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Ceinture à décor gravé
MAN 83708. Ceinture à décor gravé. Alliage cuivreux. Arménie, Akhtala. Début du Ier mill. av. J.-C. Collection de Morgan. © MAN / Baptiste Simon
MAN 83706. Ceinture à décor gravé
MAN 83706. Ceinture à décor gravé. Alliage cuivreux. Arménie, Akhtala. Début du Ier mill. av. J.-C. Collection de Morgan. © MAN / Valorie Gô
MAN 83707. Ceinture à décor gravé
MAN 83707. Ceinture à décor gravé. Alliage cuivreux. Arménie, Akhtala. Début du Ier mill. av. J.-C. Collection de Morgan. © MAN / Baptiste Simon
MAN 83705. Ceinture à décor gravé
MAN 83705. Ceinture à décor gravé. Alliage cuivreux. Arménie, Akhtala. Début du Ier mill. av. J.-C. L. max : 38,5 cm ; H. : 15 cm. Collection de Morgan. © MAN / Baptiste Simon

Ces quatre ceintures, rapportées du Caucase par Jacques de Morgan, de par leur décor symbolique, permettent d’offrir un aperçu des croyances et coutumes de la transition entre le Bronze final et le début du Fer en Arménie (fin du IIe-début du Ier millénaire avant J.-C.).

LES FOUILLES DE JACQUES DE MORGAN EN ARMÉNIE

Les quatre grandes ceintures conservées dans le département d'archéologie comparée du MAN ont été rapportées par Jacques de Morgan lors de son exploration de l'Arménie entre 1886 et 1888, lorsqu'il était ingénieur des mines dans la région d’Akthala, près de la frontière entre l'Arménie et la Géorgie. Ces objets exceptionnels proviennent de quelques-unes des 210 et 582 sépultures mises au jour dans les nécropoles d’Akthala et de Mouçi Yeri, datées de la fin de l'âge du Bronze et du début de l'âge du Fer. Morgan n'a pas donné de détails sur le déroulement de la fouille au jour le jour. Remarquant que ces nécropoles avaient été utilisées pendant longtemps, le fouilleur a seulement distingué trois zones correspondant selon lui, à des périodes chronologiques différentes. D’après ses observations, les ceintures proviennent des tombes les plus récentes construites en moellons de petite taille et recouvertes d’une dalle de basalte ou simplement voûtées en moellons. Ce type de construction, en matériaux très peu solidaires, a fini par s’écrouler avec le temps et écraser le matériel accompagnant la personne inhumée. Vu l’importance des sépultures construites en moellons ou dalles de pierre sous tumulus, ces ceintures en tôle de bronze à décor incisé contribuaient probablement à exprimer le statut social élevé du mort.

UN DÉCOR QUI NOUS RENSEIGNE SUR LES CROYANCES DE L'ÉPOQUE

Ces ceintures comportent toutes un registre central, avec un décor soit abstrait, soit figuré, notamment de représentations d’animaux inspirées de l’environnement naturel immédiat des populations de la région. De nombreux spécialistes pensent aujourd’hui que le décor de ces objets traduit la perception du cycle de la nature par les populations anciennes de la région ou la personnification des forces naturelles qui, selon les croyances de l’époque, avaient une influence sur le déroulement de la vie agricole et la domestication des animaux. Les scènes représentées seraient le reflet de croyances dans le pouvoir magique des animaux, des astres et même de certains objets. Le décor de la ceinture d’Akthala 83705 pourrait être symboliquement interprété comme la représentation d’une chasse au cerf. En effet, au sud de la chaîne du Caucase, dans le monde assyrien de l’âge du Fer, la figuration du cervidé est liée à l’évocation d’une constellation céleste, tandis qu’au nord, en Géorgie, et jusque dans certaines manifestations du folklore contemporain, le cerf est le père adoptif de l’homme, utilisant ses bois comme charrue primitive et devenant le patron et le protecteur d’une partie des activités agricoles de l’humanité. Le sacrifice du cerf au cours d’une chasse rituelle aurait ainsi à voir avec le renouvellement annuel de la nature. D’autres contextes de découverte ont incité certains spécialistes à penser que le défunt occupait une fonction de type religieux liée au calcul du temps et à la détermination de fêtes et de rituels. La ceinture aurait alors joué le rôle d’un calendrier dont la correspondance entre temps lunaire et temps solaire serait traduite par l’organisation générale de son décor. Celui-ci comporte parfois en effet des registres de trois groupes de quatre chevaux complétés de spirales enchaînées, de motifs triangulaires, de représentations du soleil, de la lune, d’oiseaux et de flèches selon un ordonnancement savant que l’on a tenté de déchiffrer.

Notice rédigée par Christine Lorre et Audrey Lopes


BIBLIOGRAPHIE

MORGAN (Jacques de), Mission scientifique au Caucase, tome I : Etudes archéologiques et historiques, Les premiers âges de métaux dans l’Arménie russe, Paris, E. Leroux,1889.

CASTELLUCCIA Manuel, Transcaucasian Bronze Belts, Oxford, BAR International Series 2842, 2017.