Figures de pierre du Néolithique : les statues-menhirs de l’abbé Hermet

Quatre pierres dans le vent
 
C’est à l’occasion de la grande Exposition Universelle de Paris en 1900, que l’abbé Frédéric Hermet présenta pour la première fois « au regard des savants du monde entier » quatre « statuesmenhirs » ainsi dénommées car elles figuraient un personnage sculpté en ronde-bosse sur des blocs monolithes grossièrement aménagés et probablement fichés en terre. Ces quatre statues découvertes dans le Tarn et l’Aveyron près des Monts Lacaume sont parmi les plus anciennes statues d’Europe.
 
 
Des puissances sourdes et muettes
 
Leur visage est à peine signalé par une ligne ovale entourant deux yeux ronds et un long nez en « V ». Pas de bouche ni d’oreilles ! Plusieurs traits horizontaux sont gravés sur les joues, évocations possibles de tatouages, de peintures ou de scarifications. À noter que ces statues disposent de leurs deux bras et de leurs deux jambes et que sont précisément figurés les mains, les pieds et les cinq doigts. Leur dos est sculpté et elles sont habillées. Des formes de « crochets » ou de « crosses » évoquent les omoplates. Un lourd manteau tombe parfois en plis rectilignes jusqu’à leurs pieds. Les bras sont repliés sur le haut du ventre. La taille est marquée par une ceinture décorée de chevrons. Les jambes sont celles de personnages assis dont les cuisses sont invisibles.
 
 
Au féminin et au masculin
 
Deux cercles gravés au niveau de la poitrine caractérisent les personnages féminins souvent dotés de colliers à plusieurs rangs comme celui que porte la grande statue du Mas d’Azaïs. Aux figures masculines semble réservé l’usage des armes et des outils : l’arc, la hache, le poignard. La statue-menhir de Puech-Real, fut déterrée par un agriculteur alors qu’il arrachait des genêts. Utilisée quelques années comme aiguisoir à la ferme avant d’être « sauvée » par l’abbé Hermet, le bas de son visage est totalement lissé et malheureusement illisible. Elle porte un baudrier qui la signale comme « masculine » et un objet qui ressemble à un poignard percé d’un trou. Cet attribut est difficile à identifier avec certitude. Il évoque cependant des objets connus en contexte archéologique : des pendeloques en forme de poignard, des haches-marteaux ou des masses en bois de cerfs. Il arrive quelquefois que des statues-menhirs changent de sexe comme la statue de Serre-Grand dont les attributs masculins ont été gommés : le baudrier et surtout l’« objet », ont été martelés pour les faire disparaître. À leur place deux seins ont été gravés.
 
 
« Comme maîtres et possesseurs de la nature »
 
À quoi servaient ces figures de pierre ? Leur localisation semble indiquer une préférence pour les anciennes voies de communication situées à proximité des villages, des points de passage obligés et des zones de crête : une situation qui serait donc en lien avec la topographie et l’occupation du territoire. Faut-il y voir des ancêtres tutélaires ou des divinités ? Difficile à dire mais leur apparition à la fin du Néolithique correspond à une période où la pression sur les terrains cultivables se fait plus forte et où la compétition s’exacerbe.