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La tombe féminine de Cys-la-Commune

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Sépulture féminine
Sépulture féminine - Cys la Commune (Aisne) - MAN82960 © MAN/Valorie Gô
Sépulture féminine (détail)
Sépulture féminine (détail) - Cys la Commune (Aisne) - MAN82960 © MAN/Valorie Gô
Sépulture féminine (détail)
Sépulture féminine (détail) - Cys la Commune (Aisne) - MAN 82960 © MAN/Valorie Gô
Sépulture féminine (détail)
Sépulture féminine (détail) - Cys la Commune (Aisne) - MAN82960 © MAN/Valorie Gô

Parée pour l’éternité

La sépulture féminine de Cys-la-Commune compte parmi les tombes les plus riches du Néolithique en France. Par la qualité de son mobilier et la mise en scène de son dépôt funéraire, elle témoigne des premières formes de distinction sociale et des échanges aux débuts de l’agriculture en Europe occidentale.

Sauvée in extremis !

Le 18 octobre 1965, à Cys-la-Commune, Jean Arvati, conducteur de pelleteuse, met au jour des ossements humains en travaillant dans la ballastière Drapier. Il vient en réalité de découvrir l’une des plus anciennes sépultures du Bassin parisien. Dans les années 1960, l’archéologie préventive n’existe pas encore. Prévenu trop tard pour organiser une fouille avant la reprise du chantier, l’archéologue départemental Michel Boureux décide de faire prélever la sépulture en bloc afin de la transporter au musée d’Archéologie nationale pour l’étudier.

Situé au cœur de la vallée de l’Aisne et à seulement 17 km de Cuiry-lès-Chaudardes, où fut identifié le premier village néolithique du nord de la France, le site de Cys-la-Commune s’inscrit dans un paysage archéologique particulièrement dense qui a livré de nombreux vestiges du Néolithique ancien.

Une sépulture exceptionnelle par son riche mobilier

Typique des sépultures rubanées du Bassin parisien où les ensembles funéraires sont constitués de tombes isolées ou en petits groupes, souvent étroitement associées aux habitats, la sépulture de Cys-la-Commune est une inhumation individuelle en fosse simple creusée en pleine terre. Le corps, recouvert d’ocre rouge, est déposé sur le côté gauche avec les jambes repliées. Il est bien conservé malgré des dommages occasionnés au crâne et au fémur droit par les engins de chantier lors de la découverte.

L’examen du squelette, notamment de la dentition, a permis de déterminer qu’il s’agissait d’une femme. Le mobilier funéraire se compose presque exclusivement d’éléments de parure, ce qui confirme le genre féminin. Une aile de grue avait peut-être été déposée le long de son corps, comme le suggère la découverte d’un os de grue (un cubitus) près de son avant-bras droit.

Au-dessus du coude, la défunte portait à chaque bras un bracelet en pierre soigneusement poli, caractéristique du Bassin parisien : l’un noir en grès, l’autre blanc en calcaire. Autour du cou et sur le haut de la poitrine étaient disposées plus de 350 petites perles discoïdes en calcaire, et huit grandes perles tubulaires en spondyle, formant probablement un long collier. Deux valves de spondyle à double perforation, situées sur la taille ou les hanches, sont interprétées comme des fermoirs de ceinture.

Une femme hors norme ?

La tombe de Cys-la-Commune appartient à la culture dite Rubanée, ainsi nommée d’après les décors en rubans qui ornent ses céramiques. Ce vaste courant culturel accompagne la diffusion du Néolithique depuis l’Europe centrale vers l’ouest, principalement le long des grandes vallées fluviales. Dans le Bassin parisien, il s’implante à partir de 5500 avant notre ère.

La parure en spondyle occupe une place centrale dans cette culture et dans l’interprétation de la sépulture de Cys-La-Commune. En effet, ce coquillage marin à valve épaisse, aux couleurs vives et à la surface épineuse, vit exclusivement en Méditerranée et en mer Noire. Or, les perles de Cys semblent avoir été fabriquées à partir de coquilles contemporaines et non fossiles, ce qui implique des réseaux d’échange actifs à très longue distance reliant des communautés dispersées sur une vaste partie de l’Europe.

Le choix des matériaux et la grande qualité de finition des parures traduisent, tout autant que leur abondance, le caractère exceptionnel de cette sépulture, qui figure parmi les plus riches du Rubané du Bassin parisien et se situe chronologiquement à la fin de cette culture, vers 4900 avant notre ère.

Cette richesse soulève la question des inégalités sociales au Néolithique ancien. Les habitats montrent peu de différences entre les individus, mais les tombes révèlent parfois des écarts importants. Ces distinctions, liées au statut, au pouvoir ou à la richesse, concernent aussi bien les femmes que les hommes et les enfants. La tombe de Cys-la-Commune montre ainsi que des hiérarchies sociales apparaissent très tôt dans les premières sociétés agricoles d’Europe occidentale, loin de l’image d’un Néolithique égalitaire.

Notice rédigée par Rolande Simon-Millot

Bibliographie

AUGEREAU, Anne, Femmes néolithiques. Le genre dans les premières sociétés agricoles. Paris : CNRS éditions, 2021, 302 p.

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