La "frise des lions"

La "Frise des lions"

Grotte de La Vache à Alliat (Ariège). Magdalénien final (vers - 12 000 ans). Objet conservé dans la collection Édouard Piette

Ces deux fragments d’os gravés ont été découverts dans la grotte de La Vache à Alliat (Ariège), lors des fouilles conduites par Romain Robert, assisté de Georges Malvesin-Fabre et de Louis-René Nougier, de 1940 à 1967. En 1988, les deux fragments, qui avaient été trouvés et conservés séparément, ont été raccordés par Dominique Buisson, assistant de conservation au Musée d'Archéologie nationale.

Côte dite "La frise des lions" (avec raccord)

Description

Il s'agit d'une lame d'os issue d'une côte de bison ou d'aurochs fendue et polie. Elle a été fracturée anciennement et peut-être volontairement. En effet, les cassures présentent des profils en biseau caractéristiques des objets ployés puis brisés. Le premier fragment a également été brûlé, mais il est difficile de dire si cette combustion a été intentionnelle.

Sur ces deux fragments d'os sont gravés trois lions, l'un à la suite de l'autre, formant une frise qui s'inscrit parfaitement dans la forme horizontale de la pièce.

  • Du premier lion, situé à gauche, ne subsiste que l'arrière-train, avec la patte arrière repliée et la queue en position basse.
  • En revanche, le lion central est entièrement conservé. La tête est massive, avec un lourd menton, le cou et le corps sont robustes. La ligne ventrale est incisée sur le bord convexe de la pièce, ce qui donne davantage de relief au ventre. Alors que les pattes avant sont tronquées, les pattes arrière sont complètes, en pleine extension, et la queue est relevée. De nombreux détails figurent les oreilles, l'œil, le nez, la bouche et les vibrisses.
  • Le troisième lion se trouve sur la droite, la tête sur le premier fragment et le corps sur le second. La tête est en partie masquée par la queue du deuxième lion. Les pattes avant sont droites, tandis que les pattes arrière semblent très fléchies.

Les contours des animaux sont gravés profondément, tandis que les détails sont incisés plus finement. Enfin, la musculature et le pelage sont traités sous forme de traits courts et parallèles entre eux. Les mêmes traits remplissent les six triangles gravés au-dessus des deux premiers lions. Ces motifs, peut-être des signes, semblent traduire la volonté d'occuper toute la surface de l'objet.

La plupart des lignes qui forment les animaux s'arrêtent quelques millimètres avant un autre trait pour en respecter le tracé, ce qui donne une impression de profondeur. Chaque félin occupe trois plans différents, avec les pattes gauche, le milieu du corps et les pattes droite.

Interprétation

Pour Louis-René Nougier et Romain Robert, les trois animaux qui se suivent montrent trois attitudes différentes. Le lion central est représenté en train de bondir ; le premier lion semble, lui, prendre son élan et le dernier, se réceptionner. S'agirait-il de la représentation de trois phases successives d'un même saut ? Marc Azéma précise cette interprétation : les trois images coïncideraient avec trois étapes de la course d'un félin et représenteraient donc le mouvement, avec une exactitude inégalée jusqu'à l'invention de la photographie. C'est ce qu'il appelle la « Préhistoire du cinéma ».

Cartel de l'objet

Os gravé figurant une frise de lions

Grotte de La Vache à Alliat (Ariège)

Magdalénien final (vers – 12 000 ans )

Os (deux fragments de côte) ; Gravure

Dim. : 13,1 x 3,5 x 0,3 et 4,2 x 2,8 x 2,3 cm

Musée d'Archéologie nationale, salle Piette

Num. d’inv. : MAN 83 347 et MAN 83 643

Bibliographie

  • Louis-René Nougier, Romain Robert ; 1965 – Les félins dans l'art quaternaire ; Bulletin de la Société Préhistorique de l'Ariège, t. XX, p. 18-84
  • Henri Delporte ; 1975 – Les œuvres d'art magdaléniennes de la grotte de La Vache (Ariège) ; Revue du Louvre et des Musées de France, n°2, p. 123- 130
  • Dominique Buisson, Henri Delporte ; 1988 – Intérêt d'un raccord pour l'authentification d'une œuvre d'art ; Bulletin de la Société Préhistorique Française, t. 85, n°1, p. 4-6
  • Jean Clottes, Henri Delporte ; 2003 – La grotte de La Vache (Ariège), Tome I : Les occupations du Magdalénien, Tome II : L'art mobilier ; Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, 408 p. et 464 p.
  • Marc Azéma ; 2011 – La Préhistoire du cinéma ; Éditions Errance, 300 p., 1 DVD

 

La bibliothèque du Musée vous propose une sélection non exhaustive de documents sur le sujet :

Ouvrage de référence

CLOTTES, Jean , DELPORTE Henri (dir.). La Grotte de La Vache (Ariège) : fouilles Romain Robert . - Paris : Éditions de la Réunion des Musées nationaux, 2003 . - 2 vol. (407, 463 p.)

Après un historique des premières recherches et des fouilles de Romain Robert, la réflexion sur la grotte s’organise autour de la position chronologique et paléoenvironnementale du niveau archéologique. Les objectifs suivants ont été privilégiés : datation, reconstitution de la flore et de la faune, études des vestiges archéologiques (industries lithique et en matières dures animales, parure). Le second volume, consacré à l’art mobilier de la grotte, présente cette collection exceptionnelle à travers des notices explicatives accompagnées d’une illustration grandeur nature pour chaque objet décoré.

Articles de revues spécialisées

NOUGIER, Louis-René, ROBERT, Romain. La" frise des lions" gravure sur os de la Vache à Alliat, et les grands félins dans l'art franco-cantabrique  - Bulletin de préhistoire et spéléogie ariègeoises, 1965, 20, p. 17-86

DELPORTE, Henri. L'art mobilier de la grotte de la Vache : premier essai de vue générale. Bulletin de la Société préhistorique française, 1993, 90, 2, p. 131-136

Publication universitaire

LUCAS, Claire. L'art mobilier magdalénien sur côte de la grotte de La Vache (Ariège) : choix et utilisation des supports. Mémoire de Master 1. Paris I, 2006, 89 p.