Bracelets à oreillettes
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Ces bracelets et les riches parures annulaires réunies dans le dépôt de Champ-Colombe témoignent de la permanence du bronze dans la production de parure au début de l’âge du Fer.
L'élégance alpine à l'âge du Bronze
Les Alpes semblent connaître à la fin de l’âge du Bronze une sorte d’âge d’or, caractérisé par des sites d’habitats en bord de lac particulièrement riches et l’exploitation des ressources locales comme le bois et le cuivre. Les découvertes de nombreux dépôts d’objets métalliques dans le domaine alpin semblent confirmer cette impression. Beaucoup sont composés d’éléments de parures majoritairement considérés comme féminins. Dans leurs versions les plus simples, ces ensembles ne comprennent que quelques bracelets et des anneaux de jambe, mais certains accueillent d’autres catégories comme des torques (des colliers), des phalères (appliques circulaires), des éléments de ceinture en métal, des boutons et des épingles. Cette très riche dotation personnelle, si elle était destinée à une seule femme, devait lui couvrir une large partie du corps et probablement n’être portée que par quelques-unes en de rares occasions.
Quand l'orage dévoile le passé : la découverte de Champ-Colombe
Véritable archétype des grands dépôts alpins de la fin de l’âge du Bronze final, le dépôt de Champ-Colombe 1 est le premier des trois dépôts d’objets en bronze découverts sur la commune de Réallon. L’historique de sa découverte est un peu compliqué. C’est à la suite d’un « violent orage » que des bergers découvrirent fortuitement en février 1870, plus de deux cents objets en bronze dans une « ravine creusée par les eaux torrentielles ». Une partie d’entre eux furent vendus à M. Vaganay, un antiquaire de Lyon. Cette première transaction comprenait l’essentiel du dépôt, soit vingt bracelets, deux mors, une agrafe de ceinture, une phalère, une grande épingle, trois faucilles, un couteau à douille, des appliques, des pendeloques, des boutons, des anneaux et des perles en bronze, en ambre et en verre qui furent ensuite acquis par le musée d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye. Informé de cette découverte, l’archéologue lyonnais Ernest Chantre mena au cours de l’année 1870 quelques investigations de terrain à Réallon et découvrit plusieurs autres dizaines de boutons, appliques et anneaux attribuées au même dépôt. Il en fit don à la Commission de Topographie des Gaules qui les reversa ensuite au musée de Saint-Germain-en-Laye. Pour finir, quelques objets, perles, appliques et pendeloques, qui étaient encore entre les mains de l’abbé Arnaud, curé de Réallon, furent également achetés peu de temps après par le même musée. Aujourd’hui, l’ensemble des objets de bronze découvert en 1870 est donc réuni et conservé au Musée d’Archéologie nationale.
Comme neufs !
Les deux bracelets de Réallon présentés ici, sont composés d’un jonc creux terminé par deux parties plates appelées oreillettes. La surface du jonc est très richement décorée de cannelures, de nervures et de fins motifs incisés tels que des triangles hachurés. Ces motifs géométriques très couvrants sont caractéristiques des régions alpines. Ils ont probablement été réalisés à la fonte à la cire perdue, selon un processus qui suppose d’abord la réalisation d’une épreuve de l’objet en cire. Ce modèle de cire porte le décor. Enrobé d’argile, il est ensuite chauffé pour éliminer la cire et c’est dans ce moule de terre ainsi obtenu que sera fondu le bracelet en bronze qui épousera chaque détail du décor. Cette technique, qui permet d’obtenir des articles variés de formes sophistiquées et des décors complexes d’une grande finesse, est très utilisée en Europe dès l’âge du Bronze moyen, à partir de 1500 av. J.-C.
Notice rédigée par Rolande Simon-Millot
Matières et techniques
Bronze
Origine et date
Champ-Colombe 1, Réallon (Hautes-Alpes)
Bronze final, 9e siècle avant J.-C.
Dimensions
D. 8,5 cm ; l. 4 cm
Acquisition
Achat le 24 juin 1870 à Lyon
Numéro d’inventaire
MAN 14791