Le casque apulo-corinthien

 

Casque apulo-corinthien à décor gravé

 

Un nouveau casque à décor gravé

 

Exposé à l’origine dans la salle consacrée à l’archéologie des cinq continents, ce casque a bénéficié en 2011 d’une restauration qui a révélé un décor gravé totalement inédit.

 

Corinthien? Apulo-corinthien ?

Ce casque a été donné en 1935 par Jacques de Morgan, ingénieur des mines, archéologue et explorateur qui voyagea et effectua des fouilles aussi bien en Egypte ou en Malaisie que dans l’actuel Azerbaïdjan. Malheureusement, rien dans le livre d’inventaire ne permet de préciser la provenance de cet objet. D’après sa forme, il avait été enregistré comme un casque grec de type corinthien.

Pourtant ce casque n’est pas du tout un casque corinthien: sa forme est plus sphérique et compacte, il est doté d’un protège-nuque assez large, les « couvre-joues » sont plus courts et se rejoignent quasiment, les ouvertures pour les yeux ne sont plus qu’une unique fente et il n’y a plus d’élément spécifique pour protéger le nez.

Il s’apparente aux casques découverts dans le sud de l’Italie et portés par les guerriers à partir du VIe siècle avant J-C en Grande Grèce. On les appelle apulo-corinthiens, car une grande partie a été découverte en Apulie, une région qui avait été colonisée par les Grecs. Ces casques étaient portés enfoncés sur la tête mais donnaient l’impression d’un casque corinthien relevé, avec leurs impressionnantes arcades sourcilières en relief. C’est la raison pour laquelle les ouvertures pour les yeux ou le nez ne sont plus que décoratives.

La mode de ces casques a duré jusqu’au Ier siècle avant J-C en Italie : les Romains, avides de se rattacher à des traditions, s’en sont équipé comme casques d’apparat.

Enfin on remarque aussi de petits rivets en haut de la calotte du casque: ils permettaient de fixer des éléments tubulaires qui contenaient des plumes (les aigrettes) ou qui soutenaient un panache en crin de cheval. D’autres rivets, en partie basse, servaient vraisemblablement à maintenir la courroie en cuir qui permettait de fixer le casque.

Détail du casque

Sous la corrosion, tout un bestiaire

Restauré une première fois entre 1983 et 1984, car il était fissuré, présentait des lacunes et était déformé, le casque a été de nouveau restauré en 2011. En effet, à l’occasion du récolement décennal, il a été retiré de la vitrine où il était présenté depuis quasiment 30 ans, et un examen attentif a permis de repérer les traces d’un décor animalier: des pattes et des sabots semblaient apparaître sous une couche ancienne de corrosion.

Seule une restauration délicate pouvait permettre de retirer cette couche de corrosion pour retrouver la surface d’origine de l’objet et dégager avec précaution le décor jusqu’alors caché. Par ailleurs, le casque, parcouru de larges fissures, avait été « réparé » à de multiples endroits par des comblements en plâtre, mais une restauration plus adaptée et plus légère a été réalisée.

Le musée d’Archéologie nationale est doté d’un laboratoire de restauration, équipé pour la restauration du métal. A l’aide d’une microsableuse, grâce à l’action de microbilles de verre, la corrosion a été retirée. Des radiographies ont aussi permis de déterminer l’emplacement exact des fissures qui avaient été comblées et d’éliminer les surplus.

Là où apparaissaient uniquement des sabots, ont surgi des sangliers, un petit marcassin, un sphinx, des oiseaux…et des yeux. Mais ce décor reste difficilement visible à l’œil nu sans lumière rasante. C’est la raison pour laquelle des relevés précis ont été effectués.

Ce décor gravé confirme l’origine du casque car les sangliers sont très souvent représentés sur les casques apulo-corinthiens. Ils sont stylisés et ressemblent davantage à des rhinocéros, comme leurs congénères peints sur la céramique corinthienne du VIe siècle. Les artisans qui ont réalisé ces casques ont fait perdurer cette iconographie archaïque.

Une découverte rare

Une soixantaine de casques apulo-corinthiens sont référencés dans le monde, les trois quarts comportent un décor gravé mais aucun ne présente ce décor.

L’exemplaire du MAN pourrait dater du IVe siècle avant J.-C. car il est presque totalement refermé et que ses ouvertures (yeux, nez) sont de pure convenance. Et ce n’est que vers le IVe siècle que le frontal commence à se couvrir de motifs gravés et que de nouveaux motifs apparaissent, parfois liés à des scènes mythologiques. La présence de sphinx derrière les sangliers est attestée sur plusieurs casques de cette époque, mais la représentation d’un marcassin paraît totalement inédite, tout comme celle des oiseaux placés de part et d’autre des arcades sourcilières.

Bien que conservant le mystère de son lieu de découverte, le casque du MAN commence donc à livrer une partie de ses secrets.

 

Le casque corinthien

Le casque corinthien fait partir de l’équipement emblématique du soldat grec, même si d’autres types de casques existaient. Il englobe tout le crâne et protège de manière optimale le soldat : il possède de larges couvre-joues et également une protection pour le nez, tandis que des ouvertures suffisamment larges sont ménagées pour les yeux. Il peut être orné d’un cimier.

Pourquoi Corinthien ?

Les premiers casques de ce type ont été représentés sur de la céramique corinthienne ou ont été découverts à Corinthe, une ville de Grèce où ils étaient utilisés dès le VIIIe siècle avant J-C. Mais en réalité, ces casques étaient répandus dans toute la Grèce et ce modèle a même été retrouvé jusque dans le sud de l’Espagne en passant par l’Italie.

Comment était-il fabriqué ?

Il était fabriqué par martelage à froid: une tôle de bronze, frappée avec un marteau, était mise en forme sur une âme de bois qui donnait la forme du casque. Il pouvait être décoré par un dessin réalisé à la pointe de graveur.

Casques portés au repos, Achille et Ajax jouant aux dés, amphore d’Exékias 540 av. J.-C., Musées du Vatican

Comment le portait-on ?

Les soldats grecs lors des assauts avaient la tête enveloppée par le casque, mais dès qu’ils étaient au repos, ils le relevaient. En effet, le casque était épais et il n’y avait pas d’ouvertures pour les oreilles : avec le casque enfoncé, ils n’entendaient quasiment rien et avaient vraiment très chaud sous cette protection métallique.

Les soldats ne le portaient pas à même le crâne, un petit bonnet rembourré amortissait le contact avec le casque.

Une petite lanière de cuir qui passait sous le menton permettait aussi de maintenir le casque sur la tête des soldats.

Le casque apulo-corinthien reprend le dessin de ce casque mais n’a pas du tout la même forme : il conserve le souvenir des casques corinthiens que les anciens Grecs portaient relevés, notamment grâce aux arcades sourcilières doubles, mais il a l’avantage de dégager les oreilles et les yeux : indispensable pour pouvoir entendre les ordres sur le champ de bataille !

 

 

Cartel 

Casque apulo-corinthien à décor gravé

Apulie, Italie

Alliage cuivreux, martelage

IVe siècle av. J.-C.

Don de Jacques de Morgan

Inventaire n°77129

 

Anaïs Boucher, conservateur, collections d’Archéologie comparée, Musée d’Archéologie nationale