Déchelette, l'archéologue

Déchelette, l'archéologue

 

Né à Roanne en 1862, dans une famille d’industriels du textile, Joseph Déchelette mène une carrière scientifique renommée mais conserve toute sa vie un pied dans l’entreprise familiale. Il reprend les fouilles de Bibracte à la mort de son oncle Jacques Gabriel Bulliot le « re-découvreur » du site dans les années 1860. En 1892, il est nommé conservateur du Musée de Roanne. Il l’enrichit en lui léguant ses collections et son importante bibliothèque ainsi que l’hôtel de Valence de Minardière dans lequel le musée s’installe, en 1923, au premier étage, le rez-de-chaussée restant occupé par la veuve de l'archéologue jusqu'à son décès en 1957.

Joseph Déchelette peut être considéré comme le fondateur de l’archéologie celtique européenne. C’est lui en particulier
qui a reconnu l’existence d’une vaste culture, de type « celtique », s’étendant à l’époque gauloise sur la plus grande partie de l’Europe continentale et les Îles britanniques. Déchelette a identifié les principaux types de productions de la culture matérielle « celtique » et les a ordonnés chronologiquement. Sa chronologie des âges du Fer a été en usage jusque dans les années 1980. Déchelette est le premier à avoir caractérisé l’Art celtique. Avec les fouilles du Mont-Beuvray (Saône et-Loire), il a mis en évidence la civilisation européenne des oppida, qui a révélé aux archéologues les premières grandes agglomérations celtiques antérieures à la romanisation, d’un type différent de celui des villes des sociétés méditerranéennes. Ce grand archéologue de la Gaule, savant de renommée internationale, est aussi l’auteur du fameux Manuel d’Archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine, qu’il laisse inachevé, au volume sur la période gauloise. Cet ouvrage restera une référence pendant des décennies pour les recherches sur la Protohistoire européenne.


La mort de Joseph Déchelette a décapité l’archéologie celtique française. Beaucoup d’archéologues sont morts pendant la Guerre de 1914-1918. Surtout, le premier conflit mondial a rompu l’organisation en réseau de la recherche archéologique à l’échelle de l’Europe, que Déchelette avait directement contribué à renforcer et à élargir, principalement autour de la coopération scientifique des chercheurs français et allemands. Décimé et déstructuré par la Première Guerre Mondiale, le vivier des chercheurs français ne se reconstituera pas durant la période de l’Entre-deux-guerres.
La seconde Guerre mondiale sera une autre épreuve pour l’archéologie celtique et gauloise française. Il faudra globalement
attendre les années 1980 pour qu’une recherche véritablement européenne, associant en particulier les chercheurs français et allemands sur des projets d’études communs, se développe à nouveau. Les grandes expositions internationales organisées par les musées, comme en particulier celle du musée de Saint-Germain sur les « Princes celtes et la Méditerranée » (1988), et les grands projets de fouille communs (comme celui du site d’Alésia, en 1991-1997), joueront
un rôle central dans ce rapprochement franco-allemand qu’avait commencé à construire Déchelette. Un siècle après
sa mort, les plaies de la Guerre de 1914-1918 se sont enfin refermées.

 

 

Déchelette, héros de la Grande guerre

 

Lorsque l’ordre de mobilisation générale est proclamé, Déchelette rejoint le 104e RIT de Roanne, où il a été promu capitaine. Le 5 août, le 104e part pour Lyon, où il doit effectuer des opérations de surveillance et de garde. Déchelette, âgé de 52 ans, est cantonné aux usines Lumière et Lafont. Il demande à rejoindre un corps actif, sur le front : « je n’ai pas d’enfants, aurait-il dit à son supérieur ; ma place est à l’avant et non pas à l’arrière ». Le 15 août, le 104e est envoyé au camp militaire de La Valbonne (Ain), où, pendant dix jours, Déchelette reçoit un entraînement aux tirs de guerre avant d’être renvoyé avec le 2e bataillon à Lyon, pour y achever son instruction et reprendre
les missions qui avaient été confiées à son unité. Le 26 septembre 1914, Déchelette est enfin affecté au 298e régiment d’infanterie retranché sur le plateau de Confrécourt-devant-Vingré, aux environs de Soissons (Aisne). Le 27 septembre, on lui confie le commandement du 5e bataillon. Déchelette a alors sous ses ordres près de 600 hommes de troupe et moins d’une trentaine d’officiers et sous-officiers.

 

 

La mort de Déchelette


Le 2 octobre à 14h00, le capitaine Déchelette conduit ses hommes à l’assaut dans le secteur du « Bois des Loges », à Vingré (Aisne). À 15h30, les deux compagnies qu’il commande se déploient sur le terrain, mais elles sont prises en écharpe par les tirs venant des tranchées allemandes. Elles se replient à la lisière du bois avant d’être renvoyées à l’attaque. Les tirs d’une section de mitrailleuses ennemies, qui viennent de côté, causent des pertes sévères ; tandis que l’artillerie allemande pilonne l’assaut des troupes françaises. C’est à ce moment que le capitaine Déchelette reçoit un éclat d’obus dans la poitrine.

Il passe la nuit sur le champ de bataille, avec ses troupes qui ont reçu l’ordre de conserver les positions conquises, que l’on fortifie pendant la nuit par des tranchées. Les secours n’arriveront que le lendemain. On l’emmène alors à Vingré, où ses hommes l’installent provisoirement dans une grange incendiée, mais son état le rend intransportable. Déchelette demande si on a gardé la bande de 300 mètres enlevée aux Allemands. Et comme on lui répond que c’est bien le cas, il dit : « je suis heureux que ma mort puisse servir à la France ». Déchelette s’éteint le 4 octobre 1914 à 12h45. Il est enterré le soir même à 19h30, à la sortie du hameau de Vingré, au pied d’un talus, dans un
cimetière provisoire qui contient déjà d’autres corps. Il est alors placé en terre dans une tombe marquée d’une simple croix de bois, faite de matériaux de récupération. La tombe sera réaménagée ensuite par sa famille.
Sa mort suscite une grande émotion nationale et internationale. En pleine guerre, le gouvernement allemand envoie un télégramme de condoléances au gouvernement français déplorant la mort d’un savant d’une telle importance. Le même jour, la Société Préhistorique française vote à la majorité moins une voix l’exclusion des membres de nationalité allemande et austro-hongroise.

 

L’inauguration du buste de Déchelette


Le mercredi 23 juin 1920 à 10h00, a lieu l’inauguration du buste de Déchelette, « mort pour la patrie », dans la « salle des antiquités gauloises » du musée des Antiquités nationales. Coulé en bronze, le buste a été réalisé par Benoît Champion qui dirige les ateliers du musée. La cérémonie est placée sous la présidence du maréchal Joffre. Une quarantaine de personnalités du monde scientifique et politique assistent à cet hommage.
La cérémonie commence par un discours de Joffre, qui rappelle l’engagement de Déchelette pour la défense de la France et les circonstances de sa mort sur le front. Le directeur du MAN Salomon Reinach prend ensuite la parole pour rappelerson oeuvre scientifique. Enfin, le dernier discours évoque l’héritage intellectuel et moral de Déchelette.

 

 

 

 

 

 

 

 

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