DE LA SCULPTURE ANIMALIÈRE AU MOULAGE D'OBJETS ARCHÉOLOGIQUES
Né à Paris, fils de Jean Thomas et de Marie-Angélique Thibaut, Abel Maître se forme auprès du sculpteur animalier Antoine-Louis Barye, qui occupe également le poste de directeur de l’atelier de moulage du musée du Louvre de 1848 à 1850. Suivant les pas de son maître, Abel Maître réalise des sculptures animalières qu’il présente aux expositions des Beaux-arts de Paris en 1861, 1863 et 1864. Au début des années 1850, il travaille un moment pour l’atelier de moulages du musée du Louvre, notamment pour l’importante commande de plâtres à destination de l’Angleterre et sollicite en 1854 un recrutement pérenne à la suite du départ du mouleur italien Micheli.
Établi comme mouleur indépendant à Paris au début des années 1860 au 53 rue Notre-Dame-des-Champs, il obtient dès 1861 deux commandes qui vont orienter sa carrière. Il est chargé de seconder Ludwig Lindenschmidt, archéologue allemand et directeur du musée central romain-germanique de Mayence (RGZM) et son mouleur Philippe Roth, pour réaliser des moulages des collections des musées parisiens. Il perfectionne ainsi son savoir-faire dans le moulage d’objets archéologiques. Il reçoit également cette année-là une demande de moulage pour le compte de la Commission de Topographie des Gaules à laquelle il reste associée les années suivantes. Ces reproductions sont destinées au futur Musée gallo-romain que Napoléon III créé en 1862 au château de Saint-Germain-en-Laye. En 1863, il accompagne Auguste Verchère de Reffye, officier d’ordonnance de l’empereur, à Mayence pour se former à la prise d’empreinte et à la mise en couleur des tirages au RGZM. Il poursuit son voyage et son activité de moulage dans les musées de Wiesbaden, Ombourg, Vienne en Autriche et Pest en Hongrie. En 1864-1865, il fait plusieurs voyages en Bretagne pour faire des relevés des dolmens de Locmariaquer dont il exécutera ensuite des maquettes, et des moulages au musée de Vannes.
En 1864, sous l’impulsion d’Auguste Verchère de Reffye, Abel Maître dirige l’« Atelier de reproduction d’objets d’archéologie établi sous le patronage de l’Empereur » installé au 47 rue de Sèvres à Paris. Il est toujours sollicité pour l’aménagement du Musée gallo-romain, et notamment chargé d’exécuter les plans en reliefs d’Uxellodunum et d’Avaricum. Les liens avec le musée se resserrent, au point que l’atelier est déménagé au château de Saint-Germain-en-Laye en avril 1866.
UN HOMME DE TERRAIN ET UNE DES CLÉS DE VOÛTE DU MUSÉE
Abel Maître entre officiellement au Musée gallo-romain en novembre 1866 avec le titre d’Inspecteur des ateliers dont il assure la direction. Son activité est polyvalente : moulage, galvanoplastie (dès 1868), dessin d’objets, relevés de terrain, fouilles, opérations de restauration d’objets archéologiques, expertise et transports de collections, dessin de mobilier muséographique, il participe tout à la fois à l’enrichissement des collections, à leur préservation et leur présentation.
Il collabore à l’expérimentation de reproductions d’armes antiques avec Verchère de Reffye, dont les démonstrations rencontrent un vif succès à Mayence et à Saint-Germain-en-Laye.
Entre 1864 et 1886, Abel Maître fait de très nombreuses campagnes de moulage dans les musées français à Quimper, Rennes, Saumur, Bougon, Niort, Vannes, Poitiers, Toulouse, Narbonne, Nîmes, Cahors, Dijon, Besançon, Rouen, Sens, Langres, Orléans et Troyes, toutes destinées à enrichir les collections du musée de Saint-Germain. Parmi les opérations de moulages les plus spectaculaires figurent les prises d’empreinte des dalles gravées du Cairn de Gavrinis en 1866, de l’arc de triomphe d’Orange en 1868, du monument des Julii à Saint-Rémy-de-Provence en 1869. Ses tirages en plâtre peints, véritables trompe-l’œil, font l’admiration des visiteurs et consacre le haut niveau d’excellence de l’atelier du musée. Abel Maître forme lui-même les mouleurs de son atelier à ces critères d’exigence. En 1873-1874, il accompagne Alexandre Bertrand, directeur du musée, en Italie, en Allemagne méridionale, en Autriche et en Suisse et réalise de nombreux dessins et moulages.
Il développe également une activité d’archéologue pour la fouille et le relevé de sites archéologiques. Il fouille à Thenay en 1872, à Magny-Lambert en 1872 et 1873, à Vitry-les-Reims en 1873, à Golasecca en 1873, à l’Étang-la-Ville en 1875, à Saint-Maur-les-Fossés en 1887. Maître acquiert ainsi une solide connaissance de l’archéologie nationale et tout particulièrement de la Protohistoire.
Le cœur de son activité reste néanmoins la direction des ateliers, le classement et l’installation des collections dans un musée en plein aménagement.
En 1894, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. Dès la fin de l’année 1894, malade, il demande à quitter son poste, mais reste tout de même deux ans de plus, jusqu’à ce qu’un successeur lui soit trouvé, en la personne de Benoît-Claude Champion. Par arrêté du 11 janvier 1897, il est nommé Inspecteur honoraire des ateliers du musée de Saint-Germain-en-Laye.
Notice rédigée par Soline Morinière
BIBLIOGAPHIE
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Archives nationales, 20150497/174/1, dossier de carrière.
LIENS UTILES
Origine et date
9 mars 1830 - Paris / 24 novembre 1899 - Le Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne)
Sculpteur et mouleur français, chef de l’atelier de moulage et de restauration du musée des Antiquités nationales