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La grande flûte gravettienne d’Isturitz

Grande flûte gravetienne d'Isturitz
Flûte 4 perforations © RMNGP/MAN

La grotte d’Isturitz est connue pour avoir livré de nombreux chefs-d’œuvre magdaléniens. De nombreuses flûtes paléolithiques, parmi les plus anciens instruments de musique connus à ce jour, y ont également été découvertes.

 

LA GROTTE D'ISTURITZ, UN SITE EXTRÊMEMENT

Localisée dans le piémont des Pyrénées occidentales, la grotte d’Isturitz appartient à l'ensemble des percées formées par la rivière Arberoue dans la colline calcaire de Gatzelu. Cette cavité, de 120 m de long et 50 m de large, possède deux galeries parallèles, qui communiquent entre elles par des passages étroits. Par l'entrée sur Saint-Martin-d'Arberoue, on pénètre dans la « Salle de Saint-Martin » puis dans la « Salle des Phosphates ». L'entrée sur Isturitz, aujourd'hui murée, permettait d’accéder à la « Salle d'Isturitz » (ou « Grande Salle ») puis à la « Salle des Rhinolophes », cette galerie atteignant 20 mètres de haut. En 1895, débute une exploitation industrielle du remplissage sédimentaire de la grotte, alors vendu comme engrais phosphaté. Quelques objets paléolithiques sont alors découverts et recueillis par des sociétés savantes. La grotte d’Isturitz attire donc l’attention des préhistoriens dès le début du XXe siècle. Emmanuel Passemard entreprend les premières fouilles archéologiques systématiques entre 1912 et 1923. Suzanne et René de Saint-Périer reprennent des recherches méthodiques entre 1928 et 1959. La grotte d’Isturitz occupée du Paléolithique moyen au Paléolithique final, livre un mobilier archéologique extrêmement riche.

DE NOMBREUSES FLÛTES DÉCOUVERTES À ISTURITZ

Les plus anciennes flûtes connues à ce jour datent de l’Aurignacien (entre – 44 000 et – 34 000 ans environ). Deux exemplaires proviennent des grottes de Geissenklösterle et de Hohle Fels, dans le Jura souabe (Allemagne). Emmanuel Passemard découvre également un fragment de flûte aurignacien dans la grotte d’Isturitz. Ces instruments deviennent plus fréquents lors de la période suivante, le Gravettien (entre – 34 500 et – 25 000 ans). La seule grotte d’Isturitz livre une vingtaine de flûtes gravettiennes, toutes taillées dans des radius de vautours. La plus longue mesure vingt-et-un centimètres et présente quatre perforations. Deux flûtes magdaléniennes (entre – 20 500 et – 13 000 ans environ) proviennent aussi de la grotte d’Isturitz. Elles sont également façonnées à partir de radius ou d’ulnas de rapaces. Ces os longs, creux et légers, sont adaptés à la fabrication de tubes, qui peuvent être perforés et parfois décorés de motifs gravés. Des répliques modernes des flûtes préhistoriques sont expérimentées par des musiciens professionnels. Elles peuvent être tenues droites ou obliques. La fréquence des sons varie en fonction de la position de la bouche et de la puissance du souffle. Mais l’on ne connaît rien, hélas, des « partitions » préhistoriques…

La musique, le chant et la danse sont des formes d’art éphémères difficiles à appréhender par l’archéologie. L’existence de la musique au Paléolithique est attestée par la découverte de plusieurs types d’instruments, façonnés à partir de matières dures animales : os, bois de cervidé, coquillage et ivoire de mammouth. Les hommes préhistoriques fabriquent probablement des instruments de musique avec des matériaux périssables, mais ces derniers ne se conservent pas dans les sites archéologiques. On peut ainsi imaginer des tambours en bois végétal et peau animale, des flûtes dans des roseaux, des trompes dans des cornes de bovinés... Dans certaines grottes, des draperies et des colonnes de calcite, stalactites ou stalagmites, montrent des traces de percussion, témoignant de leur utilisation comme lithophones ou pierres musicales. Parfois, il arrive même que de petits objets (os, silex) soient fichés dans les parois aux endroits les plus sonores. Enfin, les figurations de musiciens, de possibles chanteurs, avec bouche et oreilles, ou de danseurs sont vraiment rares dans l’art paléolithique. Une gravure de la grotte des Trois-Frères (Ariège) représente un homme animalisé tenant un objet identifié tantôt comme une flûte nasale, tantôt comme un arc musical.
 

Notice rédigée par Catherine Schwab
 

BIBLIOGRAPHIE

BUISSON, Dominique. Les flûtes paléolithiques d’Isturitz. Bulletin de la Société préhistorique française, 87, 1990, p. 10-12.

CLODORÉ, Tinaïg. LECLERC, Anne-Sophie. Préhistoire de la musique. Musée de Préhistoire, Nemours. 17 mars -10 novembre 2002. Nemours : Musée de Préhistoire de Nemours, 2002, 140 p.

CLODORÉ-TISSOT, Tinaïg. KERSALÉ, Patrick. Instruments et musiques de la Préhistoire. Lyon : Lugdivine, Thèm’Axe, 9, 2010, 140 p. (avec CD).

CONARD, Nicholas John. Les flûtes aurignaciennes des grottes du Geissenklösterle et du Vogelherd (Jura souabe). In : FLOSS, Harald. ROUQUERL, Nathalie. Les chemins de l’art aurignacien en Europe. Colloque international, Aurignac, 2005. Aurignac : Musée-forum Aurignac, 4, 2007, p. 345-354

SCHWAB, Catherine. La musique au Paléolithique. In : MISTROT, Vincent. L’art préhistorique. De l’Atlantique à la Méditerranée. Musée d’Aquitaine, Bordeaux. 24 mai 2023 - 7 janvier 2024. Paris : Errance & Picard, 2023, p. 174-181.
 

LIENS UTILES

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