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Pendentif en forme de peigne de Dôle

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Pendeloque de Dôle (Jura)
Pendeloque pectiforme de Dôle (Jura) © MAN(Musée d’Archéologie nationale)/Valorie Gô
Pendeloque vue de face
Pendeloque pectiforme du dépôt de Mathay (Doubs) © Musées de Montbéliard (photo. P. Guénat)
La barque solaire aux oiseaux
Détail du motif de la “barque solaire aux oiseaux“, situle d’Unterglauheim (Allemagne) © DAO - Stefan Wirth/Delphine Taverne (MAN)
Gravure rupestre de Tanum (Suède)
Gravure rupestre de Tanum (Suède) représentant un bateau et son équipage © DAO - Delphine Taverne (MAN)

Moins de six centimètres de bronze, et pourtant ce petit pendentif venu du Jura est une clef vers les grands récits de l’âge du Bronze, entre figure féminine, barque solaire et outil de tisserande.

UN OBJET SANS PROVENANCE MAIS PAS SANS HISTOIRE

Acquis en 1872 auprès d’un antiquaire établi à Dôle (Jura), ce petit pendentif en bronze, mesurant moins de 6 cm, ne bénéficie d’aucune information sur sa provenance ni sur son contexte archéologique. Il n’en est pas moins d’un grand intérêt par sa forme singulière : un anneau sommital encadré par deux protomés d’oiseaux aquatiques stylisés, une base en forme de peigne — et, dans l’ensemble, l’apparence d’une figure humaine (tête, bras, jupe longue). Ce type de pendentif, dit pectiforme, est attesté dans la zone alpine et dans de nombreuses stations lacustres de la fin de l’âge du Bronze en Allemagne et en Suisse (Genève, Estavayer, Auvernier, ou Guévaux).

UNE DÉCOUVERTE RÉCENTE : LE DÉPÔT DE MATHAY

il faut attendre 2006, et la découverte d’un dépôt complet de l’âge du Bronze enfoui dans la forêt communale de Mathay dans le Doubs, pour que le mystère entourant la fonction de ce type d’objet soit enfin partiellement levé. Le dépôt de Mathay, soigneusement placé dans un vase, contenait plus de 2000 objets, parmi lesquels deux petites pendeloques très proches de celle de Dôle, découvertes à l’extrémité d’un alignement de plus de 900 anneaux de bronze. Ces chaînes de maillons étaient autrefois peut-être cousues sur un vêtement ou formaient une ceinture (Piningre, Ganard, 2021).

UNE IMAGE AMBIVALENTE ET PUISSANTE

Ces objets ne se laissent pas facilement interpréter. Par leur forme composite, ils peuvent être lus de multiples façons. Une interprétation symbolique, proposée dès le début du XXe siècle par Joseph Déchelette, y discerne une représentation solaire : le soleil transporté sur une barque est tracté par des oiseaux aquatiques. Cette lecture établit un parallèle lointain avec les gravures rupestres de Suède, les motifs ornant les rasoirs de Gotland, ainsi que certains chaudrons et cuirasses alpins du Bronze final. Ces oiseaux porteurs de lumière sont aussi des figures de passage. En Irlande comme en Grèce, le cygne ou le canard est l’oiseau de l’au-delà, le messager entre les mondes. Ce sont aussi les oiseaux des Moires, qui tissent le destin des vivants, et ceux d’Apollon Hyperboréen, dont le char revient chaque année porté par des cygnes. Le pendentif de Dôle pourrait ainsi incarner ce mouvement cosmique, ce lien entre cycles naturels et cycles humains.

UN OUTIL TEXTILE MINIATURISÉ ?

Mais il est une autre lecture possible, complémentaire : celle d’un outil. La base du pendentif rappelle de manière frappante le peigne du métier à tisser, tel qu’il est connu dans les stations palafittes ou dans les mines de sel de Hallstatt. Christine Reich, dans son étude sur les représentations anthropo-aviiformes du Bronze moyen danubien, souligne combien les vases et idoles portant collier, plumage stylisé ou traits humains participent d’un même registre symbolique, où la femme, l’oiseau et l’acte de tisser sont étroitement liés. Le peigne, au Bronze final, est un objet autonome, que la tisserande pouvait porter à la ceinture, comme on le fait d’un couteau ou d’une fusaïole. Il devient alors doublement signifiant : outil de travail et symbole du destin, de la cyclicité du monde. Pour certains archéologues comme Yann Lorin, les ceintures articulées du Bronze final sont peut-être également une évocation matérielle du métier à tisser, chaque maillon représentant une trame, chaque anneau un fil de chaîne — et les pendeloques, les pesons ou les peignes d’os devenus métal. N’oublions pas que ce sont des femmes, les Parques ou les Moires, qui filent le destin des êtres humains ; que c’est une femme, Pénélope aux blanches mains, qui tisse le linceul de son beau-père Laërte, et le défait chaque soir, dans l’attente du retour de son époux Ulysse.

Notice rédigée par Rolande Simon-Millot

Lexique

  • Protomé : partie avant du corps d'un animal
  • Pectiforme : en forme de peigne

BIBLIOGRAPHIE

PININGRE, Jean-François et GANARD, Véronique (dir.), Parures cérémonielles en France orientale au Bronze final. Le dépôt de Mathay (Doubs), Editions Universitaires de Dijon – Société archéologique de l’Est, Collection Art, Archéologie et Patrimoine, 2021, 302 p.

LORIN, Yann (2021), La place des parures dans la représentation de l’artisanat textile protohistorique : le cas des pièces intermédiaires des ceintures et des pendentifs en bronze. In Bronze 2019, 20 ans de recherches, Actes du colloque international anniversaire de l’APRAB, Bayeux (19-22 juin 2019), supplément n°7 au bulletin de l’APRAB, 2021, p. 603-

REICH, Christine. Vogelmenschen und Menschenvögel. Bronzezeitliche Vogel-Mensch-Darstellungen im mittleren und unteren Donauraum. In: Bernhard Hänsel (dir.), Gaben an die Götter. Schätze der Bronzezeit – eine Ausstellung des Museums für Vor- und Frühgeschichte, Staatliche Museen zu Berlin, Preußischer Kulturbesitz, Bestandskataloge 4, Berlin, 2005, p. 232–239.

WIRTH, Stefan (2021), Une place au soleil - Le motif central de la symbolique du Bronze final en contexte et en action. In Bronze 2019, 20 ans de recherches, Actes du colloque international anniversaire de l’APRAB, Bayeux (19-22 juin 2019), supplément n°7 au bulletin de l’APRAB, 2021, p. 603-