Dépôt de Larnaud

Dépôt de Larnaud

Dépôt de Larnaud

L'Âge du bronzeThe Bronze Age
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Origine et date: 
Larnaud (Jura)
Vers 950 avant notre ère
Artiste(s): 

Avec ses 66 kilos et ses 1800 objets de bronze recensés à la découverte, le dépôt de Larnaud fait partie des poids lourds de l’âge du Bronze en France.

A bien des égards hors norme, cet ensemble impressionnant découvert au XIXème siècle, composé pour l’essentiel de fragments d’objet de bronze, fut longtemps réputé difficile à appréhender. Il est aujourd’hui redécouvert grâce à un travail collectif d’ampleur mené depuis dix ans par Jean-François Piningre, Mareva Gabillot, Sylvie Jurietti, Thierry Logel et différents chercheurs de l’UMR 6298 ARTEHIS de Dijon emmenés par Claude Mordant et Michel Pernot.

Sans doute enfoui vers 950 avant notre ère pour des raisons probablement rituelles et symboliques, le dépôt de Larnaud est représentatif d’une pratique très largement répandue à la fin de l’âge du Bronze dont la signification précise nous échappe encore.

 


Une découverte fortuite, un ensemble incomplet


Le 10 mars 1865 un des plus gros dépôts d’objets en bronze connus en Europe fut mis au jour fortuitement par un paysan au lieu-dit Les Genettes, « proche l’étang Grattaloup », sur la commune de Larnaud dans le Jura, alors qu’il sarclait son champ de pommes de terre.
Près de 1800 objets étaient empilés et entassés les uns sur les autres dans un espace d’1 m2 à 30 cm de profondeur selon le récit des témoins.
A la lecture du compte-rendu rédigé sous acte notarié en 1866, il semble que le dépôt ait été prélevé « en l’espace d’une heure » par la famille, les voisins et les curieux emportant « par curiosité un ou plusieurs objets ». L’essentiel a ensuite été acheté au prix du métal par M. Zéphyrin Robert, alors conservateur du musée de Lons-le-Saunier qui, alerté de cette découverte, avait entrepris rapidement des démarches auprès des acquéreurs afin de réunir l’ensemble. En dépit de ses efforts, tout n’a probablement pas été retrouvé. C’est sans doute vrai de la plupart des dépôts de l’Âge du Bronze découvert au XIXe.
 
En 1867 il est présenté « aux savants du monde entier » à l’occasion de la grande Exposition Universelle de Paris, à l’issu de laquelle il est acquis par le Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye alors en cours de constitution.
 


Histoire et fonction du dépôt de Larnaud

Longtemps le dépôt de Larnaud fut une référence nationale. Par son entrée au Musée de St Germain il entre dans l’histoire de la discipline naissante en France de l’archéologie des périodes dites proto-historique. En 1875, Gabriel de Mortillet, en charge des collections préhistoriques du musée, créa d’après son toponyme le terme de « Larnaudien » pour qualifier la fin de l’âge du Bronze. Bien que cette appellation ait depuis perdu toute signification, il est resté comme l’archétype de la « cachette de fondeur », un modèle de recyclage protohistorique.

Les nombreux objets fragmentaires qui le constituent ont été interprétés comme un stock de matière première destinée à la refonte. Mais est-ce aussi simple ?

Les études récentes tendent à démontrer le caractère récurrent et méthodique de certaines déformations ou cassures comme s’il s’agissait d’opérations volontaires et non le fruit du hasard ou de la maladresse. Cette pratique, observée sur d’autres dépôts contemporains de Larnaud, est notamment perceptible à travers les fragments standardisés des lames d’épée et des haches, les torsions étranges des pointes de lances et des bracelets ou les pliures minutieuses des agrafes de ceintures.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dessins archéologiques réalisés dans le cadre de l’ACR Larnaud UMR6298 ARTEHIS reproduits avec l’aimable autorisation de Jean-François Piningre, Mareva Gabillot, Thierry Logel et Claude Mordant.


Le plus alpin des dépôts jurassiens ?

De nombreuses influences de la fin de l’âge du Bronze entrent dans sa composition avec une forte représentation des productions alpines : la jambière, les épingles à tête globuleuse ou le bracelet réniforme évoquent le sud de l’Allemagne et les régions nord-alpines.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’autres objets suggèrent davantage la Suisse comme le bracelet de type Cortaillod, ou l’Italie comme le poignard, fabriqué à partir d’un ancien bracelet apparenté aux productions de la culture de Canegrate en Lombardie, ou encore le sud-est de la France comme les bracelets à section triangulaire et décor incisé ou les haches de type Pourrières à décor de cannelures.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seule une petite minorité d’objets aurait pu être produite dans des ateliers de la façade atlantique comme ces fragments d’épée à languette tripartite épaisse.

 

 

 

 

 

La plupart de ces pièces ont été fabriquées à la fin de l’âge du Bronze, entre 1000 et 950 avant notre ère. Certaines, peu nombreuses, sont cependant plus anciennes comme cette épingle tréflée datée de l’âge du Bronze ancien, qui serait antérieure de cinq siècles à la plupart des objets présents dans le dépôt et qui apparait, de fait, un peu intrusive.

 

 

Dessins archéologiques réalisés dans le cadre de l’ACR Larnaud UMR6298 ARTEHIS reproduits avec l’aimable autorisation de Jean-François Piningre, Mareva Gabillot, Thierry Logel et Claude Mordant.