Visage humain, visage divin ?

 

En Gaule, ou plutôt dans certaines régions de la Gaule, une vingtaine de sculptures en métal représentant des têtes ou des bustes humains, grandeur nature ou presque, parfois un corps entier, plus rarement des animaux, forme un petit groupe original par sa technique de mise en forme : le martelage, auquel peut être associée la fonte.


 

 

 

 

Le « dieu » de Bouray (cette salle, vitrine 5), à la tête coulée et au corps martelé, est la plus célèbre de ces sculptures, et peut-être l’une des plus anciennes. Grâce à l’acquisition, en 1879, des sept têtes en bronze mises au jour dans un contexte inconnu à Lacroix-Saint-Ouen, dans l’Oise (cette salle, vitrine 4), le musée d’Archéologie nationale conservait déjà plus d’une dizaine de ces objets, de styles très divers, plus ou moins influencés par les modèles gréco-romains. L’acquisition en 2016 d’un élément de même type découvert anciennement est venue compléter cette série.

Bien qu’il ait les dimensions d’un masque, le visage imberbe, martelé dans une tôle de bronze assez épaisse (339,25 g), n’en est pas un. Les traces grises de soudure sur les bords et les trous d’assemblage de chaque côté prouvent qu’une coque postérieure manquante se raccordait à la face, pour
former une ronde-bosse. De face, le visage imberbe au front large et au menton étroit, très stylisé, privé de ses yeux rapportés (en verre ?) et d’une partie de sa bouche, est inexpressif. De profil, le nez pointu et le menton lourd sont plus réalistes, ce qui permet de supposer que la sculpture est à situer à l’époque romaine plutôt qu’à la période celtique. Le sexe du personnage ne peut être déterminé, et en l’absence du revers de la sculpture, sur lequel pouvaient se trouver chevelure, oreilles, couvre-chef et éventuel attribut, sa nature, mortelle ou divine, reste inconnue.

La technique du martelage n’est pas propre à la Gaule, où elle est aussi utilisée à l’époque romaine pour produire des objets de la vie quotidienne (vaisselle, éléments de mobilier, pièces d'équipement militaire, objets votifs…).
En revanche, son utilisation pour fabriquer des pièces de statuaire d’assez grande taille, plus souvent obtenues par la fonte à l’époque romaine, est nettement plus originale, et limitée à certaines régions au nord de la Loire, en Picardie, en Haute-Normandie, sur les franges de l'Île-de-France, avec
quelques objets isolés dans le Centre et les Pyrénées, et à l’étranger, en Belgique et en Grande-Bretagne. Le martelage assure l’économie du matériau, la rapidité de mise en forme et facilite l’installation des yeux.

 

 

Le contexte archéologique de ces sculptures, souvent découvertes anciennement,
est rarement connu, ce qui complique aussi leur datation.

 

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