Les propulseurs aux poissons

Les propulseurs aux poissons

 

Des armes de jet pour la chasse

 

 

Seuls quelques propulseurs préhistoriques sont réduits à leur plus simple expression : un crochet en bois de renne destiné à être emmanché. Nombre
d'entre eux, au contraire, sont superbement décorés, sculptés en bas-relief ou en ronde-bosse aplatie dans du bois de renne ou de l'ivoire de mammouth. Si certaines sculptures ont été considérées comme des propulseurs, en raison de leur forme, l'absence de crochet ne permet pas de se prononcer sur leur fonction.

Comme dans l'art paléolithique en général, les propulseurs ornés représentent le plus souvent des animaux isolés, surtout de grands herbivores : chevaux, bisons ou mammouths. Certains figurent des groupes ou des espèces plus rares dans le bestiaire artistique : poisson, oiseaux, carnivores... Enfin, le propulseur décoré d'une tête humaine, provenant de la grotte de Gourdan (Haute-Garonne) et conservé dans nos collections, demeure une exception.

D'autres pièces montrent de véritables scènes narratives, comme le propulseur aux bouquetins affrontés, provenant de la grotte d'Enlène (Ariège) et conservé au Musée de l'Homme, ou comme la série des propulseurs dits « au faon à l'oiseau », provenant de plusieurs sites pyrénéens (Bédeilhac, Le Mas d'Azil, Isturitz, Saint-Michel d'Arudy...) et appartenant à différents musées. Mais, plutôt que d'un faon et d'un oiseau, il s'agit ici plus probablement d'une jeune biche en train de mettre bas.

 

De rares figurations de poissons

 

 

 

Les poissons ne sont pas très nombreux dans l'art paléolithique et l'on peut dire des propulseurs décorés de poissons qu'ils sont exceptionnels. Les deux exemplaires provenant des grottes d'Isturitz (Pyrénées-Atlantiques) et des Espélugues (Hautes-Pyrénées) sont sculptés en bas-relief ou en ronde-bosse aplatie, avec de nombreux détails gravés. Ils représentent des salmonidés, c'est-à-dire des saumons ou des truites, parfaitement reconnaissables à leur silhouette et à leurs caractères anatomiques.

Les nageoires sont toutes figurées ou suggérées : pectorales, pelviennes, dorsale, adipeuse, anale et caudale (queue). L'artiste magdalénien n'a pas non plus oublié les lignes sensorielles latérales, profondément incisées sur les flancs des salmonidés. Ces organes permettent aux poissons de percevoir les vibrations de l'eau, d'éviter les obstacles et de détecter les proies ou les prédateurs. Des ponctuations représentent peut-être des écailles ou des taches de couleurs. Enfin, les têtes sont délimitées par les ouïes et représentées avec les détails des yeux et de la bouche.

Dans leur ouvrage intitulé Les poissons, les batraciens et les reptiles dans l'art quaternaire publié en 1927, Henri Breuil et René de Saint-Périer considèrent le salmonidé de la grotte des Espélugues comme « la plus belle figure sculptée de poisson que l'on connaisse jusqu'ici dans l'art quaternaire ». Quelques années plus tard, c'est René de Saint-Périer lui-même qui découvre le salmonidé de la grotte d'Isturitz, plus admirable encore !

 

Découvrez d'autres propulseurs de la collection Paléolithique du MAN

 

Bibliographie

Pierre Cattelain & Jean-Luc Rieu ; 1999 – Les propulseurs ; Plaquette éditée par le Musée du Malgré-Tout à Treignes, Belgique
(C.E.D.A.R.C) et le Musée de Préhistoire d'Île-de-France à Nemours (A.P.R.A.I.F.)

Henri Delporte ; 1969 – Chefs-d'oeuvre de l'art paléolithique ; Catalogue de l'exposition organisée du 25 juin au 1er décembre 1969
par le Musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye ; Éditions de la Réunion des Musées nationaux ; page 51, notice 64
Marie-Hélène Thiault & Jean-Bernard Roy, dir. ; 1996 – L'art préhistorique des Pyrénées ; Catalogue de l'exposition organisée du 2
avril au 8 juillet 1996 par le Musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye ; Éditions de la Réunion des Musées nationaux ;
pages 217-218, notice 158