Le premier biface de Boucher de Perthes

Un don longtemps refusé

 

À partir des années 1830, Jacques Boucher de Perthes organise un cabinet d'anti- quités dans son hôtel particulier à Abbeville. Dès 1842, il souhaite diviser ses collections en trois parties et les donner à trois musées, à Abbeville, bien sûr, mais aussi à Paris et à Londres. Il essaie, dès 1845, de donner des séries au musée du Louvre ou au musée de Cluny : il lui est alors répondu, très officiellement et très abruptement, que sa collection, sans intérêt artistique majeur, serait classée dans l'inventaire général. En 1849, le muséum national d'Histoire naturelle décline également son offre. Dix ans plus tard, Boucher de Perthes réitère son offre au muséum, qui l’accepte, les découvertes du pionnier de la préhistoire ayant été reconnues quelques mois auparavant. La collection Boucher de Perthes est inscrite à l’inventaire du Muséum en 1860.
 

Ce n'est qu'en 1863 que le surintendant des Beaux-Arts, Émilien de Nieuwerkerke, s'adresse à Jacques Boucher de Perthes pour acquérir sa collection au profit du musée de Saint-Germain-en-Laye, dont la création a été décidée par Napoléon III en 1862, et pour lui proposer de participer à la commission d'organisation du musée.

 


Cliché ancien de la Salle I à la fin des années 1860.

 

 

Ce dernier se dit très touché et très honoré de cette proposition, même si les maladies liées à son grand âge l'empêchent de se rendre immédiatement à Paris. Il offre de venir classer lui-même ses collections, tout en laissant à la commission la possibilité de modifier sa classification. Il affirme sa volonté d'être pédagogique avec un public qui n'est pas encore habitué à contempler ce type d'objets ou d'œuvres. Enfin, il explique qu'il donnera également des pièces au muséum national d'Histoire naturelle, au musée de l'Artillerie (ancêtre du musée de l'Armée) et à Abbeville.

 

 

 

 

 

 

 

La cheminée,les bustes de Lartet (à gauche) et de Boucher de Perthes (à droite).

 

 

Boucher de Perthes joue d'ailleurs un rôle non négligeable dans la fondation du musée des Antiquités nationales, inauguré il y a 150 ans. Créé en 1862, à l'initiative de l'empereur Napoléon III, qui écrit une histoire de Jules César et, pour ce faire, dirige des fouilles archéologiques sur le site d'Alésia, le musée de Saint-Germain doit être un « Musée Gallo-Romain ». Mais, l’inscription, sur le premier registre d’inventaire, des collections préhistoriques données par Jacques Boucher de Perthes et Édouard Lartet, aux côtés de celle offerte par le roi du Danemark, entraîne une évolution du projet par rapport à l’intention première. Un rapport rédigé par Émilien de Nieuwerkerke précise la destination et la dénomination du futur établissement, qui doit retracer l’histoire de la Gaule, des origines au début du Moyen Âge. Le « Musée des Antiquités nationales » est inauguré le 12 mai 1867, en même temps que s’ouvre l’Exposition universelle.
 

Deux salles, situées au premier étage – l’étage noble du château – sont consacrées à la Préhistoire. Elles sont décrites par Gabriel de Mortillet dans son ouvrage intitulé « Promenades au Musée de Saint-Germain » édité en 1869. La salle I, dédiée aux époques dites « anté-historiques » et plus précisément à l’Âge de la Pierre, présente les vestiges les plus anciens. La première moitié de la salle est dédiée aux dépôts quaternaires et la seconde moitié aux cavernes occupées par les hommes préhistoriques. Y sont principalement exposées la collection de Jacques Boucher de Perthes et celle d’Édouard Lartet et Henry Christy. D’ailleurs, les bustes de ces généreux donateurs figurent dans cette salle. C'est enfin la reconnaissance officielle et publique de l'œuvre de Boucher de Perthes.