La statuette d’Attis
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Cette décoration de pied de table est un témoin de l’introduction, dans le sud de la Gaule, d’éléments de meubles en marbre caractéristiques des productions de l’Italie romaine.
UNE DÉCOUVERTE EN GAULE NARBONNAISE
Cette sculpture, découverte à l’occasion d’un labour sur un plateau dominant l’Aude, provient vraisemblablement d’une riche demeure. Si les circonstances de sa découverte en 1920 sont peu connues, elle pourrait provenir de l’une des villas repérées autour de cet important nœud routier de la Narbonnaise reliant Carcassonne aux Pyrénées.
LE DIEU ATTIS, UN JEUNE HOMME MÉLANCOLIQUE
Le jeune homme qui figure sur ce pied de table se distingue par sa pose nonchalante et son expression mélancolique. Il est vêtu à l’oriental d’un pantalon bouffant et d’une tunique à manches longues, recouverte d’un manteau long. Son couvre-chef, le bonnet phrygien, a de longs fanons qui descendent sur les épaules. Ce bonnet se termine par la tête d’un oiseau penché vers l’avant dont il est difficile de dire s’il s’agit d’un rapace ou d’un pigeon colombin. Dans l’imagerie romaine, le costume oriental est porté par des mortels orientaux (barbares et serviteurs) et par des dieux ou héros d’origine orientale. Il s’agit principalement d’Attis, le compagnon de Cybèle, déesse d’Asie Mineure dont le culte est installé très anciennement à Rome.
LE MONOPODIUM, UNE TABLE À UN PIED UNIQUE
Cette sculpture a été conçue pour s’appuyer au pied unique d’une table en pierre, nommée monopodium. Ce type de table en marbre est caractéristique des meubles luxueux gréco-romains. D’abord produits dans la partie orientale du bassin méditerranéen à l’époque hellénistique, ces meubles se diffusent en Italie chez les élites dès le début du IIe siècle avant J.-C., après les conquêtes de Rome en Grèce et en Orient. À partir de la première moitié du Ier siècle avant J.-C., la mode de ce mobilier touche en Italie des catégories sociales moyennes, et suscite une production importante, recourant aux marbres italiens plus souvent qu’aux grecs. Plus de 850 tables en marbre, assez disparates, avec peu de pièces de qualité, ont été recensées en Italie. Ces meubles, formés d’un plateau d’environ un mètre de long, ne sont pas utilisés pour manger, mais pour des usages sacrés et profanes, comme autel, table à offrandes, présentoir de vaisselle, ou encore table de présentation des mets. On les retrouve dans des lieux publics, comme des théâtres ou thermes, et particulièrement dans des maisons aisées ou riches.
SON ADOPTION EN GAULE
C’est à ce jour l’un des rares exemplaires témoignant de l’importation en Gaule de mobilier en marbre. Cependant, un certain nombre de découvertes dans le centre-est et l’est de la Gaule - des tables à un pied en roche locale - prouvent une appropriation originale de la mode du monopodium dans les provinces gauloises.
Notice rédigée par Thierry Dechezleprêtre, d'après Hélène Chew, 2017
BIBLIOGRAPHIE
CHEW, Hélène. Un élément de mobilier de luxe en Gaule romaine : le monopodium à Attis en marbre de La Lagaste. La revue des Musées de France, n°4, 2011, p. 26-36. GELIS (de), F. Une statue de Mithra trouvée à Lagaste. Bulletin de la Société Archéologique du Midi de la France, 2e série, n°47, 1926. RANCOULE, Guy. Lagaste, agglomération gauloise du bassin de l’Aude. Atacina, 10, 1980, p. 16, 121-122, pl. VI.
LIENS UTILES
Matières et techniques
Marbre
Sculpture
Origine et date
Lieu-dit La Lagaste, commune de Rouffiac-d'Aude (Aude).
IIe siècle
Dimensions
H. 66,5 cm ; L. 18,5 cm
Acquisition
Achat, 2008
Numéro d’inventaire
MAN 90918