie : BOULET F., Leçon d’histoire de France : Saint-Germain-en-Laye, des antiquités nationales à une ville internationale, Paris, Les Presses Franciliennes, 2006. D’ARJUZON A., Victoria et Napoléon III. Histoire d’une amitié, Biarritz, Atlantica, 2007. DE LANGLADE J., La Reine Victoria, Paris, Librairie Académique Perrin, 2000. TULARD J. (collectif), Dictionnaire du Second Empire, Paris, Fayard, 1995. YON J.-C., Le Second Empire. Politique, société, culture, Paris, Armand Colin, 2004. - Liens : www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=979 www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Victoria_I_re/148807
Personnage du musée
Alexandre Louis Joseph Bertrand
21 juin 1820 – Paris / 8 décembre 1902 – Saint-Germain-en-Laye
Archéologue, historien, enseignant, conservateur de musée
Un précurseur De formation classique, agrégé de lettres, membre de l'École française d'Athènes, Alexandre Bertrand est d'abord enseignant. Il aborde l’archéologie en 1858, comme membre et secrétaire de la Commission de topographie des Gaules, mise en place par Napoléon III, et participe à partir de 1860 aux fouilles menées à Alise-Sainte-Reine (Côte-d'Or). Directeur de la Revue archéologique dès 1860, il ouvre ses colonnes à l'archéologie non classique, et de façon générale, agit comme “ passeur ” entre le monde de l’archéologie classique et celui, naissant, de la Préhistoire. Afin de former de véritables archéologues, il participe à la création de l’École du Louvre, et donne en 1882 l'un des tous premiers cours publics d’archéologie nationale dispensés en France. C’est l'un des fondateurs de l'archéologie protohistorique nationale et européenne. Alexandre Bertrand à Saint-Germain-en-Laye En 1865, Alexandre Bertrand est nommé membre de la Commission d’organisation du musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines fondé par Napoléon III par décret du 8 mars 1862. En 1866, il remplace par intérim le premier conservateur, Claude Rossignol, avant d'être nommé conservateur par décret du 10 octobre 1867. Il le reste pendant trente cinq ans, secondé par le préhistorien Gabriel de Mortillet (de 1868 à 1885), puis par Salomon Reinach (de 1886 à 1902) et Abel Maître, chef des ateliers. Ils créent un musée moderne, didactique, fondé sur le classement chronologique des collections. Pour aller plus loin : - Lien : http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/bertrand-alexandre-de.html (CHEW H., notice "Bertrand, Alexandre", in Dictionnaire critique des historiens de l’art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale, Philippe Sénéchal et Claire Barbillon (dir.), Paris, 2010).
Mégalithe
Jean-Baptiste Auguste Philippe Dieudonné Verchère de Reffye
1821 - Strasbourg / 1880 - Versailles
Officier d’artillerie, polytechnicien et inventeur français
Un officier de Napoléon III Auguste Verchère de Reffye assiste dès la fin des années 1850 l’Empereur dans ses travaux historiques et archéologiques. Il est fait officier d’ordonnance du souverain le 22 août 1862. Il travaille avec Napoléon III sur tous les détails matériels qui découlent de sa passion pour l’archéologie. Il s’intéresse particulièrement aux travaux d’archéologie expérimentale portant sur des armes antiques et des machines de guerre romaines. L'archéologie expérimentale et sa contribution au Musée Il réalise dès le début des années 1860 quatre modèles de catapultes et d’onagres. C’est en septembre 1866 que les machines arrivent au musée de Saint-Germain-en-Laye. Sa contribution à l’organisation du Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines est décisive. Il est membre et secrétaire de la Commission consultative pour l’organisation du musée. Il conçoit d’ailleurs un véritable projet scientifique pour l'établissement qui est présenté comme un centre de recherche et un haut lieu d’instruction. Voici comment Verchère de Reffye le décrit : « Le Musée de St-Germain sera destiné à rassembler les documents de l’histoire des races qui se sont succédées sur le territoire de la Gaule depuis les temps les plus reculés jusqu’au règne de Charlemagne ». Ce projet prend fin en septembre 1870 à cause de la guerre franco-prussienne et la chute de l’empire. Par la suite, il arrête toute activité archéologique et dirige l’atelier de construction de l’artillerie de Tarbes jusqu’à sa mort. Il a également contribué aux travaux de la Commission de topographie des Gaules. Pour aller plus loin : - Bibliographie : BOULET F., Leçon d’histoire de France : Saint-Germain-en-Laye, des antiquités nationales à une ville internationale, Paris, Les Presses Franciliennes, 2006.
Personnage du musée
Louis Laurent Gabriel de Mortillet
1821 - Meylan (Isère) / 1898 - Saint-Germain-en-Laye
Préhistorien et anthropologue français
Pour son engagement socialiste lors de la révolution de 1848, Louis-Napoléon Bonaparte le contraint à l'exil en 1849. C'est durant ces années qu'il s'initie à la Préhistoire dont il deviendra l'une des figures dominantes. Il se rend en Savoie, en Suisse et en Italie où il participe à l'exploration des lacs lombards et découvre le premier site néolithique italien à Isolino en 1863. En 1864, il crée la revue les Matériaux pour l'histoire positive et philosophique de l'homme qui deviendra Matériaux pour l'histoire naturelle et primitive de l'homme et publie les premiers articles fondateurs consacrés à la Préhistoire. De retour en France, il organise la section préhistorique de l'histoire du travail à l'Exposition universelle de Paris en 1867. Gabriel de Mortillet au Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines Le 1er février 1868, il entre au Musée des Antiquités celtiques et gauloises comme attaché pour organiser le musée, les salles et classer les collections, notamment celles consacrées à son domaine. Innovateur, il établit le premier système de référence de la Préhistoire française, sur des données archéologiques, typologiques et non plus sur des données paléontologiques. Un conflit très vif, et durable, l'oppose alors à Alexandre Bertrand, le directeur du musée, qui ne reconnaît pas toutes ses théories. Il s'intéresse aux découvertes faites par l'abbé Giani dans la région de Golasecca (Lombardie, Italie) et convainc Alexandre Bertrand de réévaluer ces découvertes à l'aune des trouvailles effectuées depuis dans la Marne, en Bourgogne et en Franche-Comté. Il effectue des voyages sur place, réussit à acquérir une partie de la collection Giani pour le Musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines et contribue ainsi à définir certains critères caractéristiques de la Protohistoire européenne. Auteur d'une dizaine d'ouvrages et de centaines de publications sur la géologie et la Préhistoire, rédacteur en chef de revues, Gabriel de Mortillet a contribué à la création des congrès internationaux d'anthropologie et de préhistoire, dans lesquels se retrouvaient tous les savants afin de confronter leurs découvertes. Personnage attachant mais aussi irritant par son caractère intransigeant, ses positions violemment anticléricales ont provoqué d'innombrables polémiques qui l'ont conduit à choisir de privilégier ses engagements politiques aux dépens de ses activités scientifiques. En 1882, après 17 ans au service du musée, dans lequel il a fait entrer de nombreuses séries de référence, il quitte son poste. Il est alors élu maire de Saint-Germain-en-Laye, où il mène une intense politique de laïcisation avant de devenir député de Seine-et-Oise entre 1885 et 1889. Gabriel de Mortillet, qui a déployé une inépuisable activité scientifique, disait, en parlant du musée : "C'est une oeuvre qui restera comme une des gloires de notre pays et de notre époque..." Pour aller plus loin : - Liens : http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/mortillet-gabriel-de.html
Mégalithe
Pierre Jérôme Honoré Daumet
1826 – Paris / 1911 – Paris
Architecte français
Une formation d'excellence Honoré Daumet est issu d’une famille bourgeoise et est orphelin à 13 ans. En 1846, il est admis à l’Ecole des Beaux-Arts et il obtient le grand prix de Rome en 1855. Il est ensuite pensionnaire de l’Académie de France jusqu’en 1860. Durant ces cinq années, il séjourne à Athènes et étudie la villa d’Hadrien à Tivoli. Un architecte-archéologue : entre mission à l'étranger et restaurations prestigieuses En 1860, il fait partie de la mission archéologique qu’envoie Napoléon III en Macédoine et qui révèle les antiquités de cette région peu explorée. A son retour en France en 1862, il s’installe à Paris et y ouvre un atelier d’architecture (neuf prix de Rome sortiront de cet atelier). Il entre également au Service d’architecture de la Ville de Paris en tant qu’inspecteur des monuments. En 1867, il devient l’assistant de l’architecte Louis Duc sur le chantier du Palais de Justice de Paris. De 1875 à 1882, il dirige les travaux de reconstruction du château de Chantilly. C’est en 1876 qu’il succède à Eugène Millet dans la restauration du château de Saint-Germain-en-Laye. Un architecte reconnu Ses diverses réalisations (théâtre d’Orange, temple d’Auguste, cathédrale Saint-Pierre à Vienne…) lui confèrent une réputation prestigieuse dans toute l’Europe. Il est élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1885 et de 1889 à 1895, il est en charge des travaux de restauration et d’agrandissement du Palais de Justice de Grenoble. Il enseigne et est chef d’atelier à l’Ecole des Beaux-Arts jusqu’en 1894. Honoré Daumet fait partie de ces architectes qui sont intervenus dans les missions archéologiques et qui y ont apporté une contribution scientifique primordiale. Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. - Liens : http://structurae.info/personnes/pierre-gerome-honore-daumet www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Daumet/181969
Mégalithe
Joseph-Auguste Lafollye
1828 – Paris / 1891 – Paris
Architecte des bâtiments civils et des monuments historiques français
Une carrière pleine de récompenses Il a été l’élève d’Emile Jacques Gilbert, Guillaume Abel Blouet et Alphonse Jaÿ à l’Ecole nationale des Beaux-arts de Paris. En 1848, il est nommé inspecteur des travaux de reconstruction des barrières de Paris. Il est également inspecteur des travaux de la Banque de France (1854) et de la Cour de Cassation (1860). En 1855, il remporte le premier accessit à la grande médaille d’émulation de l’Académie des Beaux-arts. Entre 1864 et 1872, il est l’architecte des résidences impériales de Pau et de Biarritz. En 1872, il travaille sur le château de Compiègne et restaure l’hôtel de ville de 1875 à 1880. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1876. Il gagne plusieurs autres prix durant sa carrière comme la médaille de première classe à l’Exposition universelle de Paris en 1879 et trois médailles à l’Exposition des Beaux-arts de Paris (1868, 1870 et 1872). Après la mort d’Eugène Millet, il est chargé de continuer la restauration du château de Saint-Germain-en-Laye de 1879 à 1889. Il est le père de Charles Lafollye. Pour aller plus loin : - Bibliographie : DELAIRE E., DE PENANRUN D., ROUX L., Les architectes élèves de l’Ecole des Beaux-arts (1793-1907), Paris, La librairie de la construction moderne, 1907. - Liens : www.mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/pages/bases/autor_cible.html
Personnage du musée
Abel Maître
9 mars 1830 - Paris / 24 novembre 1899 - Le Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne)
Sculpteur et mouleur français, chef de l’atelier de moulage et de restauration du musée des Antiquités nationales
DE LA SCULPTURE ANIMALIÈRE AU MOULAGE D'OBJETS ARCHÉOLOGIQUES Né à Paris, fils de Jean Thomas et de Marie-Angélique Thibaut, Abel Maître se forme auprès du sculpteur animalier Antoine-Louis Barye, qui occupe également le poste de directeur de l’atelier de moulage du musée du Louvre de 1848 à 1850. Suivant les pas de son maître, Abel Maître réalise des sculptures animalières qu’il présente aux expositions des Beaux-arts de Paris en 1861, 1863 et 1864. Au début des années 1850, il travaille un moment pour l’atelier de moulages du musée du Louvre, notamment pour l’importante commande de plâtres à destination de l’Angleterre et sollicite en 1854 un recrutement pérenne à la suite du départ du mouleur italien Micheli. Établi comme mouleur indépendant à Paris au début des années 1860 au 53 rue Notre-Dame-des-Champs, il obtient dès 1861 deux commandes qui vont orienter sa carrière. Il est chargé de seconder Ludwig Lindenschmidt, archéologue allemand et directeur du musée central romain-germanique de Mayence (RGZM) et son mouleur Philippe Roth, pour réaliser des moulages des collections des musées parisiens. Il perfectionne ainsi son savoir-faire dans le moulage d’objets archéologiques. Il reçoit également cette année-là une demande de moulage pour le compte de la Commission de Topographie des Gaules à laquelle il reste associée les années suivantes. Ces reproductions sont destinées au futur Musée gallo-romain que Napoléon III créé en 1862 au château de Saint-Germain-en-Laye. En 1863, il accompagne Auguste Verchère de Reffye, officier d’ordonnance de l’empereur, à Mayence pour se former à la prise d’empreinte et à la mise en couleur des tirages au RGZM. Il poursuit son voyage et son activité de moulage dans les musées de Wiesbaden, Ombourg, Vienne en Autriche et Pest en Hongrie. En 1864-1865, il fait plusieurs voyages en Bretagne pour faire des relevés des dolmens de Locmariaquer dont il exécutera ensuite des maquettes, et des moulages au musée de Vannes. En 1864, sous l’impulsion d’Auguste Verchère de Reffye, Abel Maître dirige l’« Atelier de reproduction d’objets d’archéologie établi sous le patronage de l’Empereur » installé au 47 rue de Sèvres à Paris. Il est toujours sollicité pour l’aménagement du Musée gallo-romain, et notamment chargé d’exécuter les plans en reliefs d’Uxellodunum et d’Avaricum. Les liens avec le musée se resserrent, au point que l’atelier est déménagé au château de Saint-Germain-en-Laye en avril 1866. UN HOMME DE TERRAIN ET UNE DES CLÉS DE VOÛTE DU MUSÉE Abel Maître entre officiellement au Musée gallo-romain en novembre 1866 avec le titre d’Inspecteur des ateliers dont il assure la direction. Son activité est polyvalente : moulage, galvanoplastie (dès 1868), dessin d’objets, relevés de terrain, fouilles, opérations de restauration d’objets archéologiques, expertise et transports de collections, dessin de mobilier muséographique, il participe tout à la fois à l’enrichissement des collections, à leur préservation et leur présentation. Il collabore à l’expérimentation de reproductions d’armes antiques avec Verchère de Reffye, dont les démonstrations rencontrent un vif succès à Mayence et à Saint-Germain-en-Laye. Entre 1864 et 1886, Abel Maître fait de très nombreuses campagnes de moulage dans les musées français à Quimper, Rennes, Saumur, Bougon, Niort, Vannes, Poitiers, Toulouse, Narbonne, Nîmes, Cahors, Dijon, Besançon, Rouen, Sens, Langres, Orléans et Troyes, toutes destinées à enrichir les collections du musée de Saint-Germain. Parmi les opérations de moulages les plus spectaculaires figurent les prises d’empreinte des dalles gravées du Cairn de Gavrinis en 1866, de l’arc de triomphe d’Orange en 1868, du monument des Julii à Saint-Rémy-de-Provence en 1869. Ses tirages en plâtre peints, véritables trompe-l’œil, font l’admiration des visiteurs et consacre le haut niveau d’excellence de l’atelier du musée. Abel Maître forme lui-même les mouleurs de son atelier à ces critères d’exigence. En 1873-1874, il accompagne Alexandre Bertrand, directeur du musée, en Italie, en Allemagne méridionale, en Autriche et en Suisse et réalise de nombreux dessins et moulages. Il développe également une activité d’archéologue pour la fouille et le relevé de sites archéologiques. Il fouille à Thenay en 1872, à Magny-Lambert en 1872 et 1873, à Vitry-les-Reims en 1873, à Golasecca en 1873, à l’Étang-la-Ville en 1875, à Saint-Maur-les-Fossés en 1887. Maître acquiert ainsi une solide connaissance de l’archéologie nationale et tout particulièrement de la Protohistoire. Le cœur de son activité reste néanmoins la direction des ateliers, le classement et l’installation des collections dans un musée en plein aménagement. En 1894, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. Dès la fin de l’année 1894, malade, il demande à quitter son poste, mais reste tout de même deux ans de plus, jusqu’à ce qu’un successeur lui soit trouvé, en la personne de Benoît-Claude Champion. Par arrêté du 11 janvier 1897, il est nommé Inspecteur honoraire des ateliers du musée de Saint-Germain-en-Laye. Notice rédigée par Soline Morinière BIBLIOGAPHIE DOUAU Françoise, « Abel Maître, mouleur, restaurateur », Antiquités nationales, n°16-17, 1984-1985, p. 17-20. GRAN-AYMERICH Eve, Naissance de l’archéologie moderne 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 1998. GRANGER Catherine, L’Empereur et les arts : la liste civile de Napoléon III, Paris, Ecole des Chartes, 2005. PROUST Clotilde, Les ateliers du Musée des Antiquités nationales : aux origines de la restauration en archéologie, thèse, Université Panthéon-Sorbonne, 2017. PROUST Clotilde, « Les ateliers du musée des Antiquités nationales. Aux origines de la restauration en archéologie ». Antiquités nationales, n°47, 2016-2017, p. 211-222. PROUST Clotilde. L’archéologie à l’atelier. Paris, Hermann, 2020. Archives nationales, 20150497/174/1, dossier de carrière. LIENS UTILES Musée d’Orsay, base Salons
Personnage du musée
Salomon Reinach
1858 - Saint-Germain-en-Laye / 1932 - Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)
Archéologue, philologue et épigraphiste français
Salomon Reinach a écrit plus de sept mille articles et une centaine d'ouvrages, dans les domaines les plus variés. Au début de sa carrière, commencée à l'Ecole normale supérieure et à l'Ecole française d'Athènes, puis en Afrique du Nord, il s'initie à la pratique des fouilles archéologiques en Asie Mineure, dans les îles grecques puis en Tunisie. Salomon Reinach au Musée des Antiquités nationales En 1885, Alexandre Bertrand obtient sa nomination comme attaché du Musée des Antiquités nationales qu'il ne devait plus quitter, devenant conservateur-adjoint en 1893, puis conservateur et directeur à partir de 1902, jusqu'à sa mort. Bertrand le familiarise avec l'archéologie celtique et gallo-romaine. Il aménage les salles du musée, multiplie les catalogues et les inventaires et compile des répertoires sur les statues grecques et romaines, les peintures du Moyen-Age et de la Renaissance, et les vases grecs et étrusques. Dès son entrée au musée de Saint-Germain-en-Laye, il enrichit la bibliothèque de milliers de publications scientifiques et de guides pour le public. Son souci de vulgarisation est grand et se traduit par le succès des cours d'archéologie nationale qu'il donne dans le cadre de l'Ecole du Louvre, entre 1890 et 1892, et de 1895 à 1910. Grâce à ses très nombreux contacts internationaux, Salomon Reinach permet d'enrichir le Musée des Antiquités nationales de très nombreuses séries étrangères. Son rayonnement scientifique est immense et il joue un rôle de premier plan dans de nombreuses sociétés savantes. C'est l'un des piliers de l'une des plus importantes revues archéologiques françaises, la Revue archéologique, dont il devient secrétaire de rédaction en 1885, puis directeur, avec Edmond Pottier (figure centrale de l'archéologie classique), en 1903 et jusqu'à sa mort. Son érudition prodigieuse et sa capacité de travail exceptionnelle, qu'il gardera jusqu'à la fin de sa vie, suscitent l'admiration. Dans son discours prononcé au cours de la journée commémorative à sa mémoire, Raymond Lantier, son successeur, se souvient des dernières années : "Dans l'existence si bien ordonnée de Salomon Reinach, trois matinées étaient consacrées, chaque semaine, à Saint-Germain. Dix heures sonnaient à l'horloge du château, lorsqu'il entrait dans la bibliothèque, suivi du gardien, porteur de ses deux serviettes, l'une renfermant les documents relatifs à la conservation, l'autre les paquets de notes destinées à la "Revue archéologique", dont il assurait la plus large part de la rédaction. Tout se passait comme sur un rythme depuis toujours établi : classement dans le carton de la Revue de l'abondante moisson des dernières lectures, puis dépouillement du courrier où figuraient maintes demandes de renseignements, parfois assez pittoresques, auxquelles il répondait aussitôt avec autant de patience que de bonne grâce. Je lui dois ce conseil que j'ai toujours suivi, de répondre, autant que faire se peut, à toute lettre par retour du courrier. Que chaque fois aussi ai-je été le témoin de la facilité avec laquelle il pouvait, tout en poursuivant une conversation, rédiger, dans leur propre langue, ses réponses à des correspondants étrangers." Pour aller plus loin : - Liens : http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/reinach-salomon.html
Mégalithe
Benoît-Claude Champion
26 mai 1863 – Sevrey (Saône-et-Loire) / 9 novembre 1952 – Saint-Germain-en-Laye (Yvelines)
Sculpteur et mouleur français, chef technique de l’atelier de moulage et de restauration du musée des Antiquités nationales, aujourd’hui musée d’Archéologie nationale
UN ARTISTE AU MUSÉE Fils de Claude Champion et Constance Baillet, Benoît-Claude Champion est d’abord élève à l’école communale de Chalon-sur-Saône, puis apprenti sculpteur sur bois. Il intègre l’école des Beaux-arts de Dijon entre 1879 et 1881 et y suit l’enseignement du sculpteur François Dameron. Le département de la Côte-d’Or lui accorde une bourse pour poursuivre sa formation à Paris : en 1882, Benoît-Claude Champion entre à l’École des Beaux-arts de Paris et intègre les ateliers des sculpteurs Alexandre Falguière et François Jouffroy. Il reçoit au cours de sa scolarité plusieurs médailles attestant ses mérites en tant que sculpteur. À partir de 1881, il expose régulièrement aux salons des artistes français qui se tiennent à Paris au Palais des Champs-Elysées. Les œuvres présentées sont exclusivement des portraits, en buste ou en médaillon. En 1888, il travaille comme auxiliaire du sculpteur Jean Gautherin, auteur du monument commémoratif du centenaire de la mort de Diderot, encore exposé boulevard Saint-Germain à Paris. En 1889, il participe à son compte aux travaux de la Banque de France avant de travailler jusqu’en 1896 pour le sculpteur Denys Puech, grand prix de Rome. Recommandé par ce dernier et par Emmanuel Frémiet, il est alors approché par Alexandre Bertrand et Salomon Reinach qui cherchent un successeur pour le poste d’Abel Maître, chef de l’atelier de moulage et de restauration du musée, sur le point d’être admis à la retraite. Benoît-Claude Champion maîtrise la sculpture, le modelage, le moulage, la photographie, la galvanoplastie, le dessin, la serrurerie, l’ébénisterie. Il est le candidat idéal. Au sein du musée, l’atelier de moulage et de restauration est un rouage essentiel servant non seulement à l’enrichissement des collections et à leur diffusion vers l’extérieur mais aussi aux mouvements des collections (emballage, transport), à leur expertise, à l’aménagement des collections, leur classement et leur conservation, à la conception du mobilier, à l’accueil des chercheurs. FAIRE LE PORTRAIT DE L'ARCHÉOLOGIE Par son entrée au musée, Champion n’abandonne pas pour autant la sculpture. Avec la donation de la collection Piette, il est chargé par Salomon Reinach de réaliser le portrait en buste du donateur. Le buste en marbre destiné à orner la salle dédiée à cette imposante collection est présenté au Salon de 1905. Il accueille encore aujourd’hui les visiteurs de la salle Piette. Il exécute également le portrait d’Alexandre Bertrand, premier grand directeur du musée de Saint-Germain et est l’auteur de bustes d’une demi-douzaine d’archéologues renommés du tournant des XIXe et XXe siècles conservés dans les collections du musée : Joseph Déchelette, Louis Capitan, Léon Henri-Martin, Zacharie Le Rouzic, Denis Peyrony et l’abbé Henri Breuil. RENOUVELER L'ART DU MOULAGE Champion poursuit l’œuvre de l’atelier de moulage dans le fonctionnement mis en place sous Abel Maître. L’atelier produit des tirages en plâtre ou des reproductions en galvanoplasties soit dans les locaux de l’atelier, soit lors de campagnes de moulages à l’extérieur. Parmi les grandes campagnes de moulage de Champion, on peut citer celle d’Arles en 1900-1901 pour prendre l’empreinte d’une série de sarcophages et de sculptures antiques ou encore celle des hypogées de la Marne en 1932 pour mouler les sculptures néolithiques des parois. On doit tout particulièrement à Champion deux développements particuliers du processus de reproduction : Le développement sur une surface plane d’objets cylindriques appelé « déroulé » afin de faciliter la lecture des représentations figurées et donc l’étude et la publication de ces objets (cylindres phéniciens gravés, gravures paléolithiques sur bois d’animaux, gobelets ou vases décorés). Il en propose des versions redressées sans déformation de perspectives. Deux nouveaux procédés de moulage : le premier utilisant la galvanoplastie et destinée à reproduire « indéfiniment » des objets paléolithiques dont la fragilité ne permet qu’une seule prise d’empreinte ; le second étant un nouveau système de moulage à la gélatine, simplifiant et automatisant le travail par l’emploi d’un châssis et permettant de mouler un grand nombre de pièces en même temps. UN INTÉRÊT POUR L'ART DE LA PRÉHISTOIRE Dès 1897, Champion assiste l’abbé Breuil dans son étude de la collection Lartet. Il est chargé de l’aménagement de la salle Piette avec le donateur puis avec l’abbé Breuil. Dans l’entre-deux-guerres, il contribue également au réaménagement de la salle de la Pierre taillée dont Breuil est chargé par Raymond Lantier. Au moment de l’affaire Glozel, Champion est envoyé en mission pour étudier les objets et publie un rapport décisif qui affirme que ce sont des faux. PRÉSERVER ET RESTAURER : UN PROFESSIONNEL RECONNU À L'INTERNATIONAL La manipulation des objets et les problématiques de conservation apportent à Champion une expertise dans ce domaine, une « vraie connaissance technique des objets » selon Clotilde Proust, des matériaux, de leur vieillissement et des altérations. Il est chargé par Salomon Reinach de réétudier le mobilier en fer du musée, « tâche difficile devant laquelle les archéologues professionnels auraient reculé » souligne Reinach : son étude est publiée dans la Revue archéologique en 1916. Si Abel Maître s’était investi dans la conservation et les procédés de restauration des matériaux ferreux, Champion s’intéresse tout particulièrement à la préservation des objets en os, en ivoire et en bois dont la conservation est tout aussi difficile. Il met en œuvre un procédé de consolidation par imprégnation de la matière et met en place une cuve dans l’atelier pour que cette opération se fasse sous vide. Il acquiert dans le domaine de la restauration une expertise de renommée nationale et internationale. En 1930, il fait partie de la commission pour le nouveau laboratoire du Louvre. La même année, il est choisi pour figurer dans la délégation de treize experts chargés de représenter la France à la conférence de Rome organisée par l’Office international des musées. Il communique sur l’identification et la conservation des objets préhistoriques. En juillet 1934, le directeur des Musées nationaux déclare : « L’atelier de Saint-Germain a, d’ailleurs sous son impulsion et son initiative, dépassé depuis longtemps le rôle matériel que désigne son appellation. C’est aujourd’hui un laboratoire, modèle du genre, considéré comme un exemple à imiter par les Musées similaires à l’étranger. » UNE LONGUE CARRIÈRE DÉDIÉE AU MUSÉE Admis à la retraite le 1er juillet 1934, Champion souhaite poursuivre son activité au musée. Le statut d’auxiliaire lui est refusé par l’administration mais il poursuit à titre bénévole son activité et continue à être logé sur place. Il orchestre, sous la direction de Raymond Lantier, alors directeur du musée, l’évacuation des collections au début de la Seconde guerre mondiale. Le soin apporté à l’emballage et à l’étiquetage des objets a permis la préservation des objets et par la suite de rendre plus efficace la réintégration des collections dans les salles du musée. D’octobre 1943 à novembre 1946, il reprend officiellement son service pour une mission temporaire liée au retour des collections et au réaménagement du musée. Il obtient par la suite une allocation du CNRS et est chargé de publier ses travaux de recherche en conservation-restauration. Champion travailla ainsi plus de 50 ans pour le musée des Antiquités nationales et contribua à la renommée de ses ateliers et de ses collections. Dans l’hommage qu’il lui rend, l’abbé Breuil annonce que Champion disposait des qualités de « technicien », d’« archéologue » et d’« artiste ». Notice rédigée par Soline Morinière BIBLIOGRAPHIE « Séance du 27 novembre 1952 », In : Bulletin de la Société préhistorique de France, Volume 49, n°11-12, pp. 585-586, 1952. PROUST Clotilde, Les ateliers du Musée des Antiquités nationales : aux origines de la restauration en archéologie, thèse, Université Panthéon-Sorbonne, 2017. PROUST Clotilde, L’archéologie à l’atelier, Paris, Hermann, 2020. Archives nationales, 19990224/21, dossier de carrière de Benoît-Claude Champion. LIENS UTILES Musée d’Orsay, base Salons
Personnage du musée
Henri Hubert
1872 - Paris / 1927 - Chatou (Yvelines)
Archéologue, orientaliste et préhistorien français
Une riche formation intellectuelle Reçu en 1892 au concours de l'École normale supérieure, Henri Hubert s'initie aux langues sémitiques. A l'École pratique des Hautes Études, il se consacre à l'histoire des religions. Son intérêt pour la nature des phénomènes religieux le rapproche de Marcel Mauss, "le père de l'ethnographie française", qui fréquente les mêmes cours de langues orientales, l'introduit dans le milieu des sociologues et l'incite à collaborer à la revue l'Année sociologique. Sa curiosité d'esprit, sa formation et la fréquentation de personnalités scientifiques de renom lui permettent de gagner une solide compétence en géographie et en histoire des civilisations assyro-babylonienne, hébraïque, gréco-romaine, celtique et germanique. Henri Hubert au Musée des Antiquités nationales Entré en 1898 au musée des Antiquités nationales comme attaché libre puis promu conservateur-adjoint, Hubert réorganise de nombreuses salles : celles de l'âge du bronze, de l'époque de Hallstatt (âge du fer), des métiers et de la poterie gallo-romaine, ainsi que les salles dédiées aux collections Piette, Moreau, d'Acy, de Baye et Morgan. La création d'une salle d'archéologie comparée En 1910, le directeur du musée, Salomon Reinach, lui confie la réalisation d'une nouvelle présentation de la salle de Mars (salle d'archéologie comparée et ancienne salle de bal du château) qui, depuis l'ouverture du musée en 1867, servait de "magasin général et de lieu d'exposition pour les monuments trouvés hors de Gaule, présentant de l'intérêt à titre d'éléments de comparaison". Aidé par Marcel Mauss, il va concevoir cette salle pour illustrer "l'histoire ethnographique de l'Europe et de l'humanité" depuis les origines jusqu'au tout début du Moyen Âge. Hubert, une approche sociologique de l'archéologie Hubert pense que seule une vision d’ensemble des cultures humaines dans toute leur étendue temporelle et spatiale amène à une juste compréhension de la formation et de l’évolution des sociétés humaines. Essayant de classer ces sociétés selon leur succession chronologique et leur niveau technique, il organise la présentation selon deux axes principaux qui se recoupent : - l'axe longitudinal de la salle montre les étapes techniques selon leur ordre d'apparition supposé (du Paléolithique au haut Moyen Âge : taille de la pierre, fabrication de la céramique, maîtrise de la métallurgie, fabrication d'objets en matériaux organiques...) - plusieurs axes transversaux permettent d'établir des comparaisons entre continents ou zones géographiques plus ou moins éloignés pour montrer la permanence ou la variabilité des milieux et des techniques utilisés par les groupes humains, par exemple au Proche-Orient, en Égypte, en Europe, dans le Caucase ou en Amérique... Un réseau de spécialistes Au cours de son travail, Hubert est en relation avec un grand nombre de spécialistes et d'hommes de terrain qui enrichissent régulièrement les collections du MAN. Il réussit à faire transférer au musée la collection océanienne de l'ancien musée de Marine du Louvre (1907-1911) qui, avec la collection donnée par Jacques de Morgan en 1910, constituera le noyau primordial de la salle de comparaison. D’une santé précaire, Henri Hubert meurt subitement en 1927 avant d'avoir achevé ses projets de réorganisation et la publication de ses deux gros ouvrages consacrés aux Celtes puis aux Germains. Pour aller plus loin : Notice Henri Hubert sur le site de l'INHA Étude critique de l'article de Marcel Mauss et de Henri Hubert "Esquisse d'une théorie de la magie", à partir des manuscrits conservés au musée d'Archéologie nationale Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Naissance de l’archéologie moderne 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 1998. GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. Henri Hubert [Nécrologie], in Bulletin de la Société préhistorique française, t. 24, n° 6, 1927, p. 162-163.
Grand donateur
Raymond Lantier
1886 - Lisieux (Calvados) / 1980 - Le Vésinet (Yvelines)
Préhistorien, historien de l'Antiquité romaine, historien de la Gaule et hispanisant français
Au cœur de la collaboration franco-hispanique Il alimente la "chronique ibéro-romaine" du Bulletin hispanique. C'est un exemple de la collaboration des chercheurs espagnols et français. Ce travail collectif se fait essentiellement dans le cadre de l'Ecole des Hautes-Etudes hispaniques. Il est également membre de la Casa Velázquez. Pendant la Première Guerre mondiale, R. Lantier intègre l'Institut français de Madrid et collabore à la diffusion de la propagande française avec l'abbé Breuil. Il est mobilisé et affecté au Service d'information navale de l'Ambassade de France à Madrid. Un homme au service de l'archéologie En 1918, il poursuit l'"inventaire de monuments sculptés pré-chrétiens de la péninsule ibérique" qu'avait entrepris E. Albertini. Deux ans plus tard, son intérêt se porte sur l'archéologie de l'Afrique du Nord, alors en pleine expansion, et plus précisément sur celle de Tunisie. En 1934, il mesure le retard de la France en matière d'organisation et de législation archéologique. La création en 1939 du CNRS et de la XVe commission pour les "fouilles archéologiques en France métropolitaine" est pensée comme la solution à ces problèmes. Raymond Lantier dénonce à la fois le manque de cohérence des institutions centrales et le centralisme inefficace. De plus, jusqu'en 1939, l'archéologie à l'étranger reste favorisée. Malgré les efforts pour que l'archéologie nationale rattrape son retard, les archéologues dits classiques gardent l'avantage sur les préhistoriens. En 1943, A. Grenier, R. Lantier et R. Vaufrey soulèvent la question de l'initiation aux techniques de fouille et suggèrent la publication de manuels qui s'inspirent de ce qui est déjà produit en Angleterre ou en Espagne. 1945 est un tournant pour les sciences humaines, et plus particulièrement pour l'archéologie préhistorique et métropolitaine, dont les besoins sont considérables et soulignés avec insistance. À Saint-Germain-en-Laye En 1932, Raymond Lantier devient le conservateur en chef du musée de Saint-Germain-en-Laye. De plus, il est un des représentants de la tendance sociologique, ce qui n'est pas le cas de tous les préhistoriens qui lui sont contemporains. Sous sa direction, le musée augmente ses collections. Il occupe ce poste jusqu'en 1956. Pour aller plus loin : - Fonds Lantier de l'Institut de France : 14-18.institut-de-france.fr/fonds-lantier.php. - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Naissance de l’archéologie moderne 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 1998. GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001.
Personnage du musée
André Varagnac
1894 - Paris / 1983 - Carnac (Morbihan)
Universitaire, conservateur et folkloriste français
Un folkloriste reconnu Etudiant, il se passionne pour les écrits de Lévy-Bruhl, Durkheim et Sir James Frazer. Il est un des acteurs majeurs de l'émergence du folklore en tant que discipline à part entière. A partir de 1919, il est l'élève d'Henri Hubert et de Marcel Mauss à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. En 1923, il obtient son diplôme d'études supérieures de psychologie expérimentale puis est licencié de philosophie en 1925. En 1928, il participe à la création de la Société du Folklore français. Il enseigne la philosophie de 1926 à 1935. L'après Seconde Guerre mondiale A la Libération, il demande sa mutation au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye. Il y est nommé conservateur en chef en 1957. Il occupe ce poste jusqu'en 1963. De 1947 à 1949, il est secrétaire-général du Centre de synthèse. En 1960, il fonde, puis dirige jusqu'en 1965, la revue Antiquités nationales et internationales. Pour aller plus loin : - Bibliographie : OLIVIER L., Nos ancêtres les Germains. Les archéologues au service du nazisme, Paris, Tallandier, 2012. - Liens : www.archishs.hypotheses.org/514
Mégalithe
Claude Frédéric-Armand Schaeffer
6 mars 1898 – Strasbourg (Bas-Rhin) / 25 août 1982 – Saint-Germain-en-Laye
Archéologue orientaliste français
Un archéologue alsacien Fils d’industriel, il se passionne rapidement pour l’archéologie. Après des études à l’université de Strasbourg puis à Oxford, Claude Schaeffer s’intéresse d’abord à l’étude de la protohistoire régionale et publie plusieurs contributions à l’archéologie alsacienne. Entre 1926 et 1930, il se consacre à la publication de la collection Nessel provenant de l’exploration de tumuli de la forêt de Haguenau (Bas-Rhin) qui le fait reconnaître comme l’un des meilleurs et des plus actifs archéologues de sa génération. Ougarit : le site d'une carrière En 1924, il devient conservateur du Musée archéologique et du cabinet de numismatique de la bibliothèque universitaire de Strasbourg. Au printemps 1928, près du port de Lattaquié (Syrie), un paysan met au jour un tombeau construit en pierre, qui s’avère être du Bronze récent. C’est en 1931 que le site de Ras Shamra est formellement identifié comme étant celui de l’antique Ougarit, où Claude Schaeffer mènera 32 campagnes de fouilles régulièrement publiées sur plus de quarante années d’activité. A la recherche de l’âge du bronze en Méditerranée orientale Nommé conservateur-adjoint au Musée des Antiquités nationales en 1933, poste qu’il occupera jusqu’en 1946, Claude Schaeffer partage son temps ente le musée et les travaux de terrain. Dès les années 1930, il entreprend notamment des fouilles à Chypre qu’il développera encore davantage, particulièrement à Enkomi, après la Seconde Guerre mondiale. Répondant à l’appel du Général de Gaulle, il décide de rejoindre la Marine française libre en Grande-Bretagne. Au lendemain de la victoire, il est nommé directeur de recherche au sein du tout récemment créé Centre national de la Recherche Scientifique (CNRS) et publie en 1948 l’énorme somme Stratigraphie comparée et chronologie de l’Asie occidentale (IIIe et IIe millénaire), Syrie, Palestine, Asie Mineure, Chypre, Perse et Caucase, rassemblant le fruit de ses lectures pendant la guerre et de ses recherches en Asie occidentale entre 1929 et 1939. A l’École du Louvre, il succède à Raymond Lantier comme professeur de préhistoire européenne et d’archéologie nationale (1951-1954). Élu membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et professeur au Collège de France en 1953, Claude Schaeffer y enseignera pendant quinze ans tout en continuant ses fouilles. Il consacre les dernières années de son existence à la préparation du Corpus des cylindres-sceaux de Ras Shamra-Ougarit et d’Enkomi-Alasia, qu’il parvient à publier avant sa mort. Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. WILL E., « Nécrologie : Claude Schaeffer (1898-1982) », In : Syria, Tome 60, Fascicule 3-4, pp. 343-345, 1983. - Liens : www.universalis.fr/encyclopedie/claude-schaeffer/ https://salamandre.college-de-france.fr
Personnage du musée
André Malraux
1901 - Paris / 1976 - Créteil (Val-de-Marne)
Ecrivain, intellectuel et homme politique français
André Malraux prend la tête des affaires culturelles en 1958 sous la présidence de Charles de Gaulle. Sa politique se compose de plusieurs axes fondamentaux : sauvegarder et valorise les grands monuments et les secteurs urbains remarquables, démultiplier l’offre culturelle d’excellence, soutenir la création contemporaine ou encore refaire de Paris un centre artistique international. Ses cendres sont transférées au Panthéon le 23 novembre 1996. Une nouvelle présentation pour les collections du Musée Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la présentation des salles d’exposition du Musée des Antiquités nationales est vétuste et inadaptée aux exigences du public. André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles et passionné d’archéologie, propose un ambitieux programme de rénovation. Le but est de rendre le parcours de visite plus clair. La restauration débute en 1962 alors qu’André Varagnac est directeur et s’achève en 1976, sous René Joffroy. Le parcours muséographique passe de quatre niveaux à deux et les collections archéologiques sont limitées à environ 30 000 pièces de référence. Le parcours est désormais chronologique et débute par la Préhistoire. L'importance de Saint-Germain-en-Laye au niveau national Le 25 mars 1965, A. Malraux profite que de Gaulle soit de passage à Saint-Germain-en-Laye pour lui faire visiter le musée. Le 9 avril de la même année, lors de l’inauguration des salles de la Gaule romaine et de l’époque mérovingienne, le Ministre déclare : « Il y a deux grands musées en France, le Louvre et le Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye. » Ce programme muséographique prend fin en 1984 avec l’ouverture de la salle d’Archéologie comparée, située dans l’ancienne salle de bal. Pour aller plus loin : - Bibliographie : FOULON C.-L. (sous la dir. de), André Malraux et le rayonnement culturel de la France, Bruxelles, Editions Complexe, 2004. MORIN V., « La culture majuscule : André Malraux », In : Communications, Volume 14, n°1, pp. 70-83, 1969. PERIN P., Le musée des Antiquités nationales, Paris, RMN Fondation BNP Paribas, 2004. - Liens : http://www.culturecommunication.gouv.fr/Ministere/Histoire-du-ministere/Les-ministres/Andre-Malraux
Personnage du musée
Charles Louis René Joffroy
1915 - Chaumont (Haute-Marne) / 1986 - Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or)
Archéologue français
Spécialiste de l'Age du fer celtique, il est resté célèbre pour avoir découvert, en janvier 1953, la tombe princière de Vix qui ouvre un nouveau domaine de recherche mettant en évidence les relations entre le monde celtique et le monde méditerranéen. Un protohistorien reconnu En 1944, il est investi de la responsabilité du musée de la Société archéologique et historique du Châtillonnais. Il en devient le président en 1948. C'est à cette période qu'il débute ses recherches à Vix avec Maurice Moisson. Sa thèse de doctorat porte sur la tombe de Vix et sur l'habitat du mont Lassois (Côte-d'Or). Ces travaux assurent sa réputation de protohistorien. Il devient attaché de recherche au CNRS et mène dix-neuf campagnes de fouilles sur le mont Lassois. Il préside la Société préhistorique française et est élu membre correspondant de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et de l'Institut archéologique allemand. A Saint-Germain-en-Laye En 1957, il devient conservateur au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye. Il en devient le directeur en 1964, jusqu'en 1984. Il supervise la rénovation du Musée qui s'achève en 1983 avec l'inauguration de la salle d'archéologie comparée conçue par H. Hubert et restée inachevée depuis 1920. Pour aller plus loin : - Bibliographie : GRAN-AYMERICH E., Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS Editions, 2001. René Joffroy, Le trésor de Vix, Fayard, 1962.