Du château au Musée

Du château au musée

Depuis le château féodal
MAN / Aurélie Vervueren

Le château de Saint-Germain-en-Laye, résidence royale pendant plusieurs siècles, lieu de naissance de plusieurs souverains, a été restauré par Eugène Millet à partir de 1862. Depuis cette date, à l’initiative de Napoléon III, il abrite le Musée des antiquités nationales, devenu Musée d'archéologie nationale en 2005.

Visionnez le film de présentation de l'établissement

 

Un musée dans un château

Résidence royale depuis Louis VI le Gros, au XIIe siècle, Saint-Germain-en-Laye fut à la fois un séjour de plaisance et un lieu de pouvoir des rois de France. De nombreux édits royaux ou traités ont été signés à Saint-Germain-en-Laye, jusqu’au traité de 1919 qui mit officiellement fin à la guerre avec l’Autriche.

Trois souverains sont nés à Saint-Germain-en Laye : Henri II, Charles IX et Louis XIV, mais aussi Marguerite de Valois, mieux connue sous le nom de Reine Margot. Saint Louis, né à Poissy, fit agrandir le château et confia à Hugues de Chelles le soin de construire la chapelle gothique, entre 1234 et 1238. François Ier construisit, sur les fondations du vieux château de Charles V, un palais Renaissance. Henri II et Henri IV bâtirent à côté un second édifice, dit Château-Neuf, entre le Château-Vieux et la Seine.

Le Roi-Soleil naquit à Saint-Germain-en 1638 et y passa, à partir de 1666, l’essentiel des premières années de son règne personnel, avant son installation à Versailles en 1682. Il diligenta l’aménagement intérieur des cinq pavillons d’angle qui venaient d’être bâtis par Mansart.

Jacques II Stuart, roi d’Angleterre en exil, accompagné de sa famille et de ses partisans, arriva en 1689 dans un château pratiquement vide et inhabité, qu’il occupa jusque vers le milieu du 18e siècle, avant que ce dernier n’abrite des appartements de courtisans, sous forme de lots.

Toutefois, au XVIIIe siècle, les chasses se poursuivirent : Louis XV et Louis XVI continuèrent de venir en forêt de Laye. Elles s’appuyaient sur le rôle des Noailles, gratifiés en 1717 de la charge de capitaine et gouverneur des châteaux, jardins, parcs et forêts. Leur hôtel de plaisance, qui se signale par la qualité de son architecture due à Jules Hardouin-Mansart, doté d’écuries et de services en lisière de forêt, devint un rendez-vous de chasse au service des souverains.

À partir de la Révolution, la destinée du château devint militaire, d’abord prison provisoire pour suspects de 1793 à 1794, puis garnison de vétérans en 1798. Napoléon Ier y établit une école de cavalerie, active de 1809 à 1814. Un pénitencier militaire, prévu pour 537 détenus, s’y installa sous la monarchie de Juillet, de 1836 à 1855. Furent alors aménagés cellules, cuisines et réfectoires, salles de bains, parloir, corps de garde, bureaux, infirmerie, cachots, ainsi qu’un atelier dans la salle de bal. Des étages furent coupés en deux dans leur hauteur, des sentences morales inscrites sur les murs et les murs des fossés surélevés.

Peu de vestiges attestent du passé royal de ce monument, délabré et vide de tout mobilier lié à sa fonction d’origine et dont l’architecture extérieure est en très mauvais état lors de la visite d’État de la reine Victoria en 1855.

Napoléon III le sauve, le restaure et y installe le musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines. Les cloisons des cellules et les cachots du pénitencier sont démolis et les salles ainsi nettoyées sont transformées en salles d’exposition. Quelques restes architecturaux du château royal, non démolis, sont conservés.

Les dégradations subies par l’édifice dans la première moitié du XIXe siècle, puis sa restauration et l’installation du musée ont occulté tout vestige d’une résidence royale et devenue une trace mémorielle plus qu’une réalité tangible.

 

La création du musée des Antiquités nationales

Le 1er avril 1865, la première réunion (sur les huit) de la Commission d’organisation du musée se réunit sous la présidence du Comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts (en quelque sorte notre Ministre de la Culture). Cette Commission regroupe de grands noms de l’archéologie comme Alexandre Bertrand, Édouard Lartet, Félix de Saulcy, et Jacques Boucher de Perthes ; Le projet définitif sera l’œuvre de Auguste Verchère de Reffye, Alexandre Bertrand et Claude Rossignol. Le premier directeur du musée est Alexandre Bertrand. Il va adopter le classement chronologique des objets alors que jusque-là a prévalu le classement par matière.

Le premier règlement du musée, en 1866, précise que « le musée de Saint-Germain a pour but de centraliser tous les documents relatifs à l’histoire des races qui ont occupé le territoire de la Gaule depuis les temps les plus reculés jusqu’au règne de Charlemagne ; de classer ces documents d’après un ordre méthodique ; d’en rendre l’étude facile et à la portée du public ; de le publier et d’en propager l’enseignement ».

Le Musée des Antiquités nationales est donc le premier (et toujours aujourd’hui, le seul) musée consacré entièrement à l’archéologie du territoire national. C’est ce qui le distingue également des départements archéologiques du Louvre qui se développent à la même époque.

Les sept premières salles sont inaugurées par l’Empereur le 12 mai 1867, sous une pluie battante. Cette date avait été choisie en relation avec l’Exposition universelle. Quarante-quatre salles sont ouvertes au public en 1907.

 

Histoire du musée et histoire de l'archéologie

L’histoire du musée des Antiquités nationales est inséparable de celle du développement de l’archéologie française et européenne. Parmi les toutes premières collections à être entrées figurent celles de Jacques Boucher de Perthes aux environs d’Abbeville (Somme) qui révélèrent, à la fin du XXe siècle, l’existence d’une humanité préhistorique antérieure de très loin aux Gaulois.

L’essor de la préhistoire française devait connaître par la suite une extraordinaire expansion, grâce au travail de Gabriel de Mortillet, inventeur de la chronologie préhistorique actuelle, qui fit entrer de très nombreuses séries archéologiques de référence au Musée. On doit également à Edouard Piette la plupart des pièces d’art paléolithique conservées au Musée, dans la disposition qui a été voulue au début du XXe siècle.

L’archéologie gauloise est littéralement née avec les recherches de Félix de Saulcy, Alexandre Bertrand et Jacques-Gabriel Bulliot sur les lieux de la Guerre des Gaules, en particulier à Alésia et à Bibracte. Dans l’entre deux guerres, c’est Henri Hubert qui devait concevoir une refonte complète des collections du musée, en leur adjoignant une section complète d’archéologie comparée, faisant notamment appel aux découvertes de l’Extrême Orient.

Les grands archéologues du XXe siècle ont contribué à l’enrichissement et à l’étude des collections, comme en particulier l’Abbé Breuil, Louis Capitan, Henri et Jacques de Morgan, l’Abbé Cochet, Joseph Déchelette, et bien d’autres encore.

 

Le musée aujourd'hui

Des collections nouvelles continuent d’entrer à Saint-Germain. Elles proviennent des recherches actuelles menées en France ou à l’étranger (comme l’extraordinaire série d’objets de Nouvelle-Guinée, collectée par Pierre Pétrequin) ou encore d’importantes fouilles de sauvetage, comme l’exceptionnel mobilier des tombes à char gauloises de l’aéroport de Roissy découvert en 1995.

Si le don constitue l’un des modes d’enrichissement des collections, le Musée achète aussi des objets auprès de galeries spécialisées, de particuliers ou lors de ventes publiques. C’est ainsi que dernièrement, le musée a fait deux acquisitions exceptionnelles : une coupe en verre du IVe siècle gravée représentant le sacrifice d’Isaac par Abraham et un trésor en or de l’Âge du Bronze comportant 2 torques et 4 bracelets.

 

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"Archéologie palatine" et photographie
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