Mobilier funéraire de la Basilique de Saint-Denis

Mobilier funéraire de la Basilique de Saint-Denis

Mobilier funéraire de la Basilique de Saint-Denis

Parcourir les CollectionsLe premier Moyen Âge
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Origine et date: 
Sarcophage 23
Basilique de Saint-Denis, Seine-Saint-Denis
fin du Ve siècle
Artiste(s): 


D'un sarcophage rectangulaire fouillé à 2,3 m sous le chœur de la basilique actuelle proviennent une petite croix en or et deux fibules (broches) ansées digitées en fer damasquinées et cloisonnées d'or et de grenats. Des bijoux de type analogue sont caractéristiques du costume des femmes de l'aristocratie germanique occidentale, franque ou alamanne de la fin du Ve siècle.

D'après la vie de sainte Geneviève rédigée au début du VIe, cette sainte fit édifier une grande basilique de pierre sur la tombe de saint Denis, premier évêque de Paris, martyrisé vers 250. Geneviève dont le nom est germanique appartenait probablement à une famille de cadres militaires « barbares » de l'armée impériale bien intégrés dans la société romaine tardive.

Les fouilles faites sous la basilique de Saint-Denis ont révélé que dès la seconde moitié du Ve siècle des membres de l'aristocratie germanique, voire même de la famille royale mérovingienne s’y sont faits enterrer, longtemps avant Dagobert, le premier souverain mérovingien dont l'inhumation à Saint-Denis en 639 soit attestée avec certitude.


Fibule (broche) ansée en fer de 5,1 cm de long, à pied droit et tête prolongée par trois digitations. Le pied et les digitations cannelées sont plaqués d'une feuille d'or, l'anse offre une damasquinure de minces bandes transversales d'or et d'argent, la tête est recouverte d'un décor constitué de deux grenats et de trois pâtes de verre vertes dans des cloisons d'or.

Les fibules ansées sont portées par les femmes germaniques occidentales, franques, alamannes ou thuringiennes à la hauteur de la ceinture, la partie traditionnellement désignée comme la tête de la fibule, tournée en fait vers les pieds de la personne. La mode des fibules à trois digitations est caractéristique de la seconde moitié du Ve siècle.


Croix pectorale en or de 4,1 cm. La croix creuse est faite de feuilles d'or assemblées par soudure. Elle est prolongée d'un anneau de suspension et constituée de deux branches inégales légèrement pattées dont l'intersection est décorée d'un grenat circulaire plat entouré d'un fil perlé. D''autres croix pectorales ont été retrouvées dans le monde méditerranéen paléochrétien.

Ainsi, une dame avait été enterrée au Ve siècle dans un sarcophage à l'église Saint-Victor de Marseille avec sur le front une croix analogue à celle de Saint-Denis. La Gaule est au Ve siècle officiellement chrétienne et la christianisation de l'aristocratie franque débute. La dame de l'aristocratie germanique enterrée dans le sarcophage 23 était certainement chrétienne bien qu'elle ait vécu avant le baptême du roi Clovis, postérieur à 500.


Au niveau de la poitrine de la défunte ont été remarqués les vestiges de trois tissus carrés faits d'une sorte de drap épais de couleur brun foncé à larges côtes plates. Ils étaient ornés de minces feuilles d'or collées à leur surface dessinant des motifs géométriques. Ces carrés d'étoffe décoraient sans doute un vêtement.

Le port de tissus brodés d'or, réservé par les lois dans le monde romain et byzantin à la plus haute classe de la société, caractérise également l''aristocratie mérovingienne. Dans les sarcophages fouillés sous la basilique de Saint-Denis, textiles et cuirs étaient parfois remarquablement conservés.


Fouille Edouard Salin

Acq. 1994