Fragment d'une tête
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Ce visage en tôle de bronze constitue le seul vestige conservé d’une sculpture plus importante aujourd’hui disparue.
L’ENQUÊTE ARCHÉOLOGIQUE
C’est grâce au prêt de cet objet à l’Exposition universelle de 1889 par son propriétaire d’alors Henry de Lestrange (1853-1926) qu’il a été possible de retracer une partie de son histoire (Anonyme, 1889, p. 155). Restée dans cette famille jusqu’en 1974, la sculpture a été par la suite mise en vente publique à Paris. Elle pourrait provenir du chef-lieu de la cité des Rèmes, Durocortorum - Reims, si l’on en croit la mention sur une étiquette, mais comme souvent au XIXe siècle, les circonstances exactes de sa découverte sont incertaines.
LE SEUL TÉMOIN D'UNE SCULPTURE AUJOURD'HUIE DISPARUE
Ce visage, qui évoque aujourd’hui un masque, appartenait en réalité à une sculpture plus importante. En effet, les traces grises de soudure sur les bords, ainsi que les trous d’assemblage de chaque côté, prouvent qu’une coque se raccordait à la face pour former une sculpture en ronde-bosse. Le traitement du visage se caractérise par des traits très schématiques dénués de toute personnalité, ce qui ne permet pas de déterminer son sexe. Le visage imberbe, au front large et au menton étroit, est très stylisé. Ses yeux, à l’origine peut-être en pâte de verre, constituaient vraisemblablement le seul élément expressif. En Gaule romaine, la technique du martelage est couramment utilisée pour la production d’objets divers : vaisselle, éléments de mobilier, pièces d’équipement militaire, etc. En revanche, son utilisation pour la fabrication d’éléments de statuaire de grande taille est peu fréquente, la fonte étant souvent privilégiée. Il s’agit donc du choix d’un artisan, le martelage assurant l’économie du matériau, la rapidité de mise en forme et facilite aussi l’installation de certains éléments comme les yeux.
UNE SCULPTURE À VOCATION CULTUELLE ?
L’étude des provenances des sculptures de ce type montre une répartition préférentielle au nord de la Loire, et en particulier en Picardie (Genainville, Val-d’Oise ; La Croix-Saint-Ouen, Oise), voire sur la Loire (Notre-Dame-d’Allençon, Maine-et-Loire), en Normandie (Berthouville, Le Vieil-Evreux), avec quelques objets isolés dans le Centre et les Pyrénées. Quelques découvertes ont été également réalisées en Belgique ainsi qu’en Grande-Bretagne.
La plupart des éléments de comparaison proviennent de contextes cultuels et ces sculptures sont interprétées comme une divinité ou comme un fidèle exprimant une dévotion. Plusieurs des têtes de La Croix-Saint-Ouen dotées de petites ailettes peuvent ainsi être identifiées comme des représentations de Rosmerta, compagne du dieu Mercure. Un buste d’homme barbu du sanctuaire des Vaux-de-la-Celle, à Genainville est daté de la seconde moitié du IIe siècle par son contexte archéologique. En conclusion, certaines de ces sculptures, par leur stylisation, peuvent être rapprochées de la statuaire gauloise dont elles prolongent peut-être la tradition.
Notice rédigée par Thierry Dechezleprêtre
BIBLIOGRAPHIE
Anonyme. Catalogue général officiel. Exposition universelle internationale de 1889 à Paris. Exposition rétrospective du Travaux et des sciences anthropologiques. Section I. Anthropologie - Ethnographie. Paris, 1889, p. 155.
CHEW, Hélène. Redécouverte d’une sculpture gallo-romaine en tôle de bronze battu. La revue des Musées de France, n°4, 2011, p. 26-36.
REINACH, Salomon. L’histoire du travail en Gaule à l’exposition universelle de 1889. Paris 1890, p. 57-58.
LIENS UTILES
Présentation dans le cadre de l'objet du mois
Matières et techniques
Alliage cuivreux
Martelage
Origine et date
Reims (Marne) (?)
IIe - IIIe siècle (?)
Dimensions
H. 21,5 cm ; L. 13,4 cm ; l. 11 cm
Acquisition
Achat, 2016. Collection Henri de Lestrange (1853-1926)
Numéro d’inventaire
MAN 91601