La Gaule romaine
La conquête de la Gaule chevelue par Jules César en 27 avant J.-C. est considérée comme le point de départ de la période gallo-romaine qui s'étend jusque 476 après J.-C. La structure politique, administrative, sociale et religieuse de la Gaule est totalement bouleversée.
Les objets
Statuette
Divinité de Bouray-sur-Juine
Bouray-sur-Juine (Essonne)
Fin du Ier s. av. J.-C. - début du Ier s. après J.-C. ?
Le panthéon gréco-romain s’impose aux Gaulois après la conquête de leur territoire, entre - 58 et - 52 av. J.-C. Cependant, certaines représentations reprennent des modèles antérieurs, comme c’est le cas de ce dieu assis en tailleur et portant un torque gaulois. UNE DÉCOUVERTE QUI REMONDE AUX ANNÉES 1845 C’est à l’occasion du curage de la rivière traversant le domaine du château du Mesnil-Voysin (Essonne) qu’est mise au jour cette statue. Bien des années plus tard, Antoine Héron de Villefosse (1845-1919) - éminent membre de la Commission Topographique des Gaules - prend connaissance de cette découverte qu’il rapporte en 1911 à la Société nationale des antiquaires de France. L’archéologue évoque dans sa description de l’objet la couleur jaune du cuivre, ce qui correspond bien à un objet ayant effectué un séjour prolongé dans l’eau. En 1933, les héritiers de la marquise d'Argentré en permettent l'acquisition par le musée des Antiquités nationales. UN ASSEMBLAGE DE TÔLES DE MÉTAL La description de l’objet réalisée par Héron de Villefosse fournit de précieuses informations sur l’état de conservation de l’objet au début du XXe siècle. La partie supérieure, correspondant à la tête et au cou, est formée de deux feuilles de métal moulées et donc plus épaisses que les autres parties du corps fabriquées en tôle de bronze martelées. La face arrière est dessoudée. Le torse et les jambes repliées du personnage sont constitués de deux tôles soudées entre elles, la jonction étant dissimulée par des petites baguettes de cuivre. Celles-ci ont été arrachées sur le côté droit et une agrafe de cuivre semble constituer une tentative de réparation. La tête, disproportionnée par rapport au reste du corps, est dotée d'orifices pour les yeux. Celui de gauche conserve un œil en pâte de verre blanche et bleu foncé pour la pupille. Quant aux mains aujourd’hui disparues, il est probable qu’elles reposaient sur les genoux du personnage, si on considère les traces encore bien visibles. L'absence de trace sur le torse suggère que les bras pouvaient être écartés, à l'image de la statuette du Glauberg en Allemagne (Guillaumet 2023). DES GAULOIS AUX GALLO-ROMAINS, L'AFFIRMATION D'UN MODÈLE Quand cette statue est publiée pour la première fois, très peu de comparaisons existent et Héron de Villefosse établit d'emblée un parallèle avec le personnage coiffé de bois de cerf figurant sur le chaudron de Gundestrup. Ce bassin en argent représente un homme assis en tailleur et tenant dans ses mains un torque ainsi qu'un serpent. Contrairement à cet exemple et à la majorité des sculptures de ce type en pierre, le dieu de Bouray est représenté nu. Les pectoraux sont soulignés ainsi que les omoplates et le haut des cuisses. Le visage se distingue par la finesse des traits évoquant un jeune homme. La chevelure est traitée sous la forme de mèches en relief. Quant aux jambes, elles sont mal proportionnées et se terminent par des pattes de cervidé. Ces personnages, assis en tailleur, dont les plus anciens exemplaires remontent à l'âge du Fer, possèdent presque toujours un torque autour du cou. Caractéristique du guerrier celte, cette parure devient progressivement un attribut divin. La présence d'une ramure de cerf permet d'interpréter certaines de ces sculptures comme le dieu Cernunnos. À l'époque gallo-romaine, les dieux assis sont présents dans de nombreuses cités et notamment dans le centre de la Gaule. La présence de fruits ou de corbeille sur certaines sculptures incite à les considérer comme des pourvoyeurs de richesses. Notice rédigée par Thierry Dechezleprêtre BIBLIOGRAPHIE DEYTS, Simone. Images des dieux de la Gaule. Paris : Errance, 1992, p. 14. GUILLAUMET, Jean-Paul. Les personnages accroupis : essai de classement. BUCHSENSCHUTZ Olivier ; BULARD Alain ; CHARDENOUX Marie-Bernadette ; GINOUX Nathalie. Décors, images et signes de l’âge du Fer européen. Actes du XXVIe colloque de l’Association française pour l’étude de l’âge du Fer (Paris et Saint-Denis, 9-12 mai 2002), Supplément à la Revue archéologique du Centre de la France (24), FERACF, 2003, p.171-182. HÉRON DE VILLEFOSSE, Antoine. Le dieu gaulois accroupi de Bouray (Seine-et-Oise). Mémoires de la Société Nationale des Antiquaires de France, Série 8, vol. 2 (1912) p. 244-275. LANTIER, Raymond. Le dieu celtique de Bouray. Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 34, fascicule 1-2, 1934. p. 35-58. LIENS UTILES https://archives.musee-archeologienationale.fr/index.php/informationobject/browse?topLod=0&sort=relevance&query=Bouray&repos=
Sculpture
Pilier aux quatre dieux
Paris, Pont-au-Change
Ier siècle
Ce bloc à quatre faces appartient à un groupe de sculptures bien connu en Gaule romaine : les colonnes soutenant la statue d’un dieu, le plus souvent Jupiter en cavalier terrassant un monstre mi-homme, mi-serpent, l’anguipède. UNE DÉCOUVERTE DU XVIIe SIÈCLE AU PIED DE LA SAINTE CHAPELLE Cette sculpture a été découverte à Paris, en 1784, lors de la construction d’un bâtiment situé entre le chevet de la Sainte-Chapelle et le pavillon du Palais de Justice. Grivaud de la Vincelle, le premier archéologue à l’examiner, la rapproche d’emblée au pilier des Nautes, mis au jour en 1711 sous la cathédrale Notre-Dame. D’abord conservé à la Bibliothèque royale, ce dé en calcaire est envoyé en 1862 au musée d’Archéologie nationale tout juste créé. Quatre dieux sont représentés sur les faces : Mercure, sa compagne - ou parèdre - Rosmerta, Apollon et enfin un génie ailé. Apollon, fils de Zeus et de Léto, est né à Délos avant de s’installer à Delphes où la Pythie est chargée de rendre ses oracles. Doté de pouvoirs de divination, Apollon est le dieu de la lumière, des arts et aussi de la musique. Pour cette raison, il est représenté traditionnellement avec un instrument de musique, une lyre. À la place du plectre permettant de faire vibrer les cordes, un animal est représenté dans sa main droite, sur sa poitrine. Il pourrait s’agir d’un oiseau ou d’un dauphin, en référence à la mythologie grecque. En effet, le poète Homère évoque au VIIIe siècle avant J.-C., dans son Hymne à Apollon, sa métamorphose en dauphin pour partir à la recherche du lieu qui accueillera son temple, Delphes. Mercure est représenté ici sous sa forme classique, nu avec un manteau sur l’épaule gauche, des talonnières à ses chaussures et le pétase, un chapeau doté d’ailes à son sommet. Un bouc est couché à ses pieds. De sa main droite, le dieu tient une bourse évoquant sa mission de protection des voyageurs et, de sa main gauche, un bâton autour duquel s’enroulent deux serpents, le caducée. Celui-ci présente la particularité d’être surmonté d’un coq chantant. La déesse Rosmerta dénote par le soin apporté à son apparence. En effet, elle est vêtue d’une robe longue au fin drapé d’où n’émerge que l’extrémité de ses pieds. Sa chevelure est recouverte d’un voile qui descend jusque dans son dos. Sa tête est coiffée d’un diadème et elle tient dans ses mains un caducée qui permet de l’identifier comme la compagne de Mercure. Cette déesse, dont le nom est connu par des inscriptions, est associée à l’abondance et à la prospérité. Le dernier personnage, vraisemblablement un jeune homme, a la particularité d’être représenté de trois-quarts, le pied droit reposant sur un bloc dont la forme générale évoque un autel. Il porte une sorte de manteau court – la chlamyde grecque - retenu par une agrafe sur l’épaule droite. Des ailes sont visibles au-dessus de ses épaules et sa chevelure, longue et bouclée, est surmontée elle-même d’ailerons. Reprenant le modèle du génie ailé gréco-romain, ce personnage se distingue par sa pose originale et la présence d’une pomme dans sa main droite. Notice rédigée par Thierry Dechezleprêtre BIBLIOGRAPHIE GRIVAUD DE LA VINCELLE, Recueil de Monumens antiques, la plupart inédits et découverts dans l’ancienne Gaule, tome premier, Paris 1817, II, p. 124-139. Pl. XV. NERZIC, Chantal. La sculpture gallo-romaine, Paris : Errance, 1989, p. 86. Lutèce. Paris, de Lutèce à Clovis. Catalogue de l’exposition réalisée par le Musée Carnavalet et le Musée national des thermes et de l'hôtel de Cluny, 3 mai 1984 - printemps 1985. Paris : Société des amis du musée Carnavalet, 1984, p. 308. LIENS UTILES https://archeologie.culture.gouv.fr/paris/fr/le-pilier-des-nautes
Statuette
Statuette de Mercure
Lyon (Rhône), dragages de la Saône, à la pointe de l’île Barbe, en amont de Lyon
Ier-IIIe siècle ap. J.-C.
Mercure, l’un des dieux le plus représenté en Gaule, est reconnaissable ici par sa jeunesse et les objets qui lui sont traditionnellement associés : le chapeau à pétase, le caducée et la bourse du voyageur. UNE DÉCOUVERTE FLUVIALE Cette statuette fait partie des nombreuses découvertes réalisées à l’occasion des dragages de la Saône, en l’occurrence en amont de Lyon, à la pointe de l’île Barbe. Son excellent état de conservation interroge : s’agit-il d’un objet tombé d’un bateau ou d’une offrande ? UN MERCURE AUX ALLURES TRÈS CLASSIQUES Cette sculpture, fabriquée selon la technique de la cire perdue, est en trois parties (personnage, caducée, socle). Mercure, dieu romain assimilé à l’Hermès grec, est représenté ici nu et légèrement déhanché. Il porte sur l’épaule gauche le manteau des voyageurs, la chlamyde. Ce vêtement, en usage chez les Grecs puis chez les Romains, est normalement retenu au cou par une agrafe. La qualité du drapé, en particulier sur la face arrière, démontre la bonne connaissance de l’art gréco-romain que possédait son auteur. Le dieu est coiffé d’un chapeau rond à larges bords pour s’abriter de la pluie et du soleil, le pétase. Celui-ci est doté d’ailes en référence à Hermès, mais l’une d’elles est manquante sur cette statuette. Des ailes sont également présentes sur ses bottes. La bourse, attribut classique du dieu Mercure, est tenue le bras légèrement plié, comme pour mettre en valeur cet objet symbole du commerce et de la prospérité. Le caducée, porté à gauche comme dans la majorité des cas, se distingue par son excellent état de conservation plutôt inhabituel pour une pièce aussi fragile. LE SUCCÈS DE MERCURE EN GAULE Le style de cette sculpture est très proche des exemplaires de l’époque tardo-républicaine, période durant laquelle commence à être diffusé le canon artistique romain. Bien que cet exemplaire mesure 15 cm, il appartient vraisemblablement à la production des bronziers des Ier -IIe siècles, dont la taille est souvent inférieure. Il s’agissait donc d’un type d’objet destiné à être placé sur un autel domestique d’une maison - le laraire - où sont honorées les divinités protégeant le foyer. Le dieu Mercure faisait l’objet d’un culte important dès le Ier siècle avant notre ère, comme l’évoque César dans la Guerre des Gaules : « Le dieu qu’ils honorent le plus est Mercure : ses statues sont les plus nombreuses, ils le considèrent comme l’inventeur de tous les arts, il est pour eux le dieu qui indique la route à suivre, qui guide le voyageur, il est celui qui est le plus capable de faire gagner de l’argent et de protéger le commerce1 ». 1 César, Guerre des Gaules, VI, 6, 17 (trad. L.-A.Constans) Notice rédigée par Thierry Dechezleprêtre BIBLIOGRAPHIE BOUCHER, Stéphanie. Recherches sur les bronzes figurés de Gaule pré-romaine et romaine. BEFAR 228, Rome : École française de Rome, 1976, 398 p. LANTIER, René. Argenterie et bronzes figurés recueillis dans les dragages de la Saône, Bulletin des musées de France, 1938, n°9, p. 155-157.
Stèle
Stèle funéraire d'Apinosus Iclius
Entrains (Nièvre)
IIe siècle
Ce monument, particulièrement bien conservé, est caractéristique des monuments funéraires d’artisans ou de commerçants en Gaule romaine aux premiers siècles de notre ère. UNE DÉCOUVERTE DANS UNE TUILERIE C'est à l'occasion de travaux dans une tuilerie, en 1860, que cette stèle est dégagée du sol. Son très bon état de conservation démontre qu'elle n'a pas été, comme c'est souvent le cas, retaillée pour être remployée, mais qu'il s'agit de son lieu d'origine. Elle signalait la tombe elle-même qui devait prendre la forme d'une simple fosse dans laquelle étaient placées l'urne cinéraire ainsi que des offrandes. Ces dernières doivent être constituées notamment par des cruches et des jattes découvertes à cette occasion. D’autres stèles ont été mises au jour dans cette nécropole implantée à l’ouest d'Entrain-sur-Nohain (Nièvre) dont le nom antique est Intaranum. Comme c'est souvent le cas, cette nécropole se développe à proximité de voies, en l’occurrence celles qui relient Intaranum à Cenabum - Orléans et Avaricum - Bourges. UN DÉFUNT DU NOM D'APINOSUS ICLIUS Ce monument funéraire était planté directement dans la terre, ce qui explique la forme irrégulière de la base du bloc en calcaire. Son décor général évoque très schématiquement une architecture à fronton triangulaire encadré par deux pilastres. Le nom du défunt - APINOSUS ICLIUS - a été gravé sur le fronton entre les initiales D. M. correspondant à l’abréviation de la formule consacrée DIIS MANIBUS « Aux Dieux Mânes », c'est à dire en quelques sortes « aux âmes des ancêtres ». Les lettres se caractérisent par leur irrégularité. Le défunt est représenté dans une niche en cul-de-four, vêtu d'une tunique à manches larges qui retombe au-dessus de ses genoux. Mais l'originalité de son costume réside dans la présence d'une large écharpe dont les extrémités se finissent par des franges. Il est chaussé de bottes. Le personnage tient un marteau à long manche dans la main droite, et un pot ou un gobelet dans la main gauche. À ses pieds, un chien et un oiseau sont figurés dans une attitude très naturelle contrastant avec l’aspect figé de l’homme - ou de l’enfant ? - représenté. LE PORTRAIT D'UN ARTISAN ? Implanté au nord de la cité des Éduens, Intaranum est dans l’Antiquité une agglomération secondaire dont la prospérité provient vraisemblablement de sa position de carrefour routier (Devauges 1988). Sa parure urbaine semble avoir été particulièrement importante, si l’on en juge par la taille de son théâtre, la présence de plusieurs temples et les sculptures mises au jour. Parmi celles-ci, figure l’une des plus importantes statues d’Apollon découvertes en Gaule . Si l’on peut supposer l’existence d’artisanats variés, le travail du fer semble avoir été particulièrement développé. Bien que le métier du défunt ne puisse être déduit de la simple présence d’un marteau, cette stèle figure vraisemblablement un artisan ayant les capacités financières de faire réaliser un monument funéraire à son image. Notice rédigée par Thierry Dechezleprêtre BIBLIOGRAPHIE SARRIAU, Henri. Les inscriptions romaines d’Entrains (Nièvre), Bulletin de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts, t. XVIII, 1896, p. 145-157. DEVAUGES Jean-Baptiste. Entrains gallo-romain, 1988. Éditions Groupes de Recherches Archéologiques d’Entrains (Nièvre), p. 25-26. CIL, XIII, 2911. ESPERANDIEU Émile, 1907-1938, III, n°2309, p. 272.
dépôt
Dépôt funéraire d'un d'officier romain
Chassenard (Allier)
Vers 40 ap. J.-C.
Cette riche tombe associe, autour de l’urne contenant les restes du défunt, une partie de l’équipement militaire d’un soldat romain ainsi que des objets hétéroclites. UNE DÉCOUVERTE FORTUITE DANS UN CHAMP C’est en labourant son champ que M. Michaud fait, en 1874, une étrange découverte… Le soc de sa charrue ayant heurté un grand vase en terre-cuite, il entreprend d’en explorer l’intérieur. Les os incinérés se trouvent dans une patère - un récipient à manche - avec les objets personnels du défunt, particulièrement nombreux : Une épée en fer avec un fourreau Un casque Une cotte de mailles Un bassin en tôle de bronze Une pointe de flèche en fer Les éléments d’un ceinturon et notamment une boucle Un torque en bronze Un flacon en bronze Une coupe en bronze Deux strigiles Une boîte en os Un style (?) en bronze Quatre coins monétaires en fer, trois monnaies Des outils en fer et en silex Un coquillage Par la suite, l’exploration de l’environnement de cette tombe a permis de mettre au jour d’autres objets provenant vraisemblablement d’une nécropole dont l’organisation et la chronologie demeurent cependant inconnues. Acquis par l’entremise de Joseph Déchelette (1862-1914), l’ensemble du mobilier funéraire entre en 1904 dans les collections du musée des Antiquités nationales. UN RARE TÉMOIN DE L'ÉQUIPEMENT D'UN SOLDAT ROMAIN DE LA PREMIÈRE MOITIÉ DU Ier SIÈCLE Les découvertes d’équipement militaire romain sont peu fréquentes, celui-ci revenant en principe à l’armée. Le glaive, arme par excellence du légionnaire, n’est que partiellement conservé. Seule la pointe a résisté à la corrosion. L’entrée du fourreau, en bronze, se distingue par son décor végétal qui confirme l’attribution de l’arme au type Mayence. Cette épée courte - 50 à 60 cm de longueur en moyenne - est particulièrement meurtrière dans le combat au corps à corps. Bien que le casque soit partiellement conservé, la visière à visage humain est caractéristique d’un type apparaissant sous le règne de l’empereur Auguste (- 27 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.). Peu adapté au combat, il s’agit vraisemblablement d’un casque de parade, comme le démontre la mention d’une couronne de lauriers disparue par la suite. Le visage modelé dans une tôle de bronze est imberbe et les traits très stylisés. Les yeux, la bouche ainsi que les narines sont percés. La cotte de mailles du défunt a été pliée avec soin pour être placée dans le casque : sept épaisseurs ont été observées. L’armure est constituée d’anneaux en fer de 4,5 mm de diamètre. Les deux attaches en forme de lyre permettent de relier entre elles les épaulières qui renforcent le vêtement au niveau des épaules. Le ceinturon placé dans la tombe est formé d’une boucle à décor animalier et de trois plaques en bronze estampées où figure le buste de Tibère (14-37). L’empereur, dont la tête est ceinte d’un bandeau, est placé sur un globe encadré par deux cornes d’abondance. Le torque à section carrée et en bronze doré possède un diamètre de 17 cm qui permet de supposer qu’il était porté. Si cette parure typiquement gauloise devient au Ier siècle une décoration militaire romaine, elle est sans doute encore portée par les troupes d’auxiliaires gaulois. Enfin, parmi les objets personnels figurent un petit flacon à visage de femme, des coupes en bronze ayant vraisemblablement servi aux libations accompagnant les funérailles. Une présence insolite dans une tombe : des coins pour la fabrication des monnaies La frappe des monnaies s’effectue à l’aide de coins sur lesquels étaient gravés l’atelier - ici Lyon - et le profil des empereurs ainsi que leur titulature, en l’occurrence ceux de Tibère. L’état de conservation de ces objets en fer ne permet pas de distinguer entre l’oxydation due à leur séjour prolongé dans la terre et un éventuel martelage. Quoi qu’il en soit, on peut s’interroger sur la présence de ces coins dans une sépulture de soldat. Peut-être un indice de la fonction qu’occupait ce légionnaire ? Notice rédigée par Thierry Dechezleprêtre BIBLIOGRAPHIE BERTRAND, Alexandre. Les découvertes romaines et gallo-romaines faites dans le département de l’Allier. Revue Bourbonnaise, 1886, p. 187-195. CONNY de J.-A. 1873-74 : visite faite aux fouilles faites au sommet du Puy-de-Dôme et dans un champ du domaine Vivant, commune du Chassenard (Allier), le 25 septembre et le 11 octobre 1874. B.S.E.A., 13, 1873-1874, p. 494-498. CHEW, Hélène. Masque de fer. Un officier romain au temps de Caligula. Catalogue de l’exposition du Musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye (6 novembre 1991 - 4 février 1992). Paris : Réunion des musées nationaux, 1991, 175 p. LIENS UTILES https://archives.musee-archeologienationale.fr/index.php/man-91860 https://musee-archeologienationale.fr/collection/objet/joseph-dechelette
Vaisselle
Reconstitution fictive d'une table gallo-romaine
Ce rassemblement arbitraire d’objets découverts dans différents lieux évoque une table gallo-romaine assez cossue. Les plus pauvres utilisaient sans doute quotidiennement une vaisselle en bois et en terre cuite plus modeste, même s’ils possédaient une pièce ou deux en verre ou en céramique fine. Au contraire, sur les tables plus riches, vaisselle d’argent et verres très décorés abondent.La base de l’alimentation gallo-romaine reste la céréale, préparée en pain ou en bouille. On mange souvent assis à une table, la façon de manger couché des Romains étant sans doute le fait des plus riches. Aux ressources alimentaires anciennes (viandes, poissons, légumes, fruits...) s’ajoutent à l’époque gallo-romaine des mets ou des façons de préparer les plats d’origine romaine, comme le garum, sauce de poisson fermentée proche du nuoc-mam vietnamien, ou les épices et les sauces.Image 2 :La grande bouteille carrée en verre n’était peut-être pas destinée à figurer sur la table où était servi le repas. Plutôt qu’une cruche de service des liquides, il s’agissait sans doute plutôt d’un récipient de stockage, un emballage perdu. Sa forme quadrangulaire, qui permet la juxtaposition aisée et sans perte de place de plusieurs bouteilles du même type, dans une caisse ou un casier, et l’absence totale de décor, vont dans ce sens. Les flacons de stockage en verre de forme géométrique sont particulièrement abondants en Gaule romaine à partir de la fin du Ier siècle et pendant tout le IIe siècle, et montrent bien que le matériau était devenu très commun et peu coûteux.Image 3 :L’assiette contient des œufs en terre cuite antiques. Si la volaille semble avoir été assez peu consommée en Gaule, ce n’est pas le cas des œufs, de poule, de cane ou de pigeon. Les Gallo-romains mangent avec leurs doigts, les mets devant être tranchés avant d’arriver sur la table, mais utilisent des cuillers, en bronze, en os ou en argent, comme ici, pour entamer un œuf, ou extraire un coquillage de sa coquille avec l’extrémité pointue de l’ustensile. Les huîtres, de Marseille, du Médoc ou de Vendée, sont en effet déjà fort appréciées. Les cuillers servent aussi à manger des aliments liquides. Ici, bien qu’elles soient en argent, elles ne constituent pas des objets de très haut luxe, puisque leur poids varie entre 10 et 40 g.Image 4 :Ce bol d’un beau rouge brillant à décor en relief est un vase en céramique sigillé. Ce type de céramique fine, essentiellement utilisée comme vaisselle de table, fut d’abord produite en Italie, avant d’être fabriquée sur une très large échelle en Gaule, à partir de la fin du Ier siècle avant Jésus-Christ.Des ateliers, installés à la Graufesenque, dans l’Aveyron, et dans sa région, comme à Banassac en Lozère où ce vase a été fabriqué, produisent des vases ornés ou lisses, munis dans ce dernier cas d’une estampille indiquant le nom du potier. Une partie de cette production est exportée au loin, jusque sur le Rhin, où stationne l’armée romaine. Par la suite d’autres groupes d’ateliers se développeront dans le centre, à Lezoux (Puy-de-Dôme), et dans l’est.
Sculpture
Sculpture d'un couple sur un lit
Bordeaux (Gironde)
Fin IIe - début IIIe siècle ap. J.-C.
Autrefois dénommée « Les amants de Bordeaux », cette petite sculpture en terre cuite blanche, d’une très grande finesse, est l’une des rares scènes intimes de l’Antiquité qui nous soient parvenues. BORDEAUX DANS L'ANTIQUITÉ Cet objet a été découvert en 1851 dans les fouilles d’une maison de Bordeaux, dénommée dans l’Antiquité Burdigala. Son contexte est inconnu : habitat, tombe, sanctuaire ? Fondée vraisemblablement à l’âge du Fer, Burdigala devient l’un des principaux ports de la façade atlantique et, sous l’empereur Vespasien (69-79), la capitale administrative de la province d’Aquitaine. LA REPRÉSENTATION D'UNE SCÈNE DE LA VIE QUOTIDIENNE Le lit de cette petite sculpture de 12 cm de long se caractérise par ses proportions importantes au regard de la taille des personnages. Ses hauts montants, qui sont courbés vers l’extérieur, reposent sur des pieds qui évoquent des modèles en bois tourné connus en Italie romaine. Le côté le plus long du lit est décoré dans sa partie supérieure et sur ses bords de motifs carrés. La nudité du couple est cachée par une couverture dont les plis sont réalisés avec beaucoup de soin et donnent à la scène un aspect très réaliste, presque vivant. Un gros chien est posé sur cette couverture, au pied du couple. Le sculpteur a représenté l’animal roulé en boule et on distingue le détail de son museau ainsi que les plis de son ventre. Les deux personnages de la scène reposent sur un confortable matelas et ont leur tête sur un épais traversin. La femme, identifiable à ses cheveux longs, en partie couvert par un bonnet, entoure le cou de son compagnon de son bras droit, tandis que le bras gauche repose sur son torse. L’homme, à la chevelure bouclée, tient le menton de sa compagne de son bras droit. UN SCULPEUR CÉLÈBRE DU NOM DE PISTILLUS Le nom de l’auteur de cette sculpture est mentionné sur le dos du lit, en lettres capitales « PISTILLUS FECIT », c’est-à-dire « Pistillus a fait ». L’officine de Pistillus est l’une des plus importantes de la Gaule romaine, entre le Ier et le IIe siècles. La découverte récente à Autun (Saône-et-Loire) de fours de potier, de moules ainsi que de ratés de cuisson avec cette estampille, permet de confirmer la présence de son atelier dans la capitale des Éduens, Augustodunum. Il s’agit du seul exemplaire conservé d’une œuvre vraisemblablement de série, à l’instar des nombreuses statuettes en terre blanche découvertes dans les habitats, les sanctuaires et les nécropoles. Moins onéreuses que les sculptures en pierre et en bronze, ces terres cuites étaient très prisées en Gaule romaine et faisaient l’objet d’un commerce actif. Des Vénus, des déesses protectrices assises dans un fauteuil en osier, ainsi que des offrants, côtoient des animaux domestiques (coq, poules, chevaux), mais aussi des animaux sauvages (lion, cerf, etc.). Notice rédigée par Thierry Dechezleprêtre BIBLIOGRAPHIE AMTMANN, Théodore. Lit nuptial, terre cuite gallo-romaine, Bordeaux. Société archéologique de Bordeaux, 1892, t. XVII, 2e fascicule. BLANCHET, Adrien. Mémoire de la Société des Antiquaires de France, 1891, p. 191. fig. 4. ROUVIER-JEANLIN, Micheline. Les figurines gallo-romaines en terre-cuite au musée des Antiquités nationales. XXIVe supplément à Gallia, Paris : CNRS, 1972, p. 235-236. LIENS UTILES https://www.inrap.fr/pistillus-celebre-potier-antique-retrouve-autun-5028 http://www.getty.edu/art/collection/objects/7021/unknown-maker-kline-monument-with-a-reclining-girl-roman-ad-120-140/
Mosaïque
La mosaïque des saisons
Saint-Romain-en-Gal (Rhône)
Début du IIe siècle - Début du IIIe siècle.
La mosaïque de Saint-Romain-en-Gal est un témoignage unique des pratiques agricoles de la Gaule romaine, de l’outillage, mais aussi de la manière dont les saisons étaient vécues au quotidien. LA DÉCOUVERTE : DES RIVES DE SAINT-ROMAIN-EN-GAL AU MUSÉE DU LOUVRE Vienna, capitale de la cité des Allobroges, est une vaste agglomération se développant sur les hauteurs qui dominent la vallée du Rhône et la plaine alluviale du fleuve. C’est sur la rive gauche que la mosaïque des saisons est mise au jour, entre 1880 et 1881, par le jardinier François Barou, à 80 cm de profondeur. Devant l’intérêt de la découverte, Antoine Héron de Villefosse (1845-1919) en négocie l’achat, et le précieux pavement est transporté au musée du Louvre en 1892. Exposée dans le vestibule dit « des Prisonniers barbares », elle sert de décor en 1927 au film muet Belphégor d’Henri Desfontaine (1876-1931). En 1935, la mosaïque est transférée par l’entreprise Émile Gaudin au musée des Antiquités nationales où elle rejoint celles de la villa d’Ancy (Aisne). LA MISE EN SCÈNE DES SAISONS, DES TRAVAUX AGRICOLES ET DES FÊTES RELIGIEUSES QUI LES ACCOMPAGNENT Les vingt-sept tableaux conservés s’intégraient dans un pavement qui en comptait à l’origine quarante. Chaque panneau de cinquante-neuf centimètres de côté est bordé par une tresse constituée de tesselles polychromes. La bordure extérieure se compose principalement d’un rinceau végétal de feuilles d’acanthe. Les quatre tableaux centraux illustrent les saisons. Le printemps est figuré par un enfant nu - un Amour dans l’iconographie antique - chevauchant un taureau. La même scène est reproduite avec un lion pour l’été et un tigre pour l’automne. En revanche, l’hiver prend la forme d’une femme emmitouflée dans une couverture bleue assise en amazone sur un sanglier. Elle tient dans ses mains un long roseau qui symbolise la saison. La présence de ces personnifications des saisons est à l’origine, en 1892, de la dénomination « calendrier rustique » par le latiniste Georges Lafaye (1854-1927). À cette interprétation est aujourd’hui préférée celle d’une évocation du cycle du temps et des activités qui lui sont liées. Les tableaux présents autour des quatre saisons sont majoritairement des scènes de la vie agricole : labour et semailles, cueillette, mouture, greffe des arbres, collecte des boutures, ramassage des fruits… La viticulture, particulièrement importante dans la vallée du Rhône, est représentée par des scènes de travail dans les vignes, de foulage et de pressurage du raisin, mais aussi de poissage des jarres. En effet, les jarres destinées à stocker le vin étaient enduites de poix pour les imperméabiliser. Quatre panneaux illustrent certaines des fêtes religieuses qui structurent la société romaine et rythment les saisons : le sacrifice à Jupiter-Taranis, les semailles rituelles, les offrandes au temple, ainsi que les Parentalia. Ce banquet en l’honneur des défunts de la famille était organisé chaque année au mois de février. UNE MOSAÏQUE POUR ORNER LA SALLE DE RÉCEPTION D'UNE GRANDE DEMEURE ? Encore aujourd’hui, le contexte archéologique de la mosaïque aux saisons reste peu connu. Le latiniste George Lafaye, présent lors de la découverte, a relaté la découverte d’un seuil au nord ainsi qu’une autre salle à l’ouest. Du marbre, des fragments de chapiteaux, de colonnes et de conduites d’air chaud (tubuli) témoignent du luxe de l’édifice qui abritait cette mosaïque. Toutefois, l’hypothèse d’un bâtiment public est aujourd’hui abandonnée au profit de la salle de réception d’une grande demeure privée à proximité du site du Palais du miroir, un probable complexe thermali. Notice rédigée par Thierry Dechezleprêtre La mosaïque des Saisons, qui a fait l’objet d’une importante restauration entre 2022 et 2023, est actuellement présentée au musée de Saint-Romain-en-Gal (Rhône). Venez y découvrir jusqu’en 2027 l’exposition organisée en partenariat avec le musée d’Archéologie nationale. BIBLIOGRAPHIE LAFAYE, Georges. Mosaïque de Saint-Romain-en-Gal (Rhône) », Revue archéologique, troisième série, n° 19, 1892, p. 322-347. LANCHA, Janine. Recueil général des mosaïques de la Gaule, III. Province de Narbonnaise, 2. Vienne, Éditions du CNRS, 1981, p. 208-225. Saisons romaines. Relief, numéro hors-série, 2024, 184 p. LIENS UTILES i https://journals.openedition.org/adlfi/141040
Bijoux
Bagues d’un trésor du IIIe siècle
Nizy-le-Comte (Aisne)
Vers 211-212
Parmi les trésors enfouis durant l’Antiquité, celui de Nizy-le-Comte dénote par sa composition associant quatre vases en bronze, plus de 700 monnaies en argent et deux bagues d’une très grande qualité de réalisation. DEUX BAGUES PRÉCIEUSES AU SEIN D'UN ENSEMBLE D'OBJETS HÉTÉROCLITES Mis au jour vers 1975, ces objets proviennent d’une petite agglomération de la cité des Rèmes, sur la voie qui menait de Reims (Marne) à Bavay (Nord). Les deniers et antoniniens, datés entre les règnes de Trajan (98-117) et celui de Gallien (253-268), fournissent de précieux repères chronologiques pour l’enfouissement de ce trésor. UNE CRÉATION ROMAINE : LA TECHNIQUE DE L'OPUS INTERRASILE En argent, ces deux bagues se distinguent par une monture massive qui a été finement ajourée par percement du métal, d’où le terme d’interrasile (en latin : ouvert, d’après une expression due à Pline l’Ancien dans son Histoire Naturelle, XII, 94). Un fin burin a été utilisé pour ce décor très complexe de peltes (bouclier) et de motifs d’inspiration végétale (rinceaux et branches). UNE PIERRE EN CORNALINE SUR LAQUELLE EST GRAVÉ LE DIEU JUPITER Le chaton de l’une des bagues est une intaille ovale à surface plane, taillée dans la cornaline, l’une des pierres les plus souvent utilisées à l’époque romaine. Le dieu Jupiter trônant, accompagné à droite de son aigle, y est gravé. Il tient un sceptre et une patère (vase à libation). Si les dieux gréco-romains figurent parmi les principaux sujets représentés sur les intailles d’époque romaine, Jupiter n’est pas le motif le plus courant, en dépit de son statut de maître des dieux. UNE MONNAIE EN OR À L'EFFIGIE DES PRINCES CARACALLA ET DE GÉTA La seconde bague, plus massive, est d’un type beaucoup plus rare, car elle est ornée d’une monnaie en argent frappée à Rome en 201, recouverte d’une feuille d’or destinée à donner à ce denier l’apparence d’un aureus, une monnaie en or. De façon exceptionnelle pour ce type de bijou, dit monétaire, ce n’est pas la face montrant le portrait de l’empereur Septime Sévère (193-211) qui a été choisie par l’orfèvre, mais le revers de la monnaie. Il montre les bustes affrontés de ses fils, les princes Caracalla (211-217), cuirassé et lauré à gauche, et de Géta (211), tête nue à droite. Le chaton hexagonal a cependant été évidé à l’arrière, afin de laisser voir l’effigie de l’empereur. UN TRAVAIL D'ORFÈVRE CARACTÉRISTIQUE DU IIIe SIÈCLE Les bijoux ornés de monnaies, très à la mode à partir de la fin du IIe siècle, ainsi qu’aux époques suivantes, sont presque toujours en or. Des monnaies en or (aurei, solidi), sont alors retirées de la circulation monétaire pour être montées en pendentifs et, plus rarement, sur des bagues, des bracelets, des fibules, des diadèmes ou des pièces de vaisselle. La plupart des bagues connues ont une monture en or, mais il existe plusieurs exemplaires en argent comme celle-ci. Malgré leur aspect massif et un diamètre intérieur assez important, il est impossible de savoir si ces bagues étaient portées par un homme ou une femme, car les textes latins décrivent des façons de porter ces bijoux différentes des nôtres : sur tous les doigts, sauf l’index, y compris le pouce, et sur toutes les parties du doigt. Notice rédigée par Thierry Dechezleprêtre, d'après Hélène Chew (2015) BIBLIGORAPHIE CHEW, Hélène et DROST, Vincent. Bagues romaines d'un trésor du IIIe siècle de Nizy-le-Comte (Aisne) au musée d'Archéologie nationale. Antiquités nationales, 2015, p. 65-102. CHEW, Hélène. Les bagues de Nizy-le-Comte (Aisne). Archéologia, n°540, février 2013, p. 22-23. YEROULANOU, Aimilia. Diatrita. Gold pierced-work jewellery from the 3rd to the 7th century. Athènes: Benaki museum, 1999. LIENS UTILES Présentation dans le cadre de l'objet du mois