Des objets de luxe de la vallée du Nil

De curieux vases en forme de sac

 



Les deux autres vases, mesurant respectivement 18,5 et 15 cm de haut, ont été fabriqués l’un, dans une brèche rouge et l’autre, dans un calcaire fin permettant d’obtenir une surface extrêmement lisse et soignée. Avec une large lèvre plate et deux anses funiculaires, leur forme s’inspire vraisemblablement des outres de peaux qui se suspendent et permettent de conserver et transporter des produits liquides ou des céréales. Dans la publication de la collection, Stan Hendrickx constatait que celle-ci comportait une très large majorité de vases fermés avec une forte proportion de pièces à fond « en forme de sac » alors que ce type est par ailleurs peu répandu dans la vallée du Nil.

La présence d’un grand nombre de pièces en brèche rouge dans la même collection, par rapport à l’absence d’autres matériaux fréquemment utilisés (basalte, calcite ou travertin, diorite, andésite), plaide en faveur d’une provenance des rives de la mer Rouge, dans les environs d’Hurghada.


Les roches choisies pour la réalisation des deux vases l’ont été pour leur couleur et en fonction de leur signification symbolique, le rouge étant par exemple associé au désert et à la sécheresse.


En raison de leur forte ressemblance, de la maîtrise technique dont ils témoignent et par comparaison avec d’autres pièces, les deux vases du MAN pourraient remonter à la période de transition entre l’époque de Nagada III et le tout début de l’Ancien Empire (entre environ 3000 et 2670 avant J.-C.). Bien que l’on n’ait aucune information sur les contextes de découverte, des pièces de cette qualité ne peuvent provenir que de tombes de personnages socialement distingués, dans une région où la plupart des tombes les plus anciennes sont pauvres en mobilier.

 

 

 

 

 

Une fabrication à haute performance technique


Les formes de vases en pierre dure s’inspirent souvent de celles des récipients en terre cuite. À l’époque des premières dynasties, la vaisselle de pierre finit par remplacer les récipients en terre cuite dans les assemblages funéraires les plus riches. Les techniques de fabrication s’apparentent à celles de la sculpture et leurs étapes ont été déterminées à partir des représentations d’ateliers de tailleurs de pierre d’époque pharaonique. L’artisan commence par tailler une ébauche à partir d’un bloc. Il évide ensuite en plusieurs étapes le futur vase à l’aide d’un instrument formé d’un mandrin de bois dont l’extrémité active est équipée de « forets » de pierre dure (corindon) en forme de « huit » et d’un manche lesté de deux blocs de pierre. La rotation de l’instrument permet de creuser progressivement l’intérieur du vase : les stries de fabrication sont souvent visibles à l’intérieur des vases finis ainsi que sur de nombreux fragments et déchets de fabrication. La surface des pièces est enfin soigneusement polie à l’aide de sable et minéraux abrasifs réduits en poudre.

 

 

 

 

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