Le premier biface de Boucher de Perthes

Un des pères de la Préhistoire

 

 

Portrait de Jacques Boucher de Perthes

 

 

 

En 2018, nous commémorons le 150e anniversaire de la disparition de Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes (1788-1868), pionnier de la préhistoire, considéré comme l'un des pères de cette discipline.

Nommé directeur des douanes à Abbeville, comme son père, il devient, en 1830, président de la Société d'émulation d'Abbeville, dont son père a été l'un des fondateurs. Il ne s'intéresse que fort tard aux origines de l'homme, suivant en cela un jeune médecin abbevillois, nouveau sociétaire, Casimir Picard.

Dans un ouvrage en cinq volumes, intitulé De la Création. Essai sur l'origine et la progression des êtres, qu'il publie entre 1837 et 1841, Boucher de Perthes essaie de trouver un compromis entre le créationnisme de la religion chrétienne et le transformisme, auquel il ajoute une dose de spiritualisme, croyant en la réincarnation. Il est évident que cette publication n'a pas assis la réputation scientifique de son auteur...
 

 

 

 

 

 

 

 

Le décès prématuré de Picard, en 1841, à l'âge de 34 ans, conduit Boucher de Perthes à poursuivre seul ses travaux archéologiques. Il étudie la typologie des objets qu'il met au jour, ainsi que leur contexte géologique et paléontologique. Il montre ainsi que des outils de silex taillé, associés à des ossements d'espèces animales disparues, se trouvent dans des couches anciennes, qui n'ont jamais été remaniées. En 1842, dans les très anciennes terrasses de la Somme à Menchecourt, un quartier d'Abbeville, il découvre, dans la même couche, un outil de silex taillé associé à une mâchoire de mammouth.

Pierre-figure. Évocation d'un canard. Abbeville (Somme). Fouilles Boucher de Perthes.

 

Depuis 1838, Jacques Boucher de Perthes présente, en vain, ses conclusions à l'Académie des Sciences à Paris : il se heurte à une opposition farouche, sans doute liée en partie à ses publications passées, mais surtout au refus obstiné de la très haute antiquité de l'homme.

Son ouvrage monumental, Antiquités celtiques et antédiluviennes, dont les trois volumes paraissent en 1849 (avec la date de 1847), 1857 et 1864, ne souffre pas d'une mauvaise réception mais, comme il l'écrit lui-même, d'une absence totale de considération. Il faut dire ici que Boucher de Perthes défend également l'existence de l'art préhistorique – ce qui s'avérera juste, mais qu'il le fait en s'appuyant sur des « pierres-figures », qui ne sont finalement pas des sculptures, juste des outils de silex taillé, voire des cailloux érodés par la nature.
 

 

Les travaux de ce pionnier de la préhistoire français sont, en revanche, appréciés à leur juste valeur de l'autre côté de la Manche.

En effet, Joseph Prestwich, Hugh Falconer et William Pengelly découvrent, eux aussi, des outils de silex taillé associés à des ossements d'espèces animales disparues, dans les couches scellées de la grotte de Brixham (Devonshire).

C'est la visite à Abbeville, en 1859, des géologues anglais, Hugh Falconer, Jospeh Prestwich et John Evans, qui atteste l’authenticité des découvertes de Jacques Boucher de Perthes et, en conséquence, la validité de ses hypothèses. Le célèbre géologue Charles Lyell prononce alors un discours devant l'Association britannique pour l'avancement des sciences, qui marque la naissance de la préhistoire en tant que discipline scientifique.

 

Un don longtemps refusé